Ménages. Au T4-2025, la confiance se redresse légèrement, mais les anticipations restent prudentes (HCP)

Le moral des ménages est important pour l’activité économique, car leurs perceptions et leurs anticipations pèsent sur les décisions de consommation, d’investissement et d’épargne.

Selon les résultats de l’enquête, le T4-2025 marque une amélioration sensible de l’Indice de Confiance des Ménages (ICM).

L’indice atteint 57,6 points, contre 53,6 points au T3-2025 et 46,5 points au T4-2024. Il s’agit du niveau le plus élevé enregistré depuis le T4-2021.

Ce redressement est significatif après une longue phase de détérioration. Il s’explique surtout par l’amélioration des perceptions et des anticipations des ménages, et non par une amélioration généralisée de leur niveau de vie, l’ICM étant construit à partir de plusieurs sous-indicateurs liés à la situation actuelle et aux perspectives.

Ce que révèlent les indicateurs

Sur le niveau de vie, la situation reste toutefois tendue. Au cours des 12 derniers mois, 77,8% des ménages déclarent une dégradation de leur niveau de vie, 16,9% estiment qu’il est resté stable et seulement 5,3% évoquent une amélioration.

Le solde d’opinion correspondant reste très négatif à -72,5 points, traduisant un malaise social encore profond, même s’il est légèrement moins marqué qu’un an auparavant.

Les perspectives à court terme apparaissent néanmoins moins pessimistes. Pour les 12 prochains mois, 49,4% des ménages s’attendent à une dégradation du niveau de vie, 40,7% anticipent une stabilité et 9,9% une amélioration.

Le solde d’opinion ressort à -39,5 points, en amélioration par rapport aux trimestres précédents.

Les perceptions liées au chômage suivent une dynamique similaire. Au T4-2025, 65,2% des ménages s’attendent à une hausse du chômage au cours des 12 prochains mois, contre 17,5% qui anticipent une baisse.

Le solde d’opinion s’établit à -47,7 points, en nette amélioration par rapport au trimestre précédent et surtout par rapport au T4-2024. Le chômage demeure une source majeure d’inquiétude, mais la crainte d’une aggravation rapide recule.

Cette prudence des ménages se reflète dans leurs décisions d’achat. Une large majorité des ménages, soit 67,1%, considère que le moment n’est pas opportun pour effectuer des achats de biens durables, contre 14,2% qui jugent le contexte favorable.

Le solde d’opinion atteint -52,9 points. Bien qu’encore négatif, il s’améliore par rapport aux trimestres antérieurs, signalant un léger desserrement des comportements de report.

Concernant la situation financière, au T4-2025, 58,4% des ménages déclarent que leurs revenus couvrent leurs dépenses, tandis que 39,2% s’endettent ou puisent dans leur épargne. Seuls 2,4% parviennent à épargner une partie de leur revenu.

Le solde d’opinion sur la situation financière actuelle reste négatif à -36,6 points, indiquant une stabilité sous contrainte plutôt qu’un réel soulagement.

Sur les 12 derniers mois, 48,6% des ménages estiment que leur situation financière s’est dégradée, contre 5,1% qui évoquent une amélioration.

En revanche, les perspectives financières à court terme sont moins défavorables. Pour les 12 prochains mois, 16,4% des ménages s’attendent à une amélioration de leur situation financière, contre 20,6% qui anticipent une dégradation, ramenant le solde à -4,2 points, un niveau proche de l’équilibre.

La capacité d’épargne reste toutefois très limitée. Seuls 10,7% des ménages s’attendent à pouvoir épargner au cours des 12 prochains mois, contre 89,2% qui ne s’y attendent pas.

Les prix alimentaires continuent de peser lourdement sur le ressenti des ménages. Au T4-2025, 91,7% déclarent une hausse des prix des produits alimentaires au cours des 12 derniers mois.

Pour les 12 prochains mois, 75% anticipent une poursuite de la hausse, contre 2% seulement qui anticipent une baisse.

L’inflation moyenne sur 2025 ressort à 0,8%

En décembre 2025, le régime désinflationniste se confirme. Selon les données du HCP, l’IPC recule de 0,1% par rapport au mois de novembre.

Cette évolution mensuelle résulte d’une baisse de 0,3% des prix des produits alimentaires, alors que les prix des produits non alimentaires demeurent stables.

L’inflation sous-jacente, qui exclut les produits à prix volatils et ceux à tarifs publics, enregistre également une baisse de 0,2% en décembre par rapport au mois précédent.

Inflation moyenne annuelle en 2025

Sur l’ensemble de l’année 2025, l’IPC affiche une hausse moyenne de 0,8% par rapport à 2024. Cette progression résulte d’une augmentation de 0,8% des prix des produits alimentaires et de 0,5% des produits non alimentaires.

Les évolutions sectorielles demeurent contrastées. Les prix du transport enregistrent une baisse annuelle marquée (2,6%), tandis que les restaurants et hôtels affichent la hausse la plus soutenue parmi les composantes non alimentaires (3,3%).

L’inflation sous-jacente évolue sur la même trajectoire que l’inflation globale, avec une hausse annuelle moyenne de 0,8% en 2025.

Sur le plan territorial, l’évolution annuelle de l’IPC fait apparaître des disparités entre les villes. Les hausses les plus importantes sont observées à Fès, Kénitra et Guelmim, tandis que d’autres villes enregistrent des progressions plus limitées.

Ce qu’il faut retenir :

-oOo-

Voici par ailleurs, la note intégrale du HCP :

L’IPC du mois de décembre 2025 a connu une baisse de 0,1% par rapport au mois précédent ; au terme de l’année 2025, l’IPC annuel moyen et l’indicateur annuel d’inflation sous-jacente auront progressé de 0,8%.

Baisse de 0,1% de l’IPC et de 0,2% de l’indicateur d’inflation sous-jacente au cours du mois de décembre 2025

L’indice des prix à la consommation a connu, au cours du mois de décembre 2025, une baisse de 0,1% par rapport au mois précédent. Cette variation est le résultat de la baisse de 0,3% de l’indice des produits alimentaires et de la stagnation de l’indice des produits non alimentaires.

Les baisses des produits alimentaires observées entre novembre et décembre 2025 concernent principalement les «Huiles et graisses» avec 3,9%, les «Fruits» avec 2,8% et les «Viandes» avec 1,2%. En revanche, les prix ont augmenté de 3,3% pour les «Poissons et fruits de mer», de 2,8% pour les «Légumes», de 0,6% pour le «Lait, fromage et œufs» et de 0,4% pour le «Café, thé et cacao». Pour les produits non alimentaires, la baisse a concerné principalement les prix des «Carburants» avec 0,5%.

Dans ces conditions, l’indicateur d’inflation sous-jacente, qui exclut les produits à prix volatiles et les produits à tarifs publics, aurait connu une baisse de 0,2% au cours du mois de décembre 2025 par rapport au mois précédent.

Hausse de l’IPC annuel et de l’indicateur annuel d’inflation sous-jacente de 0,8%

L’IPC annuel moyen a enregistré, au terme de l’année 2025, une augmentation de 0,8% par rapport à l’année 2024. Conséquence de la hausse de l’indice des produits alimentaires de 0,8% et de celui des produits non alimentaires de 0,5%. Les variations enregistrées pour les produits non alimentaires vont d’une baisse de 2,6% pour le «Transport» à une hausse de 3,3% pour les «Restaurants et hôtels».

Sur cette base, l’indicateur d’inflation sous-jacente aurait connu une hausse de 0,8% au cours de l’année 2025 par rapport à l’année 2024.

Les plus fortes hausses à Fès, Kénitra et Guelmim

Les hausses les plus importantes de l’IPC annuel ont été enregistrées à Fès avec 1,7%, à Kénitra avec 1,3%, à Guelmim avec 1,2%, à Settat avec 1,1%, à Tétouan avec 1,0%, à Rabat et Errachidia avec 0,9%, à Agadir et Tanger avec 0,8%, à Casablanca avec 0,7%, à Meknès, Dakhla et à Al-Hoceima avec 0,5%, à Beni-Mellal avec 0,4% et à Marrakech avec 0,2%.

PRIX

INDICE DES PRIX A LA CONSOMMATION

EVOLUTION PAR DIVISION DE PRODUITS

Divisions de produits Indices mensuels
Novembre

2025

Décembre

 2025

Var.%
Produits alimentaires 128,6 128,2 -0,3
  01 – Produits alimentaires et boissons non alcoolisées 127,9 127,5 -0,3
  02 – Boissons alcoolisées et tabac 145 145 0,0
Produits non alimentaires 112,5 112,5 0,0
  03 – Articles d’habillements et chaussures 117,4 117,5 0,1
  04 – Logements, eau, électricité et autres combustibles 109,5 109,6 0,1
  05 – Meubles, articles de ménages et entretien courant du foyer 113,1 113,2 0,1
  06 – Santé 101,5 101,5 0,0
  07 – Transport 115,8 115,7 -0,1
  08 – Communication 103,8 103,8 0,0
  09 – Loisirs et culture 104,9 104,9 0,0
  10 – Enseignement 124,4 124,4 0,0
  11 – Restaurants et hôtels 122,2 122,8 0,5
  12 – Biens et services divers 117,8 117,9 0,1
Ensemble 118,8 118,7 -0,1

       Source : Division des Indices Statistiques.

Divisions de produits Indices mensuels Indices  moyens annuels
Décembre

2024

Décembre

2025

Var.% 2024 2025 Var.%
Produits alimentaires 129,9 128,2 -1,3 129,7 130,8 0,8
  01 – Produits alimentaires et boissons non alcoolisées 129,5 127,5 -1,5 129,2 130,3 0,9
  02 – Boissons alcoolisées et tabac 140,1 145 3,5 140 144,7 3,4
Produits non alimentaires 112,0 112,5 0,4 111,6 112,2 0,5
  03 – Articles d’habillements et chaussures 116,5 117,5 0,9 116,1 117,1 0,9
  04 – Logements, eau, électricité et autres combustibles 108,9 109,6 0,6 107,4 109,3 1,8
  05 – Meubles,articles de ménages et entretien courant du foyer 112,4 113,2 0,7 112,2 112,8 0,5
  06 – Santé 101,2 101,5 0,3 101,1 101,4 0,3
  07 – Transport 117,4 115,7 -1,4 119,6 116,5 -2,6
  08 – Communication 104,2 103,8 -0,4 104,1 103,9 -0,2
  09 – Loisirs et culture 105,4 104,9 -0,5 105,5 105 -0,5
  10 – Enseignement 121,8 124,4 2,1 120 122,7 2,3
  11 – Restaurants et hôtels 119,5 122,8 2,8 117,5 121,4 3,3
  12 – Biens et services divers 115,9 117,9 1,7 115 116,9 1,7
Ensemble 119 118,7 -0,3 118,7 119,6 0,8

 Source : Division des Indices Statistiques.

INDICE DES PRIX A LA CONSOMMATION

EVOLUTION PAR VILLE

Villes Indices mensuels Indices  moyens annuels
Novembre

2025

Décembre

2025

Var.% 2024 2025 Var.%
Agadir 117,8 117,8 0,0 117,7 118,6 0,8
Casablanca 117,5 117,7 0,2 117,5 118,3 0,7
Fès 122,1 121,6 -0,4 120,6 122,6 1,7
Kénitra 120,3 119,5 -0,7 119,1 120,6 1,3
Marrakech 120,4 120,1 -0,2 120,9 121,2 0,2
Oujda 117,5 117,1 -0,3 118,1 118,2 0,1
Rabat 117,7 117,6 -0,1 117 118 0,9
Tétouan 119,8 119,6 -0,2 119,1 120,3 1,0
Meknès 117 116,6 -0,3 117 117,6 0,5
Tanger 118,8 118,5 -0,3 118,2 119,2 0,8
Laâyoune 121,4 121 -0,3 121,8 121,9 0,1
Dakhla 118,2 118,3 0,1 118,4 119 0,5
Guelmim 122 122,1 0,1 121,7 123,1 1,2
Settat 116,4 116,7 0,3 116,7 118 1,1
Safi 121,8 122,7 0,7 124,6 124 -0,5
Beni-Mellal 122,2 121,8 -0,3 122,9 123,4 0,4
Al-hoceima 122,6 122,1 -0,4 124,5 125,1 0,5
Errachidia 121,6 121,1 -0,4 121 122,1 0,9
Ensemble 118,8 118,7 -0,1 118,7 119,6 0,8

            Source : Division des Indices Statistiques.

Vieillissement: le ratio de dépendance atteint 22,8% en 2024 et frôlerait 40% en 2050 (HCP)

Le vieillissement démographique au Maroc a longtemps pu sembler lointain. Cependant, les statistiques montrent que nous y sommes déjà.

Selon le rapport du HCP sur les personnes âgées, réalisé à partir des résultats du RGPH 2024, le vieillissement démographique est une réalité sociale, aux effets profonds et durables sur les équilibres sociaux et économiques.

Le ratio de dépendance s’accélère

Dans les chiffres les plus récents du RGPH 2024, la population de 60 ans et plus atteint 5,027 millions de personnes, soit 13,8% de la population totale. Et la tendance ne s’arrête pas là puisque les projections indiquent une hausse continue de l’effectif, jusqu’à 9,722 millions en 2050, avec une part qui monterait à 22,9%.

En effet, le problème n’est pas le nombre de personnes âgées de 60 ans et plus. C’est plutôt dans le rapport entre cette population et la population en âge de travailler.

Le rapport entre ces deux populations permet d’évaluer, de façon approximative, la charge économique que représente la prise en charge des personnes âgées pour la population potentiellement productive. Plus cet indicateur est élevé, plus la pression sur la population en âge de travailler s’accentue.

Au niveau national, les projections du HCP indiquent que le ratio de dépendance des personnes âgées passerait de 22,8% en 2024 à 25,2% en 2030, puis à 31,8% en 2040, avant d’atteindre 39,4% en 2050.

Ce qui rend l’évolution préoccupante, c’est sa vitesse. Le ratio de dépendance passe de 13,1% en 2004 à 14,9% en 2014, puis à 22,8% en 2024.

Autrement dit, en l’espace de 20 ans, le ratio a donc doublé, ce qui illustre l’accélération du vieillissement démographique au Maroc.

En milieu urbain, le ratio progresserait de 22,6% 2024 à 24,9% en 2030 et atteindrait 36,9% en 2050, une hausse associée à une population âgée plus nombreuse dans les villes.

En milieu rural, le ratio partirait d’un niveau proche, 23,1% en 2024, puis 25,7% en 2030, avant de grimper plus vite jusqu’à 46,6% en 2050.

La progression du ratio de dépendance rurale serait particulièrement rapide et elle aboutirait à un niveau nettement supérieur à celui des villes en 2050.

Pour ce qui est des explications derrière ces écarts, le HCP indique qu’en milieu rural, la dynamique est alimentée par l’émigration des jeunes vers les zones urbaines et la baisse des taux de natalité, avec en plus des conditions de vie et d’accès aux soins qui peuvent limiter la longévité par rapport au milieu urbain.

Un enjeu socioéconomique majeur

Ces constats ont des implications directes et indirectes sur les soins de santé et les services sociaux, ce qui place la question au centre de la protection sociale et de l’organisation des services.

Les implications concernent aussi l’emploi et la productivité. Avec une population active proportionnellement plus réduite, il deviendrait indispensable de maintenir, voire d’augmenter, les niveaux de productivité, ce qui appelle des politiques publiques ciblées en matière de formation, d’employabilité et d’innovation.

Concernant les mesures à prendre, le HCP insiste sur la réforme du système de retraites comme levier central, avec l’objectif d’élargir la couverture des pensions, en particulier pour les travailleurs du secteur informel, surtout en milieu rural.

Une autre mesure est tout aussi importante. Il s’agit de renforcer les infrastructures de santé, notamment dans les zones rurales, afin de réduire les inégalités d’accès aux soins et d’alléger la pression sur les familles.

2,4 millions de logements inoccupés en 2024, un stock qui a triplé en vingt ans

En 2024, le parc urbain compte 8,34 millions de logements, dont 5,93 millions occupés comme résidence principale, soit 71,1% du total.

Les logements vacants atteignent 1,12 million d’unités, ce qui représente 13,4% du parc urbain. De même, les logements secondaires ou saisonniers atteignent 1,29 million d’unités, soit 15,5% du parc.

Au total, près de 2,4 millions de logements urbains ne sont donc pas utilisés comme résidence principale, ce qui revient à dire qu’environ trois logements sur dix en ville sont inoccupés à titre principal.

Une évolution spectaculaire des logements non occupés

Entre 2004 et 2024, l’évolution est significative. En 2004, les villes marocaines comptaient 3,94 millions de logements, dont 3,22 millions occupés, 530.000 vacants et 186.000 secondaires. Les logements non occupés ne représentaient alors que 18,2% du parc.

En 2024, le parc a plus que doublé par rapport à 2004, mais les logements non occupés ont, eux, plus que triplé, pour atteindre 2,41 millions et 28,9% du total.

Si l’on se concentre uniquement sur les logements vacants, leur nombre est passé d’environ 530.000 en 2004 à plus de 1,11 million en 2024, avec un taux de croissance annuel moyen de 3,8%, supérieur à celui des logements occupés.

Par ailleurs, les résidences secondaires et saisonnières connaissent une véritable explosion. Leur part dans le parc urbain est passée de 4,7% en 2004 à 15,5% en 2024. En volume, on est passé de moins de 200.000 logements à plus de 1,29 million, avec un rythme de croissance annuel moyen supérieur à 10% sur 20 ans.

Autrement dit, on est face à une masse croissante de logements utilisés de manière intermittente, parfois quelques semaines par an.

Un décalage avec le déficit en logements

La structure de ce parc vacant montre qu’il s’agit avant tout d’un phénomène lié à l’habitat moderne. Parmi les logements urbains non occupés (vacants et secondaires confondus), les appartements représentent près de la moitié (48,2%) et les maisons marocaines modernes 45%, soit plus de 93% de l’ensemble.

Sur le plan géographique, la vacance est fortement concentrée le long de l’axe littoral. Les régions Casablanca-Settat, Tanger-Tétouan-Al Hoceïma et Rabat-Salé-Kénitra concentrent à elles seules 50,5% des logements vacants.

Les résidences secondaires et saisonnières suivent la même logique, avec des poids particulièrement élevés dans ces régions, lesquelles accaparent 53% des résidences secondaires et saisonnières.

D’où viennent concrètement ces logements vacants ou occupés seulement de manière saisonnière ? Sur ce point, le HCP reste strictement descriptif. Le recensement ne ventile pas les résidences secondaires selon le profil des ménages ou des propriétaires (MRE, ménages installés dans d’autres villes, investisseurs, etc.).

Il convient par ailleurs de noter que le HCP estime le déficit quantitatif en milieu urbain à 334.000 logements en 2024. Par ailleurs, environ 372.000 logements urbains sont occupés par deux ménages ou plus.

Pouvoir d’achat des ménages : +5,1% en 2024 selon le HCP

Selon les récentes statistiques relatives aux comptes nationaux des secteurs institutionnels publiées par le HCP, le pouvoir d’achat des ménages s’est amélioré de 5,1% en 2024, contre 1,8% seulement en 2023.

En dehors du rebond exceptionnel post-Covid de 2021, il s’agit de la meilleure performance observée depuis 2008.

Le pouvoir d’achat représente un malaise économique et social au Maroc, au point de devenir l’un des thèmes principaux de la bataille électorale qui s’annonce. Il s’agit d’une réalité quotidienne qui se traduit, pour les ménages, par la capacité ou non à faire face aux dépenses alimentaires, au logement, au transport, à l’énergie et aux services essentiels.

C’est précisément cette dimension vécue qui explique pourquoi le débat autour du pouvoir d’achat dépasse largement le terrain technique pour s’infiltrer dans le champ politique, où chaque point de pourcentage d’inflation ou de revenu est perçu comme une promesse tenue ou trahie.

L’évolution du pouvoir d’achat entre 2000 et 2024

L’analyse de longue période montre que le Maroc a connu une phase d’amélioration soutenue du pouvoir d’achat entre le début des années 2000 et le milieu des années 2010. Cette dynamique a profondément changé après 2014, avec un net ralentissement du rythme des gains réels, puis une entrée dans une séquence de chocs successifs.

Le premier choc est intervenu en 2020 avec la pandémie, suivi d’un rebond exceptionnel en 2021, davantage lié à un rattrapage mécanique. À partir de 2022, l’économie est entrée dans une phase difficile marquée par un retour brutal de l’inflation.

Avec des taux d’inflation respectifs de 6,1 et 6,6%, les années 2022 et 2023 ont été difficiles pour le pouvoir d’achat des ménages. La hausse des prix a agi comme un choc négatif sur le niveau de vie.

Le résultat est que le pouvoir d’achat s’est contracté sur deux années consécutives, installant durablement le sentiment d’érosion et de vulnérabilité chez une large partie de la population.

L’année 2024 marque une rupture avec cette phase de détérioration. La combinaison d’une croissance économique de 3,8% et d’un net recul de l’inflation a radicalement modifié la trajectoire du pouvoir d’achat.

Selon les données du HCP, le pouvoir d’achat aurait progressé de 5,1% en 2024. Si l’on raisonne hors le rebond mécanique post-Covid, il s’agit du gain le plus élevé observé depuis 2008. Autrement dit, l’économie marocaine renoue avec un rythme de progression du pouvoir d’achat qui n’avait pas été observé depuis plus d’une décennie.

Il convient toutefois de signaler que les mesures prises par le gouvernement ont contribué à amortir le choc, même partiellement. Les aides sociales, la revalorisation du SMIG, la réforme de l’impôt sur le revenu et les augmentations de salaires dans le secteur public ont joué un rôle important, et sans ces mesures, la situation aurait été plus difficile.

Par ailleurs, ce rebond ne doit pas être surinterprété. Du point de vue macroéconomique, il compense une partie des pertes accumulées en 2022 et 2023, mais il ne suffit pas à effacer entièrement le choc ressenti par les ménages.

En octobre 2025, l’inflation retombe à son plus bas niveau depuis mars 2021

En octobre 2025, le régime désinflationniste se confirme et même s’accentue. Selon les données du HCP, l’indice des prix à la consommation n’augmente que de 0,1% en glissement annuel par rapport à octobre 2024, contre 0,4% un mois plus tôt.

Il s’agit du taux d’inflation le plus faible observé depuis mars 2021, période durant laquelle l’inflation avait également atteint 0,1%.

Sur la moyenne des dix premiers mois de 2025, l’inflation moyenne s’établit à 0,8% par rapport à la même période de 2024. Ce rythme, légèrement inférieur à celui observé sur les neuf premiers mois (0,9%), confirme la poursuite d’un processus désinflationniste dans l’évolution des prix à la consommation.

L’inflation sous-jacente, qui exclut les produits à prix volatils et administrés, enregistre une légère déflation, avec un taux négatif de 0,2% sur un mois comme sur un an.

Dans le détail, la structure sectorielle des prix reste contrastée. Par rapport à octobre 2024, les produits alimentaires reculent de 0,3%, tandis que les produits non alimentaires progressent de 0,4%. Au sein de ces derniers, les prix du transport restent orientés à la baisse, avec une contraction de 1,9% sur un an, alors que les « restaurants et hôtels » poursuivent leur hausse, avec une augmentation de 2,4%.

Sur un mois (par rapport à septembre 2025), l’IPC recule de 0,6%. Cette baisse résulte principalement d’un repli de 1,3% de l’indice des produits alimentaires, tandis que l’indice des produits non alimentaires stagne (0%).

Dans l’ensemble, les pressions inflationnistes demeurent très faibles. L’environnement des prix reste favorable et contribue à limiter l’érosion du pouvoir d’achat des ménages.

Inflation en octobre 2025: ce qu’il faut retenir

-oOo-

Voici le texte intégral de la note HCP :

Baisse de 0,6% de l’indice des prix à la consommation, résultant de la baisse de 1,3% de l’indice des produits alimentaires et de la stagnation de l’indice des produits non alimentaires. L’indicateur d’inflation sous-jacente en baisse de 0,2% sur un mois et sur une année.

L’indice des prix à la consommation a connu, au cours du mois d’octobre 2025, une baisse de 0,6% par rapport au mois précédent. Cette variation est le résultat de la baisse de 1,3% de l’indice des produits alimentaires et de la stagnation de l’indice des produits non alimentaires.

Les baisses des produits alimentaires observées entre septembre et octobre 2025 concernent principalement les «Huiles et graisses» avec 3,7%, les «Viandes» avec 2,8%, les «Légumes» avec 1,4%, les «Poissons et fruits de mer» avec 1,3%, les «Fruits» avec 0,9% et le «Lait, fromage et œufs» avec 0,2%. En revanche, les prix ont augmenté de 0,2% pour le «Café, thé et cacao». Pour les produits non alimentaires, la baisse a concerné principalement les prix des «Carburants» avec 0,6%.

Les baisses les plus importantes de l’IPC ont été enregistrées à Al-Hoceima avec 1,5%, à Settat et Safi avec 1,0%, à Tétouan et Beni-Mellal avec 0,9%, à Agadir et Marrakech avec 0,8%, à Tanger avec 0,7%, à Casablanca, Fès, Dakhla et Guelmim avec 0,6% et à Rabat, Laâyoune et Errachidia avec 0,5%. En revanche, une hausse a été enregistrée à Kénitra avec 0,2%.

Comparé au même mois de l’année précédente, l’indice des prix à la consommation a enregistré une hausse de 0,1% au cours du mois d’octobre 2025 conséquence de la baisse de l’indice des produits alimentaires de 0,3% et de la hausse de celui des produits non alimentaires de 0,4%. Pour les produits non alimentaires, les variations vont d’une baisse de 1,9% pour le «Transport» à une hausse de 2,4% pour les «Restaurants et hôtels».

Dans ces conditions, l’indicateur d’inflation sous-jacente, qui exclut les produits à prix volatils et les produits à tarifs publics, aurait connu au cours du mois d’octobre 2025 une baisse de 0,2% par rapport au mois de septembre 2025 et par rapport au mois d’octobre 2024.

PRIX

INDICE DES PRIX A LA CONSOMMATION

EVOLUTION PAR DIVISION DE PRODUITS

Divisions de produits Indices mensuels
Septembre

2025

Octobre

 2025

Var.%
Produits alimentaires 132,0 130,3 -1,3
  01 – Produits alimentaires et boissons non alcoolisées 131,5 129,7 -1,4
  02 – Boissons alcoolisées et tabac 144,9 145,0 0,1
Produits non alimentaires 112,5 112,5 0,0
  03 – Articles d’habillements et chaussures 117,6 117,6 0,0
  04 – Logements, eau, électricité et autres combustibles 109,4 109,5 0,1
  05 – Meubles, articles de ménages et entretien courant du foyer 113,1 113,0 -0,1
  06 – Santé 101,4 101,5 0,1
  07 – Transport 116,1 115,9 -0,2
  08 – Communication 103,8 103,8 0,0
  09 – Loisirs et culture 104,9 105,0 0,1
  10 – Enseignement 124,3 124,4 0,1
  11 – Restaurants et hôtels 122,5 122,2 -0,2
  12 – Biens et services divers 117,1 117,4 0,3
Ensemble 120,2 119,5 -0,6

       Source : Division des Indices Statistiques.

Divisions de produits Indices mensuels Indices des dix premiers mois
Octobre

2024

Octobre

2025

Var.% 2024 2025 Var.%
Produits alimentaires 130,7 130,3 -0,3 129,6 131,3 1,3
  01 – Produits alimentaires et boissons non alcoolisées 130,3 129,7 -0,5 129,2 130,8 1,2
  02 – Boissons alcoolisées et tabac 140,2 145,0 3,4 140,0 144,7 3,4
Produits non alimentaires 112,0 112,5 0,4 111,6 112,2 0,5
  03 – Articles d’habillements et chaussures 116,7 117,6 0,8 116,0 117,0 0,9
  04 – Logements, eau, électricité et autres combustibles 108,7 109,5 0,7 107,1 109,2 2,0
  05 – Meubles, articles de ménages et entretien courant du foyer 112,3 113,0 0,6 112,1 112,7 0,5
  06 – Santé 101,2 101,5 0,3 101,1 101,4 0,3
  07 – Transport 118,1 115,9 -1,9 120,0 116,7 -2,8
  08 – Communication 104,0 103,8 -0,2 104,1 103,9 -0,2
  09 – Loisirs et culture 105,4 105,0 -0,4 105,5 105,0 -0,5
  10 – Enseignement 121,8 124,4 2,1 119,6 122,3 2,3
  11 – Restaurants et hôtels 119,3 122,2 2,4 117,1 121,2 3,5
  12 – Biens et services divers 115,7 117,4 1,5 114,9 116,7 1,6
Ensemble 119,4 119,5 0,1 118,7 119,7 0,8

 Source : Division des Indices Statistiques.

INDICE DES PRIX A LA CONSOMMATION

EVOLUTION PAR VILLE

Villes Indices mensuels Indices des dix premiers mois
Septembre

2025

Octobre

2025

Var.% 2024 2025 Var.%
Agadir 119,1 118,1 -0,8 117,5 118,8 1,1
Casablanca 118,9 118,2 -0,6 117,4 118,5 0,9
Fès 123,2 122,4 -0,6 120,4 122,7 1,9
Kénitra 120,6 120,8 0,2 119,0 120,8 1,5
Marrakech 121,9 120,9 -0,8 120,9 121,4 0,4
Oujda 118,6 118,3 -0,3 118,1 118,4 0,3
Rabat 118,6 118,0 -0,5 116,9 118,1 1,0
Tétouan 121,3 120,2 -0,9 119,1 120,5 1,2
Meknès 117,6 117,5 -0,1 117,0 117,8 0,7
Tanger 120,1 119,3 -0,7 118,3 119,3 0,8
Laâyoune 122,9 122,3 -0,5 121,5 122,1 0,5
Dakhla 118,9 118,2 -0,6 118,0 119,1 0,9
Guelmim 123,9 123,1 -0,6 121,3 123,3 1,6
Settat 119,0 117,8 -1,0 116,6 118,3 1,5
Safi 124,5 123,2 -1,0 124,7 124,3 -0,3
Beni-Mellal 124,6 123,5 -0,9 122,9 123,6 0,6
Al-hoceima 126,0 124,1 -1,5 124,8 125,6 0,6
Errachidia 123,9 123,3 -0,5 120,9 122,2 1,1
Ensemble 120,2 119,5 -0,6 118,7 119,7 0,8

            Source : Division des Indices Statistiques.

Voici la data détaillée concernant l’évolution de l’inflation (contenu réservé aux abonnés) :

 

Le HCP plaide pour un système statistique national « intégré et ouvert »

Les travaux de la Journée mondiale de la statistique, organisée les 20 et 21 octobre par le Haut-commissariat au plan (HCP) en partenariat avec Bank Al-Maghrib et l’UNFPA, ont mis en avant une conviction partagée : les données ne sont plus de simples chiffres, mais des leviers d’action publique, de transparence et de justice sociale.

Les échanges ont fait émerger un consensus sur la nécessité d’une refonte profonde du système statistique national afin de le rendre plus intégré, ouvert et interopérable. Cette transformation passe par une meilleure coordination entre institutions, l’exploitation des sources alternatives de données, l’usage de l’intelligence artificielle et la mise en place de tableaux de bord d’alerte précoce pour accompagner les mutations économiques et sociales du pays.

La création d’un comité de gouvernance statistique a été identifiée comme un levier stratégique pour renforcer la cohérence du système, favoriser la synergie entre les acteurs et établir un référentiel commun. L’accès encadré aux microdonnées a également été souligné comme un facteur déterminant pour stimuler la recherche et l’innovation.

La réflexion a porté, en parallèle, sur la territorialisation de la donnée statistique afin d’appuyer la régionalisation avancée. Les intervenants ont plaidé pour une mutualisation des compétences, une culture du partage entre producteurs de données locales et un partenariat renforcé avec les acteurs territoriaux.

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Conjoncture. Le HCP estime la croissance au T3 à 4,3%

Le HCP vient de publier sa note de conjoncture qui est un « baromètre d’indicateurs de phénomènes annonciateurs de tendances ».

La note de conjoncture diffère de la publication de l’arrêté des comptes nationaux. La première est élaborée par le département de la Conjoncture qui y présente des estimations et des prévisions de l’activité économique. La seconde, produite par le département de la comptabilité nationale, apporte des données officielles constatées dans les comptes nationaux.

Les informations qui suivent ne sont donc pas des indicateurs officiels, mais une lecture provisoire de la conjoncture économique marocaine.

La croissance au T3 est estimée à 4,3%

Selon la note de conjoncture du HCP, l’économie marocaine au troisième trimestre se serait rééquilibrée après le sursaut du deuxième trimestre. La valeur ajoutée primaire se serait légèrement raffermie, tandis que les branches secondaires et tertiaires auraient vu leur rythme de croissance modéré, respectivement à 4,4% et 4,3%. Dans ce contexte, la progression du PIB global est estimée à 4,3%

Cette évolution refléterait un environnement extérieur moins porteur, notamment en Europe, où le ralentissement du commerce et la prudence des ménages auraient pesé sur la demande adressée au Maroc.

Les importations auraient augmenté plus rapidement que les exportations, accentuant le déficit commercial et réduisant la contribution du commerce extérieur à la croissance. En revanche, la demande intérieure resterait le principal moteur, soutenue par un investissement dynamique, en hausse de 14,2%, et par la poursuite des mesures en faveur du pouvoir d’achat, notamment la deuxième tranche de revalorisation salariale dans la fonction publique.

Sur le plan des prix, au T3-2025, l’inflation demeurerait contenue. L’indice global des prix à la consommation n’augmenterait que de 0,4% en glissement annuel, tiré vers le bas par la baisse de 2,7% des prix de l’énergie et la stabilisation des produits alimentaires hors produits frais. L’inflation sous-jacente reculerait à 0,8%, traduisant une modération générale des pressions inflationnistes. Seules les denrées périssables, notamment les légumes, continueraient d’afficher des hausses persistantes.

Du côté monétaire, la croissance du crédit ralentirait, conséquence d’une baisse des crédits de trésorerie malgré le maintien d’un bon rythme pour les prêts à l’équipement. Le maintien par Banque Al-Maghrib du taux directeur à 2,25%, après l’assouplissement de début d’année, permettrait une stabilisation des conditions de financement.

Par ailleurs, le dirham s’apprécierait de 1,8% face à l’euro, et de 7,7% vis-à-vis du dollar.

Perspectives de fin d’année

Pour le quatrième trimestre 2025, les perspectives s’annoncent légèrement plus favorables. Le HCP prévoit une croissance pouvant atteindre 4,7%, grâce à une amélioration graduelle de la demande étrangère dans un contexte de détente monétaire en Europe.

La consommation des ménages bénéficierait de la revalorisation des salaires publics et privés, ainsi que des allègements fiscaux, tandis que l’investissement poursuivrait sa progression au rythme de 12,6%.

Les services resteraient la principale locomotive, avec une hausse prévue de 4,7%, suivis de la construction et des industries électriques et minières.

La croissance économique au plus haut niveau depuis 2017

La croissance de l’économie nationale s’est nettement accélérée au deuxième trimestre 2025, atteignant 5,5% en glissement annuel contre seulement 3% à la même période de 2024.

Il s’agit du taux de croissance le plus élevé depuis celui enregistré au T2-2017 (hors rebond mécanique de 2021, après la pandémie).

Alors quelles sont les forces à l’origine d’une telle performance de l’économie marocaine ?

Une croissance dopée par le BTP, le tourisme, l’industrie et la baisse des subventions

D’abord, il s’agit d’une reprise remarquable de plusieurs branches, traduisant en partie un effet de base, puisque leurs résultats au même trimestre de l’année précédente avaient été modestes.

C’est le cas de l’agriculture, qui après une contraction de 4,4% au T2-2024, enregistre une croissance notable de 4,7% en 2025. L’industrie suit la même trajectoire, passant d’une progression limitée de 2,9% un an plus tôt à une hausse remarquable de 6,9%. Dans le tertiaire, le tourisme se distingue particulièrement, avec une expansion à deux chiffres atteignant 10,5%.

Globalement, tous les secteurs ont affiché de bonnes performances. Comparé au T2-2024, le secteur primaire, qui avait enregistré une contraction de 4,8%, affiche désormais une croissance de 4,2% au T2 2025.

Le secteur secondaire connaît la même dynamique, passant d’une progression de 3,1% à un rythme beaucoup plus soutenu de 7,4%. Quant au tertiaire, il renforce également sa contribution, évoluant de 4,2% en 2024 à 4,8% en 2025.

Nous constatons également un effet d’entraînement marqué de plusieurs branches, en particulier le bâtiment et travaux publics ainsi que l’industrie, sur les services connexes tels que le commerce, les services aux entreprises ou encore la logistique.

Par ailleurs, la baisse du poids des subventions (dépenses de compensation) a contribué également à cette croissance.

Une croissance déjà au-dessus des prévisions ?

Sur une base semestrielle, en cumulant un taux de croissance de 4,8% au premier trimestre et de 5,5% au deuxième trimestre, la croissance moyenne s’établit déjà à 5,1% sur les six premiers mois de l’année.La croissance économique au T3-2025 devrait se maintenir aux alentours de 5%Selon nos sources, le T3-2025 devrait rester sur la même trajectoire, avec une poursuite de l’élan observé au T2-2025 dans l’industrie, le tourisme, les mines (notamment les phosphates), le BTP et les autres secteurs.

Cela laisse entrevoir une performance supérieure aux prévisions initiales du HCP et de Bank Al-Maghrib, qui tablaient respectivement sur une croissance de 4,4% et 4,6% pour l’ensemble de l’année 2025.

Il convient de souligner que la trajectoire finale de la croissance en 2025 dépendra largement de l’évolution au T4-2025. L’agriculture a montré une bonne tenue au cours des deux premiers trimestres, mais son évolution au T3-2025, et surtout au T4-2025, demeure tributaire des conditions climatiques.

Si les secteurs secondaire et tertiaire maintiennent leur dynamique actuelle, il sera possible d’atteindre une croissance proche de 5% sur l’ensemble de l’année.

La demande intérieure, l’investissement public et la dette

Étant donné la contre-performance des exportations, la demande extérieure contribue négativement à la croissance. Ainsi, comme d’habitude, la demande intérieure a constitué l’un des moteurs de l’activité économique au T2-2025.

Elle a progressé de 9,2%, contribuant ainsi à la croissance globale. Dans sa décomposition, l’investissement brut se distingue avec un bond de 18,9%, apportant à lui seul 5,6 points à la croissance, un record inédit depuis plusieurs années.

C’est à ce niveau que l’analyse mérite d’être approfondie. La croissance actuelle est essentiellement tirée par l’investissement brut, combinant investissement privé et public. Or, en l’absence de données précises et désagrégées sur la part du privé, il est évident que l’investissement public domine la dynamique.

Rappelons que la demande intérieure se définit comme suit :

Demande intérieure = Consommation des ménages + Consommation publique + Consommation des ISBL + Investissement.

L’analyse de la part de l’investissement dans la demande intérieure est révélatrice. Elle est passée de 26,2% au T2-2023 à 28% au T22024, puis à 30,5% au T2-2025.

Autrement dit, près d’un tiers de la demande intérieure est désormais porté par l’investissement, dont plus des deux tiers relèvent du secteur public et sont financés en partie par la dette.

Cela dit, la croissance reste en partie tirée par l’endettement, alors que c’est l’investissement privé qui devrait jouer ce rôle. Par nature, l’investissement privé est plus efficient, il crée des emplois durables et contribue directement aux recettes fiscales.

À l’inverse, l’investissement public, notamment au Maroc comme le rappellent l’OCDE et le HCP, souffre d’une efficience relativement faible.

La croissance économique affiche 5,5% au T2 2025 (HCP)

Selon les comptes nationaux du HCP pour le T2 2025, la croissance de l’économie marocaine s’est établie à 5,5% en volume. Cette performance s’explique par une hausse de 5,5% des activités non agricoles et un rebond de 4,7% du secteur agricole, après une contraction en 2024.

Le secteur secondaire a connu une forte expansion de 7,4%, soutenue principalement par la construction et les industries de transformation. L’industrie d’extraction a ralenti à 10,9% contre 20% un an plus tôt.

Dans le tertiaire, la croissance est restée solide à 4,8%, stimulée par l’hébergement-restauration, le commerce et les services publics.

En valeur, le PIB a progressé de 7,8% au lieu de 6,9% au deuxième trimestre 2024. Le niveau général des prix a ainsi enregistré un net ralentissement, avec une inflation implicite de 2,3% contre 3,9% un an auparavant.La demande intérieure a bondi de 9,2% et demeure le principal catalyseur de la croissance au T2 2025

Les moteurs et les freins de la croissance

La demande intérieure

Elle demeure le principal moteur de l’activité, affichant une hausse de 9,2% et contribuant à hauteur de 9,9 points à la croissance.

La demande extérieure

En revanche, le commerce extérieur a pesé négativement sur la croissance. Les importations de biens et services ont bondi de 15,7%, plus vite que les exportations (8,5%), ce qui a généré une contribution négative de 4,4 points à la croissance.

Sur le plan des équilibres financiers, le revenu national brut disponible (RNBD) a progressé de 7,2%, tandis que l’épargne nationale a atteint 29,3% du PIB, contre 28,4% un an auparavant.

Cependant, l’investissement a représenté 32,5% du PIB, creusant le besoin de financement de l’économie à 3,2% du PIB, contre 1,6% un an plus tôt.

Carte 2025 de l’emploi féminin : Meknès en tête, les provinces rurales décrochent

La dernière édition de la Cartographie des établissements économiques, publiée en mars 2025 par le haut-commissariat au Plan (HCP), offre une radiographie détaillée de l’emploi au Maroc.

Parmi les indicateurs les plus révélateurs, figure la part de l’emploi féminin dans l’emploi total, par province.

Au-delà des chiffres globaux présentés à l’échelle régionale, l’analyse provinciale révèle des écarts profonds qui traduisent une participation très inégale des femmes à l’économie.

Meknès en tête, suivie par les grands pôles urbains

La province de Meknès affiche l’un des taux les plus élevés du pays. 35,5% des emplois de la province sont occupés par des femmes, soit une proportion qui dépasse largement la moyenne nationale.

Meknès concentre un tissu important d’activités industrielles et de services, où les femmes sont davantage représentées. Elles représentent 55,9% dans l’industrie et 39% dans les services.

Derrière Meknès, on retrouve la province de Tanger-Assilah avec une part de l’emploi féminin de 34,2%, suivie des provinces de Marrakech (32%), Kénitra (31,8%), Rabat (31,7%) et Casablanca (31,2%).

Ces pôles urbains concentrent des services modernes, des industries légères et des administrations, autant de secteurs où la présence des femmes est plus visible.

Casablanca se distingue aussi en valeur absolue, avec plus de 228.000 femmes en emploi, et la métropole constitue le principal bassin d’emplois féminins du pays.



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L’emploi féminin recule dans les provinces à dominante rurale

À l’opposé, certaines provinces affichent des parts extrêmement faibles. À Driouch, la part de l’emploi féminin dans l’emploi total ne dépasse pas 9,4%.

De même, les provinces de Taounate (12,7%), Al Hoceima (14,6%), Ouazzane (15,4%) et Azilal (15,4%) enregistrent également des taux très bas. Dans ces régions, le tissu productif reste dominé par le commerce ou encore la construction, des secteurs où l’emploi féminin est structurellement limité.

Il convient de souligner que dans les préfectures et les centres urbains, la part de l’emploi féminin dépasse fréquemment 30%, tandis que dans les territoires à forte composante rurale, elle plafonne souvent à un maximum de 20%.Là où dominent l’industrie et les services, l’emploi féminin progresse ; ailleurs, il reculeL’analyse met en évidence un pattern qui explique les écarts dans la part de l’emploi féminin. Tout dépend de la structure économique de chaque province.

Dans les provinces où l’industrie et les services dominent, les femmes occupent une place importante dans l’emploi. À l’inverse, dans les provinces où le commerce et la construction restent prépondérants, la part de l’emploi féminin chute fortement.

Les données du HCP mettent ainsi en évidence une géographie de l’emploi féminin à deux vitesses, opposant un Maroc moderne et diversifié à un Maroc périphérique où les femmes demeurent largement en marge de l’activité économique.

Inégalités au Maroc. Vingt ans de progrès effacés en trois ans (HCP)

Selon les données publiées par le HCP, l’évolution des inégalités de niveau de vie a suivi une trajectoire en rupture au cours des deux dernières décennies.

Entre 2001 et 2019, le pays semblait s’engager vers une société moins polarisée, mais la pandémie de Covid-19, l’inflation mondiale et la sécheresse ont suffi à effacer en quelques années deux décennies de progrès.

2001-2019 : une réduction progressive des inégalités

Entre 2001 et 2014, le pays a connu une réduction des écarts. Le niveau de vie moyen s’est amélioré pour l’ensemble de la population et les catégories modestes ont enregistré des gains légèrement supérieurs à ceux des plus aisés.

Ainsi, l’indice de Gini, qui mesure les inégalités de niveau de vie, a enregistré une baisse, passant de 40,6% en 2001 à 39,5% en 2014. La baisse est restée modeste mais elle signalait une première inflexion. Plus l’indice est élevé, et plus les inégalités le sont. Lorsqu’il baisse, cela signifie que les inégalités baissent.

Cette amélioration a été plus marquée en milieu urbain, où l’indice est passé de 41,1% à 38,8%, qu’en milieu rural, où il a reculé de 33,1% à 31,7%. L’indice de Gini a reculé à 38,5% en 2019, son niveau le plus bas en vingt ansLa période suivante, de 2014 à 2019, a renforcé cette dynamique positive. Les ménages les moins aisés ont connu des hausses de niveau de vie plus rapides que les catégories supérieures.

Le niveau de vie des 20% les plus pauvres a progressé en moyenne de 3,9% par an contre 2,8% pour les 20% les plus riches. L’indice de Gini a reculé à 38,5% en 2019, son niveau le plus bas en vingt ans.

2019-2022 : un retour brutal des inégalités

Cette tendance a été brutalement interrompue entre 2019 et 2022. Les crises successives ont renversé le mouvement. La pandémie de Covid-19, la flambée des prix liée à l’inflation mondiale et les sécheresses récurrentes ont durement frappé les ménages.

Le niveau de vie moyen a reculé pour la première fois depuis de nombreuses années et les pertes ont été beaucoup plus sévères pour les plus modestes.

Les 20% les plus pauvres ont vu leur niveau de vie baisser de 4,6% par an, contre 1,7% pour les 20% les plus riches. Les classes intermédiaires n’ont pas été épargnées avec une contraction annuelle de 4,3%. L’indice de Gini est remonté à 40,5% en 2022, effaçant les progrès réalisés depuis le début des années 2000En milieu urbain, l’indice de Gini a bondi de 37,9% à 40%, et en milieu rural, il est passé de 30,2% à 31,1%. Les 20% les plus riches détiennent à eux seuls 48,1% de la consommation nationale, tandis que la part des 20% les plus modestes est retombée à 6,7%.

Les inégalités alimentaires sont devenues le moteur principal de cette fracture. En 2019, l’indice de concentration des dépenses alimentaires avait reculé à 24,2%. Trois ans plus tard, il a bondi à 31,7%, signe que les ménages modestes ont dû réduire davantage leur consommation de base.

En revanche, les inégalités des dépenses non alimentaires ont légèrement diminué, ce qui montre que le choc a principalement porté sur les prix alimentaires.

Le Maroc se retrouve ainsi ramené presque vingt ans en arrière. Les inégalités avaient reculé lentement mais sûrement entre 2000 et 2019, mais elles se sont brutalement aggravées après cette période.