Selon les données publiées par le HCP, l’évolution des inégalités de niveau de vie a suivi une trajectoire en rupture au cours des deux dernières décennies.
Entre 2001 et 2019, le pays semblait s’engager vers une société moins polarisée, mais la pandémie de Covid-19, l’inflation mondiale et la sécheresse ont suffi à effacer en quelques années deux décennies de progrès.
2001-2019 : une réduction progressive des inégalités
Entre 2001 et 2014, le pays a connu une réduction des écarts. Le niveau de vie moyen s’est amélioré pour l’ensemble de la population et les catégories modestes ont enregistré des gains légèrement supérieurs à ceux des plus aisés.
Ainsi, l’indice de Gini, qui mesure les inégalités de niveau de vie, a enregistré une baisse, passant de 40,6% en 2001 à 39,5% en 2014. La baisse est restée modeste mais elle signalait une première inflexion. Plus l’indice est élevé, et plus les inégalités le sont. Lorsqu’il baisse, cela signifie que les inégalités baissent.
Cette amélioration a été plus marquée en milieu urbain, où l’indice est passé de 41,1% à 38,8%, qu’en milieu rural, où il a reculé de 33,1% à 31,7%. L’indice de Gini a reculé à 38,5% en 2019, son niveau le plus bas en vingt ansLa période suivante, de 2014 à 2019, a renforcé cette dynamique positive. Les ménages les moins aisés ont connu des hausses de niveau de vie plus rapides que les catégories supérieures.
Le niveau de vie des 20% les plus pauvres a progressé en moyenne de 3,9% par an contre 2,8% pour les 20% les plus riches. L’indice de Gini a reculé à 38,5% en 2019, son niveau le plus bas en vingt ans.
2019-2022 : un retour brutal des inégalités
Cette tendance a été brutalement interrompue entre 2019 et 2022. Les crises successives ont renversé le mouvement. La pandémie de Covid-19, la flambée des prix liée à l’inflation mondiale et les sécheresses récurrentes ont durement frappé les ménages.
Le niveau de vie moyen a reculé pour la première fois depuis de nombreuses années et les pertes ont été beaucoup plus sévères pour les plus modestes.
Les 20% les plus pauvres ont vu leur niveau de vie baisser de 4,6% par an, contre 1,7% pour les 20% les plus riches. Les classes intermédiaires n’ont pas été épargnées avec une contraction annuelle de 4,3%. L’indice de Gini est remonté à 40,5% en 2022, effaçant les progrès réalisés depuis le début des années 2000En milieu urbain, l’indice de Gini a bondi de 37,9% à 40%, et en milieu rural, il est passé de 30,2% à 31,1%. Les 20% les plus riches détiennent à eux seuls 48,1% de la consommation nationale, tandis que la part des 20% les plus modestes est retombée à 6,7%.
Les inégalités alimentaires sont devenues le moteur principal de cette fracture. En 2019, l’indice de concentration des dépenses alimentaires avait reculé à 24,2%. Trois ans plus tard, il a bondi à 31,7%, signe que les ménages modestes ont dû réduire davantage leur consommation de base.
En revanche, les inégalités des dépenses non alimentaires ont légèrement diminué, ce qui montre que le choc a principalement porté sur les prix alimentaires.
Le Maroc se retrouve ainsi ramené presque vingt ans en arrière. Les inégalités avaient reculé lentement mais sûrement entre 2000 et 2019, mais elles se sont brutalement aggravées après cette période.