Une telle société, sous l’égide de la Fédération marocaine des bijoutiers, devrait résoudre un problème structurel du marché de l’or, à savoir la dépendance aux circuits informels dans l’approvisionnement.

Contacté par Médias24, Driss El Hazzaz, président de la Fédération marocaine des bijoutiers, estime que cette étape est indispensable pour formaliser le secteur.

« Le secteur de l’or attendait ce moment depuis des années. Le vrai frein restait le problème des avances imposées par l’Office des changes. Aujourd’hui, la situation est enfin favorable pour avancer vers la formalisation du secteur« , explique-t-il.

Un décalage qui fait prospérer l’informel

Le secteur de la bijouterie vit depuis des années un problème de pénurie de la matière première. La raison principale de cette pénurie réside dans un décalage entre les avances exigées par les fournisseurs et celles permises par les autorités au Maroc.

« Les fournisseurs d’or, à l’étranger, exigent des acomptes élevés avant toute expédition. C’est la norme du métier. Les marges de sécurité financières sont la règle. De l’autre côté, l’Office des changes encadre les avances de paiement pour des raisons de prudence », indique Driss El Hazzaz.

« Les fournisseurs étrangers demandent 80% à 90% d’acompte avant livraison, alors que le cadre marocain ne permet classiquement que 20% d’avance. Et c’est ainsi que l’informel s’impose« , poursuit-il.Le décalage des seuils coûte cher aux bijoutiers comme aux consommateurs

La majorité écrasante des bijoutiers se trouvent sans accès direct à la matière première et s’en remettent à des intermédiaires qui, eux, trouvent des voies informelles. Ces canaux imposent leur tarif, alimentent la rareté et générent un surcoût qui se répercute, toujours, sur le prix payé par le client.

« Quand le marché informel domine, le gramme se vend nettement plus cher qu’il ne devrait, jusqu’à 100 DH au-dessus de la référence internationale. C’est une taxe invisible qui retombe sur le consommateur. Elle rémunère le risque logistique, le risque juridique et la rente d’intermédiation. Tant que l’importation directe reste impraticable, cette prime ne disparaît pas », précise Driss El Hazzaz.

Une société d’importation pour sortir de l’informel

Plutôt que de laisser chacun négocier seul un impossible compromis, les bijoutiers ont choisi de se regrouper dans une société d’importation.

« Nous avons décidé de créer une société d’importation d’or. C’est le seul moyen de sortir de l’informel et d’assurer un approvisionnement régulier. Les statuts sont en cours de finalisation. Un expert-comptable accompagne la démarche, et un dialogue est ouvert avec les autorités », affirme notre interlocuteur.

Pour régler à l’avance l’intégralité ou la quasi-intégralité d’une facture dont les biens n’ont pas encore été reçus, une société doit disposer d’une attestation de référencement, délivrée seulement après deux ans d’activité. Cependant, la Fédération marocaine des bijoutiers a obtenu de la douane la promesse d’un assouplissement exceptionnel.

« Dans notre cas, et après des discussions avec les parties prenantes, nous avons obtenu la promesse de la douane de nous délivrer l’attestation de référencement avant cette échéance. Concrètement, nous sommes passés du principe de deux ans d’activité formelle à un an, puis, sur insistance, à six mois pour obtenir l’autorisation de régler intégralement à l’international ».

Ce que la nouvelle société d’importation va changer

Sur le plan économique, les effets attendus sont clairs. L’offre augmente, l’informalité diminue, et la formation des prix devient plus claire.

« Le secteur attendait ce moment depuis des années. Aujourd’hui, les conditions sont réunies pour avancer vers la formalisation. Les bijoutiers espèrent des effets rapides. D’abord sur l’offre, qui deviendra plus régulière, et sur les prix, qui devraient se rapprocher du marché international », explique le président de la Fédération marocaine des bijoutiers.

Il reste toutefois plusieurs points à trancher. La société sera-t-elle à but lucratif ? Prévoira-t-elle d’ajouter des marges, même minimes, sur les prix d’achat pour revendre ensuite aux demandeurs ?

« Il est évident qu’il y aura des frais de gestion. Lorsqu’un bijoutier importe, l’opération implique de nombreuses dépenses. Toutefois, contrairement au marché informel qui impose une hausse avoisinant les 10%, ces frais devraient rester contenus entre 2% et 3%. Concrètement, si un kilo d’or est valorisé à 1 MDH, les frais se situeraient entre 20.000 et 30.000 DH par kilo », précise-t-il.

« L’importation n’est pas ouverte à tous les bijoutiers. Elle est exclusivement réservée aux associés. Néanmoins, tout bijoutier souhaitant rejoindre cette société est le bienvenu », conclut Driss El Hazzaz.