L’or et l’argent ont inscrit de nouveaux records, portés par un cocktail rare de stress politique à Washington, de tensions géopolitiques autour de l’Iran et de signaux de marché qui relancent le scénario d’un assouplissement monétaire.

Le mouvement se lit d’abord dans les prix. L’or a dépassé 4.600 dollars l’once et a frôlé, le mardi 13 janvier, un pic proche de 4.630 dollars, un niveau inédit, tandis que l’argent s’est hissé à plus de 87 dollars l’once lors de la même séance, signant lui aussi un sommet historique.

Indépendance de la Fed, inflation et géopolitique

Le premier moteur est institutionnel et, pour les marchés, il est majeur. L’idée que l’indépendance de la Fed puisse être fragilisée agit comme un choc de crédibilité.

Jerome Powell affirme, dans une déclaration vidéo inhabituelle, être visé par une enquête pénale du ministère de la Justice, qu’il juge instrumentalisée pour peser sur la politique monétaire.

Les anciens présidents de la Fed, rejoints par d’autres figures économiques, ont dénoncé l’attaque contre l’institution et alerté sur le risque inflationniste d’une banque centrale soumise au pouvoir politique.

Le deuxième moteur est géopolitique. Les rumeurs d’une possible frappe américaine contre l’Iran se sont accompagnées d’une hausse du « Pentagon Pizza Index« . Cette théorie informelle observe les pics de commandes de restauration autour de sites sensibles à Washington et les considère comme un signal de mise en alerte des équipes et d’intensification de l’activité décisionnelle.

Le Pizza Index avait déjà été jugé pertinent lors de précédents épisodes de tensions avec l’Iran, ayant notamment servi de signal avant la frappe visant le site nucléaire de Fordo.

Dans ce climat déjà tendu, Donald Trump a ajouté à l’incertitude en publiant un message sur son compte Truth Social, appelant les « patriotes iraniens » à poursuivre les manifestations contre le régime et affirmant que « l’aide est en route« .

Le troisième moteur est macrofinancier. Les chiffres de l’inflation publiés aux États-Unis montrent une hausse des prix de 2,7% en glissement annuel, conforme aux attentes du marché.

Dans ce contexte, les marchés estiment que la Fed a tort de durcir davantage sa politique monétaire et pourrait, à terme, ajuster ses taux à la baisse si l’activité ralentit.

Cette anticipation est déterminante pour l’or, dont l’attractivité augmente lorsque les taux réels cessent de progresser et que le dollar perd en vigueur. Des rendements obligataires moins attractifs réduisent le coût d’opportunité de la détention d’or et favorisent un basculement des portefeuilles vers les métaux précieux.

L’argent, de son côté, amplifie le mouvement. Plus volatil et moins profond que l’or, il surperforme souvent dans les phases où la demande refuge se combine à un effet de rareté et à une dynamique spéculative.