L’Association marocaine de sciences économiques (AMSE) a réuni, le jeudi 27 novembre, chercheurs et praticiens à la faculté de Souissi autour d’un thème qui ne cesse de revenir dans les débats, à savoir l’emploi et le chômage au Maroc. Il s’agit du 18e congrès de l’association.
Les travaux et les discussions ont porté sur plusieurs facettes de l’emploi, notamment les relations entre politique monétaire, emploi et chômage, ainsi que sur les déterminants du chômage, en particulier celui des diplômés.
La portée limitée du levier monétaire sur l’emploi
La conduite de la politique monétaire marocaine pendant l’épisode d’inflation post-Covid donne plusieurs enseignements. Le diagnostic posé par le professeur Ayoub Rabhi, de l’Université internationale de Rabat (UIR), dégage un constat intéressant. Dans un contexte où une grande partie de l’inflation provenait de chocs externes, de la hausse des prix de l’énergie, des perturbations des chaînes d’approvisionnement et de la révision des marges, le resserrement monétaire n’a pas exercé les mêmes effets sur l’ensemble de l’économie.
Selon lui, le marché du travail est resté fragile, avec un chômage persistant et une création d’emplois insuffisante, alors que les profits des banques ont fortement progressé et que la charge d’intérêts de l’État s’est alourdie.
Les établissements financiers, principaux détenteurs de la dette publique (bons et obligations), ont bénéficié de rendements plus élevés sans augmentation notable du risque. Cette configuration relance une question sensible : jusqu’où peut-on s’en remettre à la hausse des taux pour traiter une inflation importée, au prix d’un coût potentiel pour l’emploi et les finances publiques ?
Une autre présentation a cherché à mesurer, de façon concrète, le canal qui relie les décisions de la Banque centrale aux emplois dans le secteur privé formel. En exploitant plus de vingt ans de données macroéconomiques marocaines, le travail montre qu’une hausse du taux directeur finit par freiner l’activité, resserrer progressivement le crédit aux entreprises privées et, avec un certain délai, peser sur l’emploi salarié déclaré.
L’effet n’est pas significatif, mais il est bien là. Concrètement, une hausse d’un point de pourcentage du taux directeur se traduit, à court terme, par un recul de l’emploi salarié privé d’environ 0,1 à 0,2 point de pourcentage et par une baisse du crédit aux entreprises de l’ordre de 0,3 point, avant que les variables ne se stabilisent sur le moyen terme.
L’impact reste donc faible en apparence, mais suffisant pour confirmer que la politique monétaire passe principalement par le système bancaire et touche en priorité le noyau formel de l’économie, là où l’accès au crédit est structuré et où les emplois sont déclarés. Un large pan du marché du travail, marqué par l’informalité, échappe en grande partie à ce canal.
Croissance et emploi durable : les limites du modèle marocain
La relation croissance-emploi au Maroc a aussi été réexaminée sur une longue période. Les résultats indiquent que la croissance crée des emplois, mais beaucoup moins qu’on ne le suppose dans le débat public, en particulier lorsque l’activité est tirée par des secteurs peu intensifs en main-d’œuvre.
L’auteur souligne que stimuler la demande, comme cela se fait classiquement au Maroc via des relances budgétaires ou des politiques monétaires expansionnistes, ne permet pas de créer ou de maintenir durablement l’emploi. Selon lui, seule une action ciblée sur l’offre peut générer un emploi durable. En d’autres termes, les politiques de l’offre constituent la voie la plus efficace pour renforcer la création d’emplois dans la durée.
Par ailleurs, concernant la question du salaire minimum et son impact sur le chômage, les résultats présentés sont plus nuancés que le discours habituel.
L’impact sur l’emploi dépend du secteur, de la productivité, des marges des entreprises et de l’existence ou non de mécanismes d’accompagnement. Autrement dit, la discussion sur le salaire minimum ne peut pas être isolée d’une réflexion plus large sur la structure productive et le partage de la valeur ajoutée.