Quel intérêt pour l’organisation de la Coupe du Monde et de la CAN ? Pourquoi alloue-t-on autant de moyens pour ces compétitions alors que ces moyens peuvent être déployés ailleurs ? Etc.
Ces questions sont la trame de fond d’un débat qui a animé l’opinion publique ces dernières semaines. Et Fouzi Lekjaa a eu l’occasion d’y répondre lors de la réunion de la Commission des finances et du développement économique, consacrée à la discussion générale du projet de loi de finances pour 2026.
Voici l’important à retenir.
Coupe du monde 2030 : une vision de développement au-delà du football
Lekjaa insiste sur la dimension stratégique de l’accueil du Mondial pour le Maroc et refuse toute lecture réduite au seul prisme du football.
« Réduire la Coupe du monde à des stades et à des matchs de 90 minutes est réducteur. Le Maroc cherche à l’organiser depuis 30 ans. Nous avons tenté notre chance six fois et cette quête pour organiser la Coupe du monde reflète une stratégie d’ouverture de notre Royaume sur le monde », explique-t-il.
Selon Lekjaa, le BID reflète une feuille de route de développement où les politiques publiques s’articulent. Il en souligne un prérequis non négociable, à savoir la conformité du système de santé aux hauts standards internationaux.
« L’organisation du Mondial est une feuille de route où interagissent toutes les composantes du développement économique. Tout cela figure dans le BID présenté avec l’Espagne et le Portugal et ratifié par la FIFA. Ce BID comporte des engagements, dont le premier concerne la santé. Si notre système de santé ne répond pas aux exigences, nous ne pouvons pas organiser la Coupe du monde », poursuit-il.
Lekjaa valorise la maîtrise d’ouvrage nationale et l’écosystème d’entreprises mobilisées sur le stade Moulay-Abdellah, illustrant une montée en compétences locale. « Le stade Moulay-Abdellah a été conçu et réalisé par des cadres marocains et par plus de 100 entreprises, toutes marocaines« .
Par ailleurs, Lekjaa clarifie le traitement budgétaire des dépenses liées au Mondial. Selon lui, la construction des stades n’entre pas dans le budget général, tandis que le projet inscrit environ 3 MMDH pour 2026, principalement pour l’ONCF et des remboursements aux institutions ayant investi.
« Le coût des stades ne relève pas du budget général. En lisant le budget détaillé, on trouve un coût d’environ 3 MMDH lié à la Coupe du monde, dont 1,6 MMDH pour l’ONCF et près de 1 MMDH de remboursements aux institutions ayant investi dans la construction des stades. Nous honorerons des remboursements totalisant 23 MMDH sur une période de 20 ans », souligne-t-il.
Lekjaa défend la soutenabilité financière des stades, anticipant des recettes supérieures aux loyers annuels. « S’agissant des recettes attendues des stades, je suis sûr qu’elles dépasseront la charge de loyer annuelle », ajoute-t-il.
Il replace par la suite les investissements indirects (transport, aménagements, services, etc.) dans une logique d’intérêt général.
« L’infrastructure indirectement liée à la Coupe du monde doit être réalisée avec ou sans Mondial. Plusieurs projets nécessaires n’auraient pas été engagés maintenant. L’organisation du Mondial agit comme un catalyseur pour les réaliser plus vite. Ces projets généreront de la richesse, de la valeur ajoutée, de la croissance et de l’emploi », précise le ministre.
CAN 2025 : l’opportunité d’une double saison touristique
Lekjaa voit dans la CAN un levier conjoncturel pour lisser et amplifier la saisonnalité touristique, avec des retombées en chaîne.
« Nous devons tirer pleinement parti de la CAN pour créer deux saisons touristiques. La première, en décembre et janvier, attirera des centaines de milliers de visiteurs et profitera à l’ensemble de l’écosystème, du tourisme à l’artisanat. La seconde correspondra à la saison estivale habituelle. C’est ainsi que cette compétition peut devenir une véritable opportunité pour le pays », indique-t-il.
Il revient par ailleurs sur la campagne médiatique qui a suivi l’attribution de la CAN et qui se poursuit encore aujourd’hui.
« Après la décision d’octroyer au Maroc l’organisation de la Coupe d’Afrique, notre pays a été la cible d’une campagne médiatique. Certains sont allés jusqu’à appeler au boycott des matchs et des joueurs. Or ces joueurs sont nos enfants, l’un vient d’Aït Bouguemez, un autre de Khémisset. Pourquoi les boycotter ? », s’interroge-t-il.
Lekjaa oppose aux critiques des indicateurs concrets de demande, citant la Fan ID et la vitesse d’écoulement des billets, en particulier pour la sélection nationale.
« Quand la critique n’est ni objective ni étayée, elle ne tient pas. Pour la CAN, 500.000 Fan ID ont été émises, dont un tiers à des étrangers. La réalité diffère de ce qui se dit. Les billets des matchs de la sélection nationale ont été vendus une heure après l’ouverture des ventes », conclut-il.