Durant ces premières semaines de septembre, les intempéries ont causé des crues violentes dans plusieurs régions, dont les régions du sud-est, Al Haouz, Azilal et l’Oriental.
Ces crues continuent d’impacter plusieurs infrastructures, dont des routes, des ponts, et isolent plusieurs régions rurales.
C’est le cas, par exemple, le samedi 13 septembre 2025, dans la commune d’Ighrem N’Ougdal, située avant l’ascension du col Tizi N’Tichka sur la route nationale nᵒ 9, où des crues torrentielles ont formé des torrents sur l’oued Akrim dépassant des hauteurs de 9 mètres.
Vidéo montrant les crues torrentielles survenues le samedi 13 septembre 2025 au niveau de l’oued Ankrim, province d’Ouarzazate (source : réseaux sociaux).
Il y a une année, jour par jour, des pluies diluviennes dans les régions du sud-est avaient causé une montée des eaux des oueds Guir, Ziz, Ghris et Drâa. Des précipitations de plus de 100 mm en 24 heures avaient été enregistrées, atteignant même 170 mm à Tagounite (sud de Zagora), transformant ainsi les lits habituellement secs de ces oueds en cours d’eau puissants.
Conscient des impacts abrupts et soudains du réchauffement climatique, le Maroc, depuis 2014, a instauré une approche fondée sur une démarche préventive, pour passer d’une politique de réaction aux catastrophes naturelles à une politique de prévention et de planification des moyens. Parmi les mesures déployées, tant à l’échelle centrale qu’à l’échelle territoriale, figurent les actions d’amélioration de la connaissance du risque, ainsi que des actions d’anticipation et d’alerte.
C’est le cas des risques de crues, où un dispositif de suivi et d’alerte est permanent et est activé à l’échelle territoriale. La direction générale de la météorologie (DGM) ainsi que les 10 agences du bassin hydraulique se trouvent en amont de ce dispositif de suivi et d’alerte des crues.
Par rapport à d’autres risques naturels, l’augmentation du débit nécessite un temps (d’une dizaine de minutes à quelques heures) et donne ainsi un délai d’alerte et d’intervention aux pouvoirs publics pour décider des plans d’intervention.
Le système de suivi hydrologique national BADRE21
Le système BADRE 21, conçu pour collecter et centraliser les données relatives aux ressources en eau, joue un rôle clé dans l’annonce des crues au Maroc. En plus de ses fonctions de collecte d’informations hydrologiques, il permet un suivi en temps réel des données provenant des 10 agences de bassins hydrauliques (ABH) du pays.
Depuis 2002, ce système s’appuie sur un réseau de 246 stations hydrométriques principales stratégiquement implantées, avec une concentration plus dense dans le centre du pays, suivi des régions du sud-est, afin de surveiller l’évolution des eaux de surface dans les régions à haut risque.
BADRE 21 est géré en permanence par la Direction de la recherche et de la planification de l’eau (DREP), rattachée au ministère de l’Équipement et de l’eau. Cette direction supervise l’exploitation du système, garantissant son bon fonctionnement et son actualisation pour répondre aux besoins croissants en matière de gestion des ressources hydriques et de prévention des risques.
Au-delà de son rôle principal dans l’annonce des crues, le système BADRE 21 dispose d’un ensemble complet de mesures hydrologiques vitales à la prévision. Il fournit des données précises et en temps réel, comme les débits journaliers des cours d’eau, les hauteurs d’eau dans les rivières et les réservoirs, et la vitesse des écoulements.
De telles informations sont importantes pour surveiller la dynamique des cours d’eau et pour prendre des décisions rapides et éclairées face à des risques potentiels comme les crues soudaines.
De son côté, la direction générale de la météorologie (DGM) a lancé le 2 juin 2025 un projet pour l’élaboration d’un système d’alertes précoces basées sur l’impact (SAPBI). S’ajoutant aux dispositifs de prévisions de la DGM, notamment le réseau des radars météorologiques, ce projet permettra de doter le Maroc d’un dispositif moderne et intégré pour anticiper et gérer les catastrophes naturelles, en tenant compte de la vulnérabilité et de l’exposition des populations et des infrastructures.
Pour la période entre 2025 et 2026, l’étude se concentrera sur le ressort territorial de l’agence du bassin hydraulique du Bouregreg et de la Chaouia (zone pilote) avant de généraliser le système.
L’expérience du système de prévision et d’alertes aux crues (SPARC)
En plus du BADRE 21, l’ensemble des agences de bassins hydrauliques (ABH) ont développé des systèmes d’annonce de crues permettant de fournir une information permanente et fiable sur les risques d’inondation.
Chaque système d’annonce de crues comprend un réseau de stations de mesure hydro-climatologiques, composé notamment de stations hydrométriques, de barrages et de postes pluviométriques.
Dans le bassin du Tensift, les crues se forment plus rapidement en raison des fortes pentes et des terrains imperméables, nécessitant ainsi un temps d’alerte extrêmement court pour une réaction efficace.


Lors du drame de l’Ourika en 1995, le débit de l’oued avait ainsi augmenté en… seulement un petit quart d’heure, atteignant jusqu’à 1.030 m³/s et mobilisant un volume d’eau estimé à 3,3 millions de m³. Cette catastrophe, survenue le 17 août 1995, a fait plus de 200 victimes et a souligné l’urgence d’améliorer les systèmes de vigilance hydrologique dans les zones à risque torrentiel.
Pour prévenir la répétition du drame d’Ourika, l’Agence du bassin hydraulique du Tensift (ABHT) gère activement les crues dans le bassin du Tensift à l’aide de deux systèmes SPARC (Système de Prévision et d’Alerte aux Crues). Ces systèmes, bien que non compatibles entre eux, permettent une couverture complète de la zone à risque :
- Le SPARC Atlas : ce système, dédié aux sous-bassins de l’Ourika et du Rhérhaya, a été développé dans le cadre d’un projet pilote financé par un don japonais. Il est administré via la plateforme Atlas, qui permet une surveillance en temps réel des données hydro climatologiques. Ce système est particulièrement adapté aux zones torrentielles où les crues peuvent survenir en quelques minutes.
- Le SPARC global de Tensift : ce second système couvre l’ensemble de la zone d’action du bassin de Tensift, hors Ourika et Rhérhaya. L’Agence du bassin hydraulique (ABH) de Tensift développe en permanence ce système et l’exploite via la plateforme Synapse Follow, qui intègre les données des stations hydrométriques, pluviométriques et des barrages pour une analyse centralisée.
Les systèmes SPARC se distinguent par leur capacité à déclencher des alertes d’évacuation immédiates, réduisant ainsi le risque de pertes humaines.
Depuis leur mise en place, ils ont permis d’éviter à plusieurs reprises des scénarios semblables à celui de l’Ourika en 1995. Par exemple, lors de la dernière alerte survenue la première semaine d’août 2025, les autorités ont rapidement organisé une évacuation, évitant ainsi toute perte humaine. Cependant, les crues ont causé des dégâts matériels, notamment dans des cafés installés illégalement dans le lit d’un oued particulièrement dangereux, ce qui met en évidence la nécessité de mieux réguler l’occupation des sols à risque.
Les pluies diluviennes dans la région du sud-est marocain
De leur côté, les régions du sud-est marocain se distinguent du bassin de Tensift. En effet, alors que le caractère violent des intempéries y est souvent soudain, la topographie particulièrement accidentée, caractérisée par des vallées profondes et marquées, favorise le développement de crues capables de parcourir des distances considérables allant jusqu’à des milliers de kilomètres.
En effet, les intempéries survenant en août et en septembre dans ces régions sont particulièrement violentes. Grâce à sa configuration, elles permettent la naissance de crues soudaines et puissantes, capables de parcourir l’ensemble du bassin versant, malgré sa grande superficie, et d’atteindre l’aval en seulement quelques jours.
Les précipitations enregistrées durant la semaine du 8 septembre 2025 en sont un exemple concret. Leurs effets se sont fait sentir jusqu’à l’aval du bassin de Guelmim Oued Noun en fin de semaine, se matérialisant par une hausse notable et soudaine des principaux cours d’eau.
Les dernières intempéries, bien que significatives, n’ont pas engendré de débits aussi extrêmes que ceux enregistrés l’année précédente, où le débit avait dépassé le seuil critique de 2.000 m³/seconde.
Néanmoins, la région du Sud-Est connaît actuellement une activité orageuse intense, chargée de précipitations, qui reste susceptible de générer de nouvelles crues. Par conséquent, cette situation exige une vigilance et un suivi hydrologique permanent pour anticiper tout risque.
Que faut-il penser de la gestion des crues au Maroc ?
Les États-Unis sont une référence mondiale pour la diffusion d’alertes d’urgence, notamment les alertes météorologiques. Les averses torrentielles, plus fréquentes et violentes dans ce pays, justifient un système d’alerte robuste.
Le système d’alerte d’urgence (EAS) américain permet de diffuser ces messages via la radio, la télévision et les téléphones portables.
Avec la récurrence des risques naturels qui devraient s’intensifier, en particulier au Maroc, en raison du réchauffement climatique induisant des phénomènes extrêmes, le développement d’un système similaire est essentiel. La diffusion de messages d’alerte, surtout via les téléphones portables, s’avère indispensable pour la sécurité des populations.
Bien que les efforts de suivi et d’alerte soient vitaux pour sauver des vies, les habitations et les infrastructures se trouvent parfois dans des zones à risque d’inondation (par exemple Tata). De plus, une mauvaise conception des infrastructures d’évacuation des eaux peut aggraver les risques d’inondation.
Dans le cadre de l’adaptation à l’ensemble des risques naturels, plusieurs provinces marocaines se dotent progressivement de cartes d’aptitude à l’urbanisation. Ces cartes répertorient l’ensemble des risques, dont les inondations, pour permettre un développement urbain plus sûr et respectueux de l’environnement. C’est le cas aujourd’hui de plusieurs villes à haut risque, telles que Agadir, Chefchaouen, Taza et Smara…
De son côté, la recherche scientifique marocaine mène des études stratégiques sur l’ensemble des risques naturels, en particulier les inondations. Actuellement, plusieurs recherches explorent les dernières technologies, notamment l’apport de l’intelligence artificielle (IA) pour une prévision anticipée des alertes, la modélisation et la prédiction des impacts potentiels, la détection des zones de refuge sûres…