Avant l’inauguration officielle de la 5ᵉ édition du Power-to-X Summit, Leila Benali, ministre de la Transition énergétique et du développement durable, a accordé une interview à l’émission podcast PTX Visionaries. Elle y a dressé un bilan chiffré des principaux acquis du Maroc en matière de transition énergétique.

« Lorsque ce gouvernement a démarré en 2021, nous avons mené un exercice très simple : déterminer les chiffres nécessaires pour investir dans les infrastructures énergétiques – réseaux, gaz, etc. – afin de maintenir une croissance business as usual, simplement pour garder les lumières allumées et le carburant dans les voitures », a déclaré Leila Benali.

Partant de ce diagnostic, la ministre a indiqué que le Maroc « avait triplé ses investissements annuels dans l’ensemble des chaînes de valeur : réseaux, stockage, infrastructures gazières… »

« Avant 2021, nous investissions environ 400 millions de dollars par an. Depuis 2021, ce rythme dépasse un milliard de dollars annuellement, aussi bien dans les grands projets que dans les projets de moindre envergure », a-t-elle précisé.

 

Énergies renouvelables : quel bilan ?

S’appuyant sur la stratégie énergétique royale lancée en 2009, la ministre a résumé les progrès autour d’un « triangle très simple » :

  • 42 % de la capacité électrique basée sur les énergies renouvelables ;
  • 20 % d’objectifs d’efficacité énergétique ;
  • L’intégration régionale.

« Je crois en un concept économique très simple : les économies d’échelle. Si nous réalisons un choc d’investissement dans notre système, nous pourrons garantir des projets d’infrastructures et d’énergies renouvelables à grande échelle qui réduiront les coûts », a-t-elle expliqué.

« Aujourd’hui, le coût de l’électricité au Maroc avoisine 100 dollars le mégawatt-heure. Celui des renouvelables, en particulier dans le sud du pays, est très compétitif. Lors des derniers appels d’offres, nous avons observé des prix nettement inférieurs à 40 dollars par MWh », a ajouté Leila Benali.

« Lorsque nous aurons atteint 52 % de capacité issue des renouvelables – et nous y parviendrons avant 2030 –, il faudra gérer l’intermittence. Cela ne pourra pas se faire avec du charbon ou d’autres combustibles fossiles », a-t-elle souligné.

Gaz naturel : précisions sur l’AMI et le GNL

La ministre a insisté sur le rôle stratégique du gaz pour l’économie nationale : « Toutes les pièces du puzzle se mettent en place pour que le gaz joue son rôle, non pas comme une simple énergie de transition, mais pour qu’il joue son rôle dans notre tissu économique et social. »

Concernant l’infrastructure d’importation de gaz naturel liquéfié (GNL), une décision a été prise : « Le port de Nador West Med sera le premier point d’entrée du GNL au Maroc. J’espère pouvoir partager de bonnes nouvelles le 1ᵉʳ octobre au Power-to-X, au sujet des derniers appels d’offres et de la loi sur le gaz. »

En avril 2025, le ministère de la Transition énergétique a lancé un appel à manifestation d’intérêt (AMI) pour le développement de l’infrastructure gazière nationale. La prochaine étape sera le lancement d’une demande de cotation durant le troisième trimestre de 2025 et qui sera suivie par l’appel d’offres prévu pour le premier trimestre de 2026.

Abordant le gazoduc Atlantique Afrique (GAA), la ministre a confirmé l’avancement accéléré du projet : « La plupart des études techniques et environnementales sont achevées. Concernant les ‘quicks wins‘ avec nos premiers partenaires, le Sénégal et la Mauritanie, les discussions sont également très positives. Ils réfléchissent à la meilleure façon de monétiser leurs ressources et il est plus économique d’exporter son gaz par pipeline que d’avoir recours à des unités flottantes de GNL, très coûteuses »

Leila Benali a également souligné l’ambition du Maroc de faire de Dakhla un hub énergétique régional : « Nous voulons que la région devienne un centre majeur, non seulement pour l’énergie, mais aussi pour l’acier vert. Nous avons aussi lancé la stratégie du corridor OTC dans le secteur minier, afin de positionner le Maroc comme corridor de premier plan pour l’origine, le transit et la certification des minéraux stratégiques et critiques ».

La course à l’hydrogène vert : naviguer entre rupture technologique et complexité du marché

La ministre a ensuite évoqué l’hydrogène vert : « L’autre choc d’investissement dont nous avons besoin est celui que nous procure l’offre hydrogène vert, fournie ou d’autres grands projets d’infrastructure comme la Coupe du monde de football… »

Elle a détaillé l’approche marocaine, insistant sur la prudence et le partenariat public-privé : « La manière dont l’offre marocaine en hydrogène vert est structurée vise à ce que l’État prenne des risques éclairés, de concert avec le secteur privé, et que nous avancions main dans la main, de manière graduelle. Il faut rester prudent face aux évolutions technologiques, car dans la plupart des chaînes de valeur des cleantech, la Chine détient déjà 70 à 80% des parts de marché« .

La diversification des risques est au cœur de la stratégie, ainsi que l’importance des négociations internationales : « C’est pourquoi, pour l’hydrogène vert, nous avons présenté une gouvernance spécifique l’année dernière. Les discussions avancent très bien avec les entreprises sélectionnées, et d’autres viendront. L’objectif est de diversifier les risques : géographiques, technologiques et commerciaux. »

En conclusion, Leila Benali a fixé un objectif clair en matière d’échelle : « L’essentiel est de créer un écosystème et des économies d’échelle. Si nous parvenons à construire ne serait-ce qu’une fraction des 20 GW de capacité d’électrolyse prévus, en mutualisant les risques de ces projets, ce sera un succès majeur. »