Le drame survenu à Safi, bien qu’il soit d’origine naturelle, interpelle la responsabilité de chaque partie, surtout au vu du lourd bilan humain enregistré.

Dans une analyse antérieure, nous avions exposé les facteurs aggravants, qui se sont ajoutés à l’événement météorologique exceptionnel qui a touché spécifiquement la ville de Safi. L’ancienne médina, zone la plus impactée par cette inondation, est édifiée sur la partie aval de l’oued Chaâba, un cours d’eau resté asséché pendant des années et qui s’est brutalement remis en crue après cet épisode pluviométrique.

La survenue de tels événements est la preuve que le réchauffement climatique n’est plus à prouver. La situation du Maroc impose que le pays soit de plus en plus préparé et résilient face à la manifestation soudaine et violente de ces catastrophes.

C’est dans ce cadre que le Maroc a initié la mise en œuvre de la Stratégie nationale de gestion des risques de catastrophes naturelles (2021-2030). Cette stratégie vise non seulement à identifier les sites les plus vulnérables, mais aussi à élaborer une nouvelle génération de documents, notamment les cartes d’aptitude à l’urbanisation (CAU), dont la couverture nationale est en cours de progression et dépasse un taux de couverture nationale de 60%.

La ville de Safi est déjà dotée de ce document d’aptitude à l’urbanisation depuis plusieurs années, qui recense et quantifie l’ensemble des aléas selon leur niveau de risque.

Inondations de Safi : voici ce que révèle la carte d’aptitude à l’urbanisation
Carte d’aptitude d’urbanisation de Safi.

Consultée par nos soins, la lecture de la carte d’aptitude à l’urbanisation montre clairement que les zones à haut risque d’aléas sont situées sur les bordures de l’oued Chaâba et de l’oued El Bacha au nord.

À cela s’ajoute un risque d’origine marine au niveau de la côte, impliquant des menaces d’invasion marine qui pourraient éroder les falaises de Safi, dont la nature karstique les rend particulièrement vulnérables à l’action des vagues.

Aux alentours de Bab Chaâba, l’aléa hydrologique, bien que considéré comme faible, est existant et doit être pris en considération sérieusement. La solution la plus urgente semble être l’installation d’un système d’alerte de crue, à l’image d’Ourika ou Tata. Cette mesure est essentielle étant donné que la médina, avec toute son importance historique, se trouve dans cette zone à risque.

Malgré la sécheresse qui prend de plus en plus d’ampleur, le risque d’inondation ne doit pas être ignoré au Maroc. Les phénomènes climatiques extrêmes (tels que les canicules, les inondations et les glissements de terrain) induits par le réchauffement climatique se caractérisent désormais par leur caractère violent, périodique et soudain, comme c’était le cas de Tata en 2024.

Si l’on reproche souvent aux autorités leur inaction, la responsabilité des citoyens est également engagée. Les citoyens y contribuent aussi lorsqu’ils occupent illégalement des zones à risque, comme le domaine public maritime, pourtant interdites à toute construction pour des motifs de sécurité plutôt que juridiques.

À la suite des intempéries récentes, la mer a totalement envahi des maisons dans le village de Stehat, situé dans la province de Tétouan.

Vidéo montrant l’invasion marine à Stehat (source : réseaux sociaux).

Que ce soit à Safi ou ailleurs, le risque naturel doit être pris au sérieux par les pouvoirs publics, qui doivent améliorer leurs dispositifs de suivi, d’alerte et de prévision, et faire preuve de fermeté. Le citoyen doit également y veiller, en pensant à sa propre sécurité en s’éloignant de tout risque potentiel (glissement de terrain, lit d’oued, domaine maritime…).

Pour une gouvernance adaptée des risques, tous les acteurs doivent aujourd’hui revoir leurs méthodes. Cela implique d’intégrer la communauté scientifique, source de solutions adaptées, et la société civile, dont le rôle doit dépasser la simple sensibilisation pour inclure un accompagnement concret des collectivités territoriales dans l’élaboration de leurs plans d’adaptation.