Participant au North Africa Smart Infrastructure Summit 2025, organisé les 10 et 11 septembre à Rabat, des experts en formation et en logistique ont souligné que, dans la perspective de la Coupe du Monde 2030, le véritable défi ne réside plus seulement dans les infrastructures, mais plutôt dans le capital humain. Ils estiment que la réussite de l’événement dépendra d’une anticipation de la formation de l’ensemble de l’écosystème, bien au-delà des seuls métiers régaliens, afin de garantir un service fluide et sécurisé.
Former le personnel au-delà des métiers régaliens
« Deux volets sont importants à considérer en préparation au Mondial 2030 », a souligné Yassine Dinar, directeur général de Foresight Strategy Engineering Management Academy, un bureau d’études marocain spécialisé dans le développement des organisations, le diagnostic stratégique, les études prévisionnelles, les analyses sectorielles et la formation.
« Le premier est le volet sécuritaire et le second a trait à la formation et à la préparation. Sur le volet sécuritaire, le Maroc dispose d’une grande expérience et peut donc le gérer de manière fluide. »
« Toutefois, ce qu’il faut prendre en considération, c’est le personnel additif auquel on va faire appel, qui n’est pas intégré dans l’écosystème. Sur ce volet, je tire la sonnette d’alarme. Il faut envisager une formation accélérée pour ces personnes afin de les préparer à d’éventuels incidents, qu’ils soient numériques ou physiques. »
« Les infrastructures sont là, comme le système sécuritaire. Il faut maintenant penser sérieusement à ces personnes qui ne seront pas suffisamment prêtes ni à la hauteur de ce grand événement », a-t-il conclu à ce sujet.
« Il est temps d’investir dans la formation continue des métiers annexes et connexes »
Un constat confirmé par El Mostafa Fakhir, expert international et formateur certifié à Laminfo. « Aujourd’hui, nous parlons de budgets faramineux dédiés à la construction des infrastructures, mais je n’ai jamais entendu parler d’un plan budgétaire ou d’une planification stratégique du capital humain pour accompagner tout cela. Et c’est là où réside le problème ».
Il rappelle qu’une étude de McKinsey, réalisée il y a quelques années, avait déjà mis en évidence le fait que le Maroc investit massivement dans ses infrastructures, mais très peu dans la formation technique.
« Prenons l’exemple de l’écosystème aéroportuaire et du transport aérien. À ce jour, on ne dispose pas d’un répertoire ou d’un référentiel métier pour les professions liées aux aéroports et au transport aérien. Bien sûr, il y a des métiers techniques régaliens comme les contrôleurs aériens, les pilotes, les hôtesses de l’air ou le personnel de sécurité. Mais quid des autres métiers qui assurent le quotidien ? »
« Il n’existe pas, par exemple, de formation initiale spécifique pour une femme de ménage travaillant dans un aéroport. Doit-elle avoir les mêmes compétences que celle qui travaille dans un immeuble de bureaux ? L’aspect sécuritaire n’est pourtant pas le même ».
Selon lui, le Maroc doit investir davantage dans la formation continue et la mise en place de référentiels métiers, notamment pour les métiers annexes et connexes, encore largement négligés. « Il y a beaucoup à faire sur ce volet dans le Royaume. On a un écosystème de formation initiale qui est là, et on s’en réjouit. Mais tout ce qui est formation continue et métiers annexes et connexes, on n’a ni référentiel métier, ni répertoire emploi-compétence. Mais je crois qu’on a encore le temps de s’y atteler », a-t-il conclu.