Les exportations textiles à fin août 2025 sont dans le rouge. Interrogée par Médias24, l’Amith estime que la tendance pourrait être renversée d’ici la fin de l’année au regard des carnets de commandes, et avance des prévisions de hausse de 8% à 10% d’ici fin 2025.
D’autres, en revanche, jugent un tel scénario peu probable, en raison de la conjonction de plusieurs facteurs défavorables, tant géopolitiques qu’économiques.
Contacté par Médias24, Abderrahmane Atfi, industriel et ex-président régional de l’Association marocaine des industries du textile (AMITH) pour Casablanca, va dans le même sens. « Penser qu’on puisse inverser la tendance baissière des exportations d’ici la fin de l’année pour atteindre 8% à 10% de croissance me paraît très difficile, compte tenu de la conjoncture actuelle ».Au mieux, les exportations devraient se maintenir au niveau de l’an dernier, sans véritable progressionSelon lui, dans le contexte actuel, « le scénario le plus réaliste, au vu de la dynamique du secteur et des conditions sur le marché européen, serait de terminer l’année au même niveau qu’en 2024 », où les exportations du secteur avaient totalisé 45,9 MMDH.
Un environnement défavorable pour le textile marocain
Pour Abderrahmane Atfi, certains signaux géopolitiques récents pourraient offrir un léger répit au commerce mondial, mais ils ne suffisent pas à inverser une conjoncture profondément perturbée.
« Certes, le cessez-le-feu à Gaza peut contribuer à apaiser les tensions autour de Bab el-Mendeb et redonner un peu d’air au commerce international. Mais les obstacles structurels demeurent, notamment la guerre en Ukraine, la fragilité économique de l’Europe et les droits de douane imposés par les États-Unis aux grands pays asiatiques exportateurs de textile ».
Il souligne également que la baisse des exportations marocaines ne relève pas d’un problème de compétitivité interne, mais d’un contexte mondial défavorable où les grands équilibres du commerce textile se sont déplacés.
« Les grands producteurs asiatiques, notamment l’Inde, la Chine et le Bangladesh, subissent de lourds droits de douane de la part des États-Unis, ce qui pousse leur offre vers l’Europe. Aujourd’hui, près de 80% des importations textiles européennes proviennent de ces trois pays. Or, l’Europe demeure le débouché de plus de 90% de nos exportations. Le Maroc se retrouve donc mécaniquement affecté, non pas en raison d’un déficit de compétitivité industrielle, mais à cause de facteurs exogènes sur lesquels nous n’avons aucun levier ».
Malgré ce contexte difficile, Abderrahmane Atfi évoque une marge de manœuvre sur le marché continental. « L’avenir, à court terme, se joue probablement du côté des marchés africains. Ce sont des relais de croissance potentiels, mais encore limités en valeur », conclut-il.