Dessalement : comment des opérateurs marocains œuvrent à la souveraineté industrielle

À l’horizon 2030, le Maroc s’est fixé l’objectif stratégique de couvrir 60% de ses besoins en eau par le dessalement, afin de parer les effets d’une sécheresse qui sévit dans le pays depuis sept années consécutives.

Cette transformation stratégique se déploie rapidement sur l’ensemble du territoire, avec un jalon décisif prévu pour 2027. À cette date, la capacité de production devra atteindre 1,2 milliard de mètres cubes, soit un bond significatif par rapport aux 350,3 millions de mètres cubes actuels.

Toutefois, les projets de dessalement se heurtent à des défis structurels majeurs, notamment celui des coûts. Cet enjeu financier ne concerne pas seulement la construction, mais aussi la maintenance des stations et, surtout, la consommation énergétique.

Cela impose la nécessité de développer un savoir-faire marocain qui peut pleinement comprendre les enjeux spécifiques de l’exploitation au Maroc, de proposer des solutions efficientes adaptées au contexte et de garantir des projets moins énergivores et plus durables.

Si aujourd’hui les technologies de dessalement sont entre les mains de quelques pays comme les États-Unis, le Japon et la Corée du Sud, les opérateurs marocains se sont engagés dès le début dans le montage, qui a progressivement évolué ces dernières années pour augmenter le taux d’intégration locale.

En marge de la 19ᵉ édition du Congrès de l’eau, Médias24 a rencontré des opérateurs marocains pour discuter de l’avancement de l’intégration locale de leurs produits, avec une offre qui ne se limite plus à la seule demande en eau potable ou d’irrigation, mais qui s’adresse également aux industriels cherchant à réduire leur empreinte.

Morocco Agribusiness Water Coalition : première coalition du secteur industriel privé pour la mobilisation collective d’innovation hydrique

Bien que le secteur industriel ne représente que 20% de la demande en eau, certaines de ses activités y sont plus dépendantes que d’autres, notamment le secteur agroalimentaire. Récemment, plusieurs acteurs ont compris qu’il existait une opportunité de produire durablement grâce à des investissements dont le retour est de plus en plus compétitif.

C’est dans cet esprit que trois grands acteurs du secteur, Coca-Cola, Driscoll’s et Centrale Danone, ont fondé la Morocco Agribusiness Water Coalition qui vise à créer une dynamique collaborative pour relever les défis hydriques du Maroc, où la pratique a démontré que la sécurité de l’eau et la résilience économique sont indissociables.

À partir de 2026, la coalition déploiera son plan en deux phases. La première posera les fondations avec la mise en place d’un comité stratégique et d’un comité opérationnel, l’identification de bassins versants pilotes et la sécurisation des financements.

Une fois le socle établi, la seconde phase, à partir du deuxième trimestre de 2026, reposera sur la concrétisation des initiatives prioritaires d’optimisation et d’innovation hydrique, le développement des projets pilotes sur les bassins versants sélectionnés et le déploiement des outils de suivi en temps réel et des indicateurs de performance pour mesurer l’impact collectif.

À moyen terme, les efforts de la coalition se concentreront sur l’optimisation des pratiques industrielles et agricoles pour réduire l’empreinte hydrique, ainsi que sur le déploiement d’innovations technologiques et de solutions digitales visant à améliorer la précision et l’efficience opérationnelle.

À long terme, la coalition ambitionne d’inclure d’autres acteurs industriels et de s’intégrer pleinement aux stratégies sectorielles et territoriales, contribuant ainsi à sécuriser les activités économiques et à renforcer l’équilibre hydrique du pays.

Le développement d’indicateurs partagés constitue un autre pilier central de cette coalition, où l’adoption de métriques standardisées permettra de quantifier de manière harmonisée les volumes d’eau économisés, réutilisés ou réapprovisionnés, tout en assurant un suivi transparent de l’impact environnemental et économique.

Actuellement, les trois membres de la coalition mettent en œuvre, à titre individuel, des actions distinctes visant à réduire leur consommation d’eau. On y trouve :

OCP Green Water vise une intégration locale de 80% dans ses projets de dessalement

En tant que premier acteur minier national, le groupe OCP est pleinement conscient des enjeux liés au stress hydrique et poursuit sa transition progressive vers l’utilisation de 100% d’eau non conventionnelle site par site, un objectif déjà atteint avec deux ans d’avance sur l’échéance initiale de 2027.

À travers sa filiale OCP Green Water, le groupe ne se contente pas de sécuriser son approvisionnement en eau pour ses propres opérations. Il entend également accompagner la mobilisation croissante des eaux non conventionnelles en développant des technologies plus adaptées. Cette démarche s’appuie sur la R&D menée avec InnovX, l’Université Mohammed VI polytechnique (UM6P) et d’autres partenaires externes, visant à permettre une fabrication locale de certains équipements clés.

S’agissant des projets de dessalement portés par OCP Green Water, le taux d’intégration locale atteint actuellement 60% à 70%, couvrant l’ensemble des phases du design à la construction. Les 30% restants correspondent à des équipements spécifiques qui ne peuvent encore être produits localement et se limitent pour le moment à deux ou trois références précises.

OCP estime néanmoins qu’il sera possible d’atteindre un taux d’intégration de 80% dans ses projets de dessalement dans un avenir proche.

Watec plaide pour un écosystème industriel axé sur le dessalement

Au Maroc, les sociétés marocaines spécialisées dans le dessalement se comptent sur les doigts d’une main, en raison de l’intérêt récent pour cette solution qui représentait auparavant un coût énergétique prohibitif.

Watec se distingue comme un acteur 100% marocain maîtrisant l‘intégralité du cycle du dessalement. Son modèle verticalisé intègre la fabrication, la gestion de projets clés en main, l’exploitation et la maintenance, offrant des solutions complètes pour la sécurisation hydrique.

Au cours des trois dernières années, l’entreprise a produit plus de 100 stations, déployées dans les douze régions du Royaume. Ce parc, composé de petites, moyennes et grandes unités, représente une capacité de production totale dépassant 40 millions de mètres cubes d’eau par an.

Pour répondre à l’urgence du stress hydrique, Watec mise sur une fabrication rapide et des innovations portant sur l’efficacité énergétique, le design et la durabilité. Cette approche permet de réduire drastiquement le délai entre la production et la mise en service des installations.

Pour les grandes stations, Watec privilégie une conception modulaire où la station est divisée en modules préfabriqués, ce qui facilite le transport, garantit un contrôle qualité rigoureux en atelier, réduit les délais de construction sur site et optimise les coûts globaux du projet.

Actuellement, le taux d’intégration locale de ses projets varie entre 40 % et 60 %; la part restante correspondant à des équipements de haute technologie non encore disponibles au Maroc.

Les dirigeants de Watec soulignent l’importance stratégique de bâtir un écosystème industriel structuré autour de la chaîne de valeur du dessalement, afin de stimuler l’innovation, l’excellence locale et, pourquoi pas, de réaliser à terme des stations de dessalement 100% made in Morocco.

Dessalement : en 2026, achèvement de la station de Dakhla et lancement de l’extension de celle de Chtouka

Lors de la présentation du projet de budget de son ministère au Parlement, Ahmed El Bouari, ministre de l’Agriculture, a fait le point sur les projets de stations de dessalement, dont une partie de l’eau produite servira à l’irrigation.

Selon lui, deux stations de dessalement sont en cours de réalisation. Il s’agit de celles de Casablanca et de Dakhla. Cette dernière est, quant à elle, prévue d’être achevée en 2026. Sur une production totale prévue de 37 millions de m3 par an (Mm3/an) au niveau de cette station, 30 Mm3/an seront dédiés à l’irrigation.

Selon le ministre de l’Agriculture, le démarrage des travaux d’élargissement de la station de Chtouka est également prévu au cours de l’année 2026. Rappelons que sur une production totale de 100 Mm3 par an au niveau de la station actuelle, 45 Mm3/ an sont déjà dédiés à l’irrigation. Cette extension permettra donc d’allouer une capacité d’eau supplémentaire à l’irrigation dans la région.

L’autre projet, prévu d’être lancé au cours de la même année, est celui de la mise en place des réseaux d’irrigation liés aux stations de dessalement de l’Oriental, Casablanca, Souss-Massa et Tan-Tan, préparant leur exploitation une fois qu’elles seront achevées.

Huit autres projets de stations de dessalement sont par ailleurs programmés pour les années à venir, à savoir celles de l’Oriental (160 Mm3/ an pour l’irrigation), Tanger, Rabat, Oum Er-Rbia-Tensift (300 Mm3/ an), Souss-Massa (250 Mm3/ an), Tan-Tan (40 Mm3/ an), Boujdour (70 Mm3/ an) et Guelmim (35 Mm3/ an).

Ces projets visent à renforcer l’offre en eau à travers le dessalement de plus de 1,7 milliard de m3 par an, à terme, à alimenter les villes côtières en eau potable grâce aux stations de dessalement, à mettre à disposition un volume d’eau supplémentaire dédié à l’irrigation dans les zones les plus touchées par le stress hydrique et à généraliser l’utilisation des énergies renouvelables.

Souss-Massa. Le démarrage de la deuxième station de dessalement espéré d’ici la fin d’année (Noureddine Kessa)

“La région Souss-Massa présente un modèle de résilience par rapport au changement climatique”, annonce d’emblée Noureddine Kessa, directeur régional de l’Agriculture (DRA) de Souss Massa.

La région a connu 7 ans consécutifs de stress hydrique soutenu. “Nous sommes à 40% de pluviométrie par rapport à la moyenne de la région qui est de 250 millimètres”, précise notre interlocuteur.

Deuxième station de dessalement

La première station de dessalement a pu résoudre le problème pour le maraîchage. Le DRA Souss-Massa affirme qu’une deuxième station verra le jour. Il explique : « Cette station sera la plus grande au niveau national et de l’Afrique. Elle pourra produire plus de 350 millions de m³ de production d’eau dessalée et 250 millions pour l’irrigation ».

« Nous espérons le démarrage de la station en fin d’année, ce qui donnera beaucoup d’espoir aux gens », nous déclare-t-il.

Dessalement

Le grand projet de dessalement de Souss-Massa a pu « soulager l’irrigation et préserver l’activité agricole ». Cela a permis de donner un nouvel élan à l’agriculture dans la région.

« Aujourd’hui, la région Souss-Massa est pratiquement à 90% reconvertie en goutte à goutte, ce qui résulte en une économie d’eau par hectare qui dépasse les 2000 mètres cube », abonde le DRA de la région.

Mais est-ce que ce projet de dessalement suffit à satisfaire les besoins en eau agricole ? Nourredine Kessa affirme qu’il existe une forte demande sur l’eau dessalée, même si elle coûte 5 dirhams.

Première région à bénéficier de dessalement pour l’irrigation et l’eau potable

La station de dessalement produit « 275 000 mètres cubes, 150 000 pour l’eau potable et 125 000 pour l’irrigation ». La région de Souss Massa a été la première à bénéficier de dessalement pour l’irrigation et l’eau potable.

« Dans quelques semaines, une extension va voir le jour pour durer 18 mois afin d’atteindre 400.000 mètres cubes en production, la moitié pour l’irrigation et l’autre moitié pour l’eau potable », précise notre interlocuteur.

Afin de réussir dans les projets de dessalement, il faut préserver la nappe. Le programme national d’économie d’eau a des projets au niveau de la plaine. La région Souss-Massa a pu bénéficier de 50.000 ha reconvertis, 138.000 ha ont été équipés en goutte-à-goutte.

Premières injections d’électricité par le parc éolien de Dakhla

Le parc éolien de 60 MW, qui alimentera directement la future station de dessalement de Dakhla, a été achevé. « Il y a quelques jours, nous avons officiellement injecté nos premiers gigawattheures dans le réseau », a annoncé Loic Jaegert Huber, directeur régional d’Engie pour l’Afrique du Nord d’Engie.

À terme, il s’agit de :

– 112.000 m³ d’eau douce/jour produits par dessalement, soit 37 millions de m³/an ;

– 5.200 hectares de terres agricoles irriguées ;

– 7 millions de m³/an dédiés à l’eau potable de Dakhla et sa région ;

– Des clients industriels alimentés en énergie renouvelable, via l’excédent d’électricité.

OCP Green Water assure 60 millions de m³ d’eau dessalée par an pour Casablanca Sud

Ce projet a été réalisé en un temps record en collaboration avec OCP Manufacturing, JESA, des industriels de l’écosystème national et international ainsi que les autorités concernées, indique un communiqué d’OCP Green Water.

Cette étape est le résultat d’une nouvelle unité de dessalement dédiée à Casablanca, réalisée sur le site OCP de Jorf Lasfar, avec une capacité initiale de 20 Mm³/an en octobre 2024.

Grâce à une gestion de projet agile et intégrée et à une mise en œuvre accélérée en mode « fast track », cette capacité a été progressivement portée à 60 Mm³/an dès la fin décembre 2024, souligne la même source. Cette montée en puissance permet aujourd’hui de couvrir plus d’un quart des besoins en eau potable de la ville.

Le projet repose sur des technologies de pointe comprenant une station de dessalement d’OCP Green Water, située sur le site d’OCP de Jorf Lasfar, une station de pompage et une conduite de 54,5 km, réalisées par les autorités publiques, qui relie l’installation à la station du barrage de Daourate. Cette dernière joue un rôle clé en assurant notamment l’alimentation en eau potable de Casablanca Sud.

Dans une démarche d’optimisation des ressources et de réduction de l’empreinte environnementale, le projet intègre un système innovant de recyclage de l’eau de mer utilisée pour le dessalement. Ce procédé repose sur une synergie industrielle avec l’unité de production du site OCP de Jorf Lasfar, permettant de réutiliser ces eaux et d’optimiser ainsi l’usage des ressources hydriques.

Cette initiative d’approvisionnement de 60 Mm³/an d’eau dessalée pour alimenter Casablanca Sud en eau potable ne se limite pas à une simple réalisation technique. Selon OCP, elle incarne une approche intégrée avec les principaux impacts suivants :

• Renforcement de l’approvisionnement en eau potable : l’infrastructure mise en place permet de répondre aux besoins croissants des communautés locales, assurant ainsi un accès fiable et pérenne à une ressource essentielle.

• Réduction de la pression sur les ressources naturelles : en intégrant des technologies avancées de dessalement, ce projet contribue à préserver les sources d’eau douce déjà sous pression, tout en valorisant des solutions non conventionnelles.

• Résilience renforcée face au changement climatique : ce programme offre une réponse durable et proactive face à la raréfaction des ressources en eau dans un contexte marqué par des phénomènes climatiques extrêmes de plus en plus fréquents.

La station de dessalement de Tanger annoncée pour fin 2028 à début 2029

Dans une déclaration à la suite de la réunion du conseil d’administration de l’Agence du bassin hydraulique du Loukkos (ABHL), tenue le lundi 24 février à Al Hoceïma, le ministre de l’Équipement et de l’eau, Nizar Baraka, a mis en avant l’accélération des travaux de construction des barrages et la programmation de nouvelles infrastructures dans le contexte du projet royal de liaison des bassins hydrauliques de Oued Laou, Loukkos, Sebou, Bouregreg et Oum Er-Rbia.

Parmi les projets examinés :

– La poursuite de la réalisation du projet de transfert de l’excédent des eaux du barrage Oued El Makhazine vers le barrage Dar Khroufa, avec un débit de 3,2 mètres cubes par seconde pour assurer l’approvisionnement en eau potable du Grand Tanger ;
– La poursuite de la réalisation du barrage de Rhiss dans la province d’Al Hoceima pour assurer l’approvisionnement en eau potable d’Al Hoceima ;
-Le lancement des appels d’offres pour la construction du barrage Bouhmed dans la province de Chefchaouen et du barrage Tfer dans la province de Larache ;
– La programmation de 7 petits et moyens barrages dans la région de Tanger Tétouan Al Hoceima. Trois de ces barrages concernent la zone d’intervention de l’Agence du Bassin Hydraulique du Loukkos ;
– La poursuite de l’équipement des forages et la réalisation des travaux des forages d’exploration pour assurer l’approvisionnement en eau potable dans les zones rurales ;
– La poursuite des études nécessaires pour arrêter les scénarios de gestion participative des nappes souterraines les plus importantes du bassin hydraulique du Loukkos ;
– La poursuite de la réalisation des projets de la réutilisation des eaux usées traitées pour l’arrosage des espaces verts et des terrains de golf.

Le ministre a, par ailleurs, insisté sur le renforcement des capacités de dessalement, avec un « grand projet à Tanger d’une capacité de 150 millions de mètres cubes, prévu entre fin 2028 et début 2029″. Il a également annoncé la mise en place d’unités mobiles de dessalement et de projets d’assainissement des eaux usées, notamment à Tanger-Med, Tamuda Bay, Beni Arous et Ayacha.

 

Suivi des projets hydrauliques et routiers

En marge des travaux du conseil d’administration de l’ABHL, Nizar Baraka a effectué une visite de terrain dans la province.

Le ministre s’est rendu sur le site d’aménagement de l’oued Ibelouken, situé à 11 km d’Al Hoceïma, où il a assisté à une présentation sur les projets routiers réalisés entre 2021 et 2025. Parmi ces projets figurent l’élargissement et le renforcement de la route régionale RR 509 entre Lakhlafa et Issaguen, sur une distance de 52 km.

Il a également donné le coup d’envoi des travaux de protection de la plaine d’Ajdir contre les inondations.

La visite s’est poursuivie à la station de dessalement de l’eau de mer d’Al Hoceïma, d’un budget de 330 millions de DH.

Le ministre a également supervisé l’état d’avancement des travaux de mise en place de stations mobiles de dessalement d’eau de mer dans la région Tanger-Tétouan-Al Hoceïma. Neuf stations sont prévues dans les provinces d’Al Hoceïma et de Chefchaouen, pour un investissement total de 160 millions de DH. Ce projet s’inscrit dans un programme national de 203 stations, financé à hauteur de 2,4 milliards de DH.

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Dessalement et hydrogène vert : l’émirati Amea Power prospecte au Maroc

Dans une déclaration à Asharq Business, le président du Conseil d’administration du groupe émirati Al-Nuwais Investment a annoncé que leur filiale d’énergies renouvelables, Amea Power, envisage d’investir pour la première fois dans des projets de dessalement d’eau de mer et de production d’hydrogène vert au Maroc, en complément de ses projets actuels et en cours de développement dans le domaine des énergies renouvelables.

En partenariat avec la société espagnole spécialisée dans les solutions énergétiques et hydriques, Cox, le projet de dessalement nécessitera un investissement d‘au moins 100 millions de dollars. Quant à la production d’hydrogène vert, dans le sud du Maroc, il est prévu que le projet atteigne une capacité de 1 gigawatt.

Nouveaux sites identifiés à El Hajeb et à Taroudant pour des investissements supplémentaires

Amea Power exploite actuellement quatre projets d’énergie propre au Maroc, avec une capacité de production totale dépassant 200 mégawatts. Elle possède également des projets similaires dans environ vingt pays en Afrique et en Asie centrale, avec une capacité de production d’électricité d’environ 6.000 mégawatts.

L’intérêt de l’entreprise pour le Maroc l’a poussée à ouvrir un bureau dans la capitale, Rabat, afin d’explorer les opportunités d’investissement. Le président du Conseil d’administration d’Al-Nuwais Investment souligne à Asharq Business : « le bureau a été inauguré l’année dernière et comprend des cadres marocains dans le but d’engager des discussions avec des entreprises du secteur privé souhaitant s’approvisionner en énergie propre. Nous avons également identifié des sites pour réaliser des investissements supplémentaires dans des villes comme El Hajeb et Taroudant ».

Il a également souligné les opportunités d’investissement disponibles au Maroc, en particulier grâce au soutien de l’État à l’investissement dans les domaines des énergies renouvelables, du dessalement de l’eau de mer et de l’hydrogène vert.

Les détails du partenariat stratégique entre le groupe OCP et Engie pour décarboner les phosphates marocains

Lors de la cérémonie officielle tenue à Rabat le 28 octobre 2024, sous la présidence du Roi Mohammed VI et du président français Emmanuel Macron en visite d’État, un partenariat stratégique majeur a été signé entre le groupe OCP et la compagnie française Engie, en marge de la signature de 21 autres accords bilatéraux. Cet accord de codéveloppement, signé par Mostafa Terrab, PDG du groupe OCP, et Catherine MacGregor, directrice générale d’Engie, vise conjointement le développement de quatre projets phares de transition énergétique, accompagnés d’un agenda à long terme de recherche et d’innovation.

En amont de ce partenariat, le groupe OCP et l’Agence française de développement (AFD) ont signé un protocole d’accord d’un montant de 350 millions d’euros visant à soutenir la stratégie OCP de décarbonation au Maroc et en Afrique. Cet accord couvre notamment les chaînes de valeur agricoles et alimentaires en Afrique, les partenariats avec les entreprises françaises, ainsi que la formation et la recherche dans le domaine de la sécurité alimentaire.

Dans un communiqué conjoint, publié ce mardi 29 octobre, le groupe OCP et Engie ont annoncé les détails de quatre projets industriels d’énergie renouvelable, d’infrastructures électriques, d’hydrogène et d’ammoniac verts et de dessalement, qui constitueront à terme une structure complète pour la décarbonation de la production des phosphates et de ses dérivés au Maroc.

Nous apprenons que le montant d’investissement initial du partenariat stratégique OCP-Engie devrait atteindre 4 milliards d’euros, faisant de cet accord l’un des principaux investissements signés, avec des perspectives d’évolution qui pourront atteindre jusqu’à 16 milliards d’euros. Une joint-venture sera créée au moment du lancement des premiers projets avec, en priorité, les énergies renouvelables et les boucles électriques.

La priorité sera donc accordée à la création d’une centrale solaire et éolienne, avec un potentiel initial de plus de 2 GW (n’intégrant pas le besoin pour la production de l’hydrogène vert), et qui devrait intégrer les systèmes de stockage d’énergie par batterie (BESS) affaiblissant les effets d’intermittence des énergies renouvelables en vue d’optimiser le rendement énergétique.

Afin de réduire sa dépendance au gaz naturel et de favoriser une transition énergétique plus durable, OCP, en partenariat avec Engie, développera des sites de production d’ammoniac vert. L’ammoniac, essentiel à la fabrication d’engrais, sera produit à partir d’hydrogène vert, offrant ainsi une alternative pour le groupe à la fois économique et durable.

Actuellement, les deux partenaires sont en train de cibler les zones les plus indiquées pour développer ce type de projets et ils restent ouverts aux différentes techniques d’électrolyse qui seront les mieux adaptées aux contextes de l’OCP. Ces projets de production d’ammoniac vert seront développés en dehors de « l’Offre Maroc » pour l’hydrogène vert pour laquelle Engie est en train d’étudier plusieurs offres.

Face à la raréfaction de l’eau, qui menace la souveraineté alimentaire du Maroc, ce partenariat prévoit, dans un autre maillon de projets, la création de capacités de dessalement d’eau destinées à soutenir le développement agricole, avec en priorité initiale les régions OCP, Nador et Tarfaya-Tan-Tan, qui seront ensuite déployées à plus grande échelle pour soutenir le développement agricole durable.

Au-delà des projets industriels de la transition énergétique, un agenda de recherche et d’innovation mené en collaboration entre le groupe OCP et Engie, disposant tous les deux de structures de recherches très développées, notamment INNOVX, du côté marocain, avec son expertise dans la création et la mise à l’échelle d’entreprises et d’écosystèmes technologiques innovants, et Engie Lab Crigen, du côté français, le centre de R&D du groupe Engie dédié aux nouvelles énergies.

Actuellement, les priorités spécifiques de la recherche et innovation de ce partenariat sont en cours d’identification, avec en priorité principale l’hydrogène, le dessalement renouvelable, les solutions de stockage…

Parallèlement à son partenariat stratégique avec l’OCP, Engie développe d’autres projets énergétiques au Maroc, en particulier le projet d’une usine de dessalement couplée à l’énergie éolienne à Dakhla. Pour sa part, l’hydrogène vert constituera un axe majeur des projets futurs d’Engie au Maroc, visant à accompagner le Royaume dans sa volonté de développer une économie bas carbone.

La station de dessalement de Jorf Lasfar desservira Casablanca en eau potable dès fin septembre

Construite en 2015 avec une capacité de production de 25 millions de mètres cubes par an, la station a vu sa capacité de production augmenter à 45 Mm3/an en 2022, grâce à l’extension menée dans le cadre de la mise en œuvre du Programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation (PNAEPI 20-27) visant à pallier le déficit pluviométrique.

Ce projet d’extension de la station de dessalement a consisté au début en une augmentation de la production de 15 Mm3 par an, suivie d’une autre dotée de 45 Mm3 d’eau de production annuelle, dont 30 Mm3 destinés à la ville d’El Jadida et aux régions avoisinantes.

La station de dessalement de Jorf Lasfar, l’une des plus importantes à l’échelle nationale, a pour ambition de franchir le cap d’une production de 300 Mm3 d’eau potable d’ici 2026, dans l’optique d’une riposte significative à la situation de stress hydrique.

Lors d’une visite à la station, Otmane Abousselham, responsable de la production chez OCP Green Water, société spécialisée dans le dessalement et le traitement des eaux usées, a souligné dans une déclaration à la presse que le groupe OCP, en partenariat avec le ministère de l’Intérieur, a mis en place la société “OCP Green Water” en tant que levier d’accompagnement de la stratégie nationale de lutte contre le stress hydrique.

Le premier projet développé fut la station de traitement de Jorf Lasfar, dont l’objectif principal était de couvrir, lors de la première phase, 100% des besoins du complexe industriel de Jorf Lasfar en eau non conventionnelle, a-t-il rappelé.

La deuxième phase, a-t-il poursuivi, a porté notamment sur la mobilisation de 30 Mm3/an ayant permis dès février 2024 de couvrir 100% des besoins en eau potable de la ville d’El Jadida.

M. Abousselham a affirmé que les travaux d’extension et de développement en cours permettront d’augmenter les capacités de dessalement de l’eau de mer afin de desservir la zone située au sud de Casablanca à raison de 60 Mm3/an.

Les travaux de construction ont débuté en avril de l’année en cours, alors que l’approvisionnement de la ville de Casablanca en eau potable commencera progressivement vers la fin de septembre prochain.

Parallèlement, a poursuivi M. Abousselham, de nouvelles extensions sont actuellement en cours pour approvisionner d’autres régions à l’instar de la ville de Khouribga.

Vers une capacité de 560 Mm3 par an

Tous les projets réalisés ou en cours de mise en œuvre visent à porter, d’ici 2026, la capacité de production annuelle d’eau à 300 Mm3/an au niveau de la station de Jorf Lasfar, a-t-il précisé, notant que cet objectif s’inscrit dans la stratégie globale de l’OCP visant une capacité de 560 Mm3 par an.

Pour accompagner l’extension et le développement de la station de dessalement d’eau de mer de Jorf Lasfar, des travaux sont en cours pour la construction d’une station de pompage qui permettra de desservir deux stations de traitement.

À ce sujet, Zakaria Hour, ingénieur à l’Office régional de mise en valeur agricole (ORMVA) des Doukkala, chargé de la gestion de cette station de pompage, a souligné que cette dernière, dotée de cinq pompes et un débit total de 2,2 m3/s, va fonctionner, dans la première phase du plan d’urgence, avec deux pompes qui seront mises en service pour alimenter la région de Casablanca-Settat avec un débit total d’environ 1.000 L/s, dès le mois de septembre prochain, a-t-il expliqué.

La deuxième phase de ce projet, dont les travaux ont commencé en mai dernier, prévoit la mise en service des deux autres pompes en octobre prochain, tandis que la cinquième pompe servira de pompe de secours, a-t-il détaillé.

En plus de la station de pompage, le projet comprend une canalisation de 54 km de long et de 1.600 mm de diamètre qui transportera l’eau dessalée, en plus d’une conduite de raccordement entre les stations de traitement Daourat et Seoer d’une longueur de 11,4 km et d’un diamètre de 800 mm, a-t-il relevé, notant que cette conduite de raccordement a été mise en service en juillet 2024 et qu’elle pompe actuellement environ 44.000 m3 d’eau par jour.

M. Hour n’a pas manqué de mettre en garde que cet effort national colossal ne peut se substituer à l’adoption de pratiques quotidiennes favorables à la préservation des ressources hydriques et à la rationalisation de leur usage dans tous les domaines.

Le Maroc a lancé une série de chantiers stratégiques pour l’approvisionnement constant en eau potable pour l’ensemble de la population, tout en satisfaisant les besoins en irrigation, notamment la réalisation de la conduite de transfert d’eau brute entre le bassin hydraulique de Sebou et celui de Bouregreg permettant la sécurisation en eau potable d’une population de l’ordre de 10 millions d’habitants des régions de Rabat-Salé-Kénitra et de Casablanca-Settat.

Il s’agit également de la réalisation de 9 nouvelles stations de dessalement d’eau de mer pour une capacité globale de 202 Mm3/an au profit de la population de plusieurs villes, dont celle d’El Jadida, en plus du lancement des travaux de 6 stations de dessalement pour une capacité globale de 360 Mm3/an pour sécuriser principalement l’alimentation en eau au niveau de Casablanca, Settat, Berrechid, entre autres.

(Avec MAP)

Grands chantiers publics. Projets, entreprises, montants… qui fait quoi ? (Infographies)

De nombreux projets publics sont lancés depuis quelques années, dans le cadre des différentes stratégies de l’Etat dans les secteurs ferroviaire, portuaire, aérien ou encore de la santé. Certains vont bon train, tandis que d’autres ont fait face, en cours de route, à certaines difficultés et ont enregistré un retard. D’autres projets ont, pour leur part, été accélérés depuis quelques mois par l’annonce de l’organisation conjointe du Mondial 2030 par le Maroc, le Portugal et l’Espagne, ainsi que l’organisation par le Royaume de la CAN 2025.

Qui opère dans les deux grand projets de dessalement en cours ?

Le secteur hydrique est l’un des secteurs prioritaires pour le gouvernement marocain, notamment face à la rareté de l’eau à laquelle le pays est confronté depuis quelques années. Pour y remédier, le Maroc a entrepris de nombreux projets, dont la mobilisation des eaux, notamment par le dessalement.

À ce jour, plusieurs stations sont en cours de réalisation, comme celle de Casablanca, dont les travaux de construction ont été récemment lancés par le Prince Moulay El Hassan. Cette station sera réalisée par le groupement Acciona, Green of Africa et Afriquia Gaz pour 11 milliards de DH (MMDH), dont 6,5 MMDH concernent la composante usine.

La première société se chargera de la construction de l’usine, tandis que Green of Africa fournira de l’électricité verte. Le rôle d’Afriquia Gaz est pour sa part purement financier, selon nos sources dans un article précédent.

Cette structure devrait être opérationnelle en 2026, en ce qui concerne la première tranche, lors de laquelle la station atteindra une capacité de 548.000 m3 par jour (200 millions de m3 par an), extensible à 822.000 m3 par jour (300 millions de m3 par an) d’eau traitée dans une seconde phase.

L’autre projet d’envergure de dessalement est celui de Dakhla. Dotée d’un budget de 2 MMDH, cette structure, dont les travaux de construction devraient s’achever en 2025, assurera l’approvisionnement en eau d’irrigation sur 5.000 hectares, et en eau potable au profit de la ville de Dakhla et ses environs.

Cette station sera construite par la société Nareva, en consortium avec Engie. Elle n’utilisera que les énergies renouvelables pour produire 112.000 m3 d’eau douce par jour, grâce à un parc éolien de 60 MW.

D’autres stations sont par ailleurs au stade des études, telles que :

–  la station de dessalement de l’Oriental, avec une capacité de production d’eau estimée à 250 millions de m3/an, destinée à satisfaire les besoins en eau potable et d’irrigation, dont les études techniques sont réalisées par Novec, LPEE et Mapping pour 12,7 millions de DH (MDH) ;

– la station de Sidi Ifni, d’une capacité de 8.640 m3/jour (3,15 Mm3/an d’eau potable), dont l’assistance technique est réalisée par le groupement Fichtner et CID pour 3,82 MDH ;

– la station de dessalement de Rabat, dont les études techniques sont réalisées par CID pour 5 MDH ;

– la station de Tiznit, qui servira à sécuriser l’alimentation en eau portable de la ville de Tiznit et les centres liés.

 

Trois grandes sociétés pour les marchés de barrages

Toujours dans le secteur hydrique, outre les stations de dessalement, le Maroc poursuit sa stratégie de mise en place de barrages pour la collecte et le stockage des eaux. De nombreuses grandes structures sont en cours de réalisation, dont la plupart sont construites par trois sociétés, à savoir : la SGTM, STAM et Bioui Travaux.

Ci-dessous les plus grands barrages en cours de construction dans les différentes provinces :

– le barrage de Bouljir, dans la province de Assa Zag : réalisé par STAM pour 220 MDH ;

– le barrage de M’dez (Sefrou) : sa réalisation a nécessité une enveloppe budgétaire de 1,7 MMDH. Son achèvement a été attribué en 2022 à la SGTM pour 390 MDH ;

– le barrage de Ghiss (Al Hoceima), réalisé par Bioui Travaux pour 839 MDH ;

– le barrage Kodiet El Berna (Sidi Kacem), construit par la SGTM ;

– le barrage Boukhmiss (Khémisset), réalisé par Bioui travaux pour 1,5 MMDH ;

– le barrage Erretba (Taounat), attribué au groupement SGTM et STAM pour 4 MMDH ;

– le barrage Ribat Al Khayr (Sefrou), réalisé par STAM pour un peu plus de 949 MDH ;

– le barrage Boulaouane (Chichaoua), construit par STAM  pour 1,1MMDH ;

– le barrage Oued Lakhdar (Azilal), attribué également à STAM pour 1,16 MMDH.

Toujours en ce qui concerne les barrages, les travaux d’un grand projet ont été lancés en mars dernier dans la région de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, portant sur l’interconnexion entre les barrages Oued El Makhazine et Dar Khrofa, dans l’objectif de sécuriser l’alimentation en eau potable du Grand Tanger.

Il est réalisé par deux groupements, le premier composé de SNCE, SOGEA et SOGETRAMA, et le second de STAM et SAPEP, pour un budget total de 840 MDH. Ce projet devrait s’achever avant la fin de l’année courante.

Les opérateurs derrière la réalisation des Ports en cours de construction

Outre le secteur hydrique, le Maroc dispose d’une stratégie portuaire nationale à l’horizon 2030, qui vise l’accompagnement de l’évolution de l’économie, en anticipant la demande en infrastructures portuaires et en intégrant davantage le pays à la compétitivité mondiale. Dans le cadre de celle-ci, différents ports sont en cours de réalisation, notamment :

Dakhla Atlantique (NPDA), réalisé par la SGTM et Somagec Sud pour 12 MMDH, et dont les travaux devraient s’achever en 2029 ;

Nador West Med (NPNWMED), dont les travaux d’infrastructures sont réalisés par la SGTM, le turc STFA, et JDN  pour 7,6 MMDH, et dont la mise en service est attendue pour la fin de l’année en cours (2024) ;

Safi (NPS), réalisé par la SGTM et le turc STFA. Notons toutefois que d’autres acteurs ont rejoint ce projet qui a rencontré de nombreuses difficultés, et dont l’achèvement a connu un grand retard. Le budget global initial alloué à ce port s’élève à 4,1 MMDH. Il a toutefois dû être augmenté après l’arrivée d’autres acteurs, notamment TME, en vue de l’achever ;

Kénitra Atlantique (NPKA) : la réalisation de ce projet nécessitera un budget de plus de 7 MMDH, dont 5,7 MMDH pour la première tranche ;

– l’extension du port de Jebha dans la province de Chefchaouen, pour un budget de près de 330 MDH.

Ferroviaire : qui fait quoi

Le projet le plus important dans le secteur du ferroviaire est celui de la ligne à grande vitesse (LGV) qui reliera à terme Tanger à Agadir. Ce projet est constitué de deux grands axes, un premier reliant Kénitra à Marrakech, dont la réalisation coûtera environ 53 MMDH, et un second, reliant Marrakech à Agadir, pour 50 MMDH. Le plus avancé à ce jour, et qui a été accéléré par le Mondial 2030, est celui de Kénitra-Marrakech, prévu d’être achevé en 2029.

À ce jour, les plus grands projets attribués dans le cadre de la réalisation de la LGV se présentent comme suit :

– les travaux de dégagement et de préparation des emprises ferroviaires sur l’axe Kénitra-Marrakech, dont les cinq lots seront réalisés par différentes sociétés pour 140,8 MDH. Il s’agit de STAM, GRPT, Melatra, GRPT STDM, CTGR ;

– la prestation d’études d’avant-projet sommaire dans le cadre de l’axe Marrakech-Agadir, attribué à China Railway Design Corporation pour 85 MDH ;

– toujours sur le même axe, la reconnaissance géologique, hydrologique et géotechnique nécessaires aux études d’avant-projet sommaire attribué à LPEE pour 135,9 MDH, et le contrôle extérieur des études nécessaires à la liaison ferroviaire, réalisé par Gis Rail pour 28 MDH ;

– l’assistance à la maîtrise d’ouvrage pour le suivi environnemental et social du projet de la LGV, réalisée par Aremo Ingénierie pour 11,9 MDH ;

– la réalisation de prestations topographiques sur le parcours de la LGV Kenitra-Tanger, attribué à XP concept pour plus de 800.000 DH ;

– la fourniture du matériel roulant ferroviaire neuf : 250 wagons de transport de charbon par la Société chérifienne de matériel industriel et ferroviaire pour 338,8 MDH, et 100 wagons de transport des produits pétroliers par la même société pour 183,8 MDH.

Aérien : qui fait quoi

Nombre de projets dans le secteur aérien ont également été accélérés par le Mondial 2030. Le plus important reste toutefois celui de l’aéroport d’Agadir-Al Massira, dont les installations terminales connaîtront une extension et un réaménagement. Ces travaux sont en cours de réalisation par le cabinet Ala concept pour 800 MDH.

L’aéroport Mohammed V de Casablanca et celui de Marrakech-Ménara connaîtront également des travaux d’aménagement extérieurs ou intérieurs.

Pour ce qui est de l’aéroport de Casablanca, les travaux en cours ont trait à :

– l’aménagement de la station de taxis par Vias pour 7,8 MDH ;

– les travaux d’entretien des revêtements de la plateforme aéroportuaire par Ortis Maroc pour 3,17 MDH ;

– l’élaboration du programme de développement des infrastructures, attribué à Ingenieria y Economia del Transporte S.A. pour 724.800 euros.

En ce qui concerne l’aéroport de Marrakech, il s’agit de :

– la mise à niveau des infrastructures aéronautiques, attribuée à GTR pour près de 150 MDH ;

– les travaux de construction d’une brigade gendarmerie, réalisés par Kim Building pour 12,4 MDH.

Santé : les CHU en cours de construction

Dans le cadre de la réforme du secteur de la santé, le ministère de la Santé et de la protection sociale a lancé la construction de plusieurs CHU afin d’améliorer l’offre de soins dans les différentes régions du pays.

Le CHU Ibn Sina de Rabat est l’un des projets phares du ministère, qui remplacera l’actuel CHU. Plusieurs appels d’offres ont été attribués dans le cadre de ce projet. Le plus important est celui des gros œuvres, dont les travaux sont réalisés par les sociétés SGTM et TGCC pour 1,5 MMDH.

Le CHU d’Agadir est également très attendu par les habitants de la région Souss-Massa. Ce dernier, dont les travaux accusent du retard, a été accéléré vers la fin de l’année 2023. Cette structure est réalisée par la société TGCC pour 2,3 MMDH.

Le CHU de Fès bénéficiera quant à lui d’un réaménagement interne et externe, réalisé par Sometrav pour 1,8 MDH, tandis que le CHU de Laâyoune est réalisé par les sociétés Jet Contractors, Rouandi et Protelec pour plus de 300 MDH.

Le CHU d’Errachidia, qui devrait coûter près de 991 MDH, en est encore au stade des études. Plusieurs études relatives à sa réalisation ont ainsi été attribuées à ce jour, à savoir :

– les études techniques et le suivi des travaux de construction, réalisés par Omnium technologie pour 24,6 MDH ;

– les études géotechniques, la réception de fonds de fouilles et le contrôle de la qualité des travaux de construction, attribués à LPEE pour 8,2 MDH ;

– le contrôle et l’optimisation des études techniques et le contrôle des travaux de construction, réalisés par Socotec pour 7,8 MDH.

Enfin, le CHU de Béni Mellal n’a pour l’instant pas été attribué. Le concours architectural a été lancé pour un montant de 1 MMDH.

Dessalement. Visite guidée au cœur de la station de Chtouka 

Dans une région au fort potentiel agricole, l’importance de la station de dessalement d’eau de mer de Chtouka est incontestable. Deux années après son lancement, le bilan est très positif, et ce à tous les niveaux. Sur le plan social, le projet a permis de maintenir près d’un million de journées de travail par an dans la région.

Sur le plan économique, le lancement de cette station a permis de pérenniser les investissements existants au niveau agricole, à hauteur de 3 milliards de dirhams, assurant au passage la protection de la valeur ajoutée de près de 9 milliards de dirhams. La station de dessalement de Chtouka a ainsi fourni de l’eau pour l’irrigation pour quelque 15.000 hectares au profit de 1.500 agriculteurs dans la plaine de Chtouka, une région qui produit l’équivalent de 85% de cultures précoces, dont les tomates représentent 97%, et approvisionne les marchés national et européen, ainsi que, depuis peu, le marché africain.

« On peut dire que la station a bien joué son rôle puisqu’elle a été impulsée dans une période où l’on vivait réellement un stress hydrique assez intense. Nous pouvons donc dire qu’au cours de ces deux années, nous avons pu garantir à la fois l’eau potable et bien sûr la production agricole au niveau du stockage, et que nous apportons également une garantie de sécurité alimentaire », explique Mehdi El Arabi, chef du service des équipements de l’Office régional de mise en valeur agricole de Souss-Massa.

Selon notre hôte, la station de dessalement produit actuellement 275.000 m3 d’eau par jour, répartis entre l’eau potable (environ 150.000 m3) et l’eau d’irrigation (125.000 m3). À terme, cette grande infrastructure devrait augmenter sa production pour atteindre 400.000 m3/jour d’eau dessalée. Cette capacité sera partagée équitablement entre l’eau potable et l’eau d’irrigation, maintenant ainsi sa contribution à la préservation de l’activité agricole dans la région, notamment les cultures à haute valeur ajoutée.

Un joyau technologique

Pour ancrer dans la région pareille mégastructure, il a fallu mobiliser un investissement conséquent de 4,4 milliards de dirhams, « répartis entre 60% pour le secteur privé et 40% pour l’État », affirme le chef du service des équipements de l’Office régional de mise en valeur agricole de Souss-Massa. « C’est un exemple de projet mutualisé entre le ministère de l’Agriculture et le ministère de l’Eau », poursuit Mehdi El Arabi, qui précise qu’en raison de l’aspect « budgétivore » du projet, la formule du partenariat public-privé a été privilégiée.

Projet pionnier au niveau national, la station de dessalement de Chtouka est également la première du genre en Afrique, fait valoir notre interlocuteur. Il insiste notamment sur le procédé technique et le caractère novateur de la technologie retenue pour donner vie à ce grand projet : « La station de Chtouka utilise la technique de l’osmose inverse. C’est l’une des techniques les plus avancées en la matière. Nous disposons ainsi de plusieurs étapes de traitement et de filtration de l’eau. Nous partons de deux prises d’eau au niveau de la côte océanique. Après ces deux prises, nous disposons d’un dégraisseur qui sépare les parties solides de 3 cm. Ensuite, nous avons des filtres rotatifs qui éliminent tout ce qui dépasse les 3 cm. »

« On passe alors à l’étape de filtration automatique, avant de procéder à l’ultrafiltration, l’avant-dernière étape avant l’osmose inverse. Après l’osmose inverse, on débouche sur la dernière étape, à savoir la reminéralisation de l’eau. » À l’extérieur, l’infrastructure comprend deux exutoires en mer, deux canaux pour la récupération de l’eau salée d’une longueur de 1.100 mètres chacun et d’un diamètre de 2,4 mètres, et d’un canal d’évacuation des eaux concentrées d’une longueur de 700 mètres.

Une réponse efficace au stress hydrique

« Budgétivore », l’investissement dans la station de dessalement de Chtouka s’avère pourtant nécessaire. Le Maroc est classé en pénurie hydrique avec seulement 500 m3 d’eau douce par habitant et par an, contre 2.500 m3 en 1960, une situation préoccupante confirmée au niveau national par le Conseil économique, social et environnemental (CESE).

Avec près de 100 milliards de m3 d’eau de pluie par an dans les années 70, le Maroc est ainsi passé à 22 milliards de m3 d’eau au cours des dernières années, beaucoup moins en 2023. Face au spectre de la rareté de la ressource hydrique et ses conséquences sur le développement socio-économique du pays, notamment sur le secteur agricole, le dessalement d’eau de mer représente une alternative durable, au Maroc, mais également à l’international où le procédé séduit de plus en plus.

Partout dans le monde, le recours au dessalement s’impose progressivement comme la solution de premier plan pour faire face au stress hydrique croissant. En 2022, plus de 21.000 stations de dessalement d’eau de mer étaient opérationnelles dans le monde, soit presque deux fois plus qu’il y a dix ans, et le secteur connaît une croissance de l’ordre de +6 % à +12 % de capacité par an.

Les Nations unies estiment qu’en 2025, les deux tiers de la population mondiale seront concernés par ces défis. Si les causes de la raréfaction de l’eau sont multiples (changement climatique, agriculture intensive et croissance démographique, etc.), elle impose au forceps aux États de repenser leurs politiques hydriques, un enjeu central en termes de stabilité, de résilience et même de souveraineté. C’est le cas par exemple au Moyen-Orient où la majorité des pays du Golfe dépendent aujourd’hui, et en grande partie, de l’eau dessalée pour la consommation de leurs habitants.

Les chiffres sont éloquents : aux Émirats Arabes Unis (EAU), 42% de l’eau potable provient d’usines de dessalement, représentant plus de 7 millions de m3 par jour. Ce taux est de 90 % pour le Koweït, 86% pour Oman et 70% pour l’Arabie Saoudite. Dans ce dernier, les capacités de dessalement de l’Arabie Saoudite devraient même passer de 5,6 millions de m3 par jour en 2022 à 8,5 millions de m3 par jour en 2025, pour finalement couvrir plus de 90 % de la consommation en eau du pays à l’horizon 2023. Les prévisions laissent présager une même tendance au Koweït, à Bahreïn et en Israël, où la production d’eau dessalée va plus que doubler.

SIAM. Dans le Souss, la campagne agricole est placée sous le signe de la résilience

« Le SIAM est un événement capital pour la région Souss-Massa, puisque c’est l’occasion de présenter le bilan des réalisations agricoles et les différents projets qui s’inscrivent dans le cadre du changement climatique », affirme au micro de Médias24 Nor-Eddine Kessa, directeur régional de l’Agriculture de Souss-Massa, ce jeudi 25 avril. 

Réalisé dans le stand spécialement dédié à la région au Salon international de l’agriculture (SIAM) à Meknès, cet entretien a mis en lumière la résilience du secteur agricole dans une zone productive qui dispose d’un vivier aussi riche que diversifié, étalé sur plus de 460.000 hectares, répartis entre environ 120.000 exploitations.

« Souss-Massa est la première région productrice et exportatrice des primeurs, notamment la tomate, qui représente 65% de la production« , souligne Nor-Eddine Kessa. Des capacités de production qui font face à une importante pénurie d’eau mais qui parviennent à maintenir un niveau de production raisonnable et une dynamique positive. 

« La région connaît une pénurie d’eau puisque nous n’avons pas dépassé les 100 mm en moyenne. Il n’y a que la province d’Agadir-Ida-Ou Tanane qui a atteint les 120 mm », déplore notre interlocuteur. Une situation loin d’être idéale, mais qui n’a pas vraiment eu d’impact sur la culture de primeur.

La réalisation du programme d’assolement a atteint plus de 28.000 hectares de primeurs. « D’ailleurs, il n’y a pas eu de pénurie pendant le mois de Ramadan, d’où l’importance et l’utilité de l’usine de dessalement qui a permis la pérennité de l’irrigation et une mise en valeur du périmètre irrigué de Chtouka », souligne-t-il.

Deux nouveaux périmètres irrigués en préparation

A ce titre, d’autres projets d’irrigation sont attendus avec impatience, notamment celui qui doit arroser 10.000 hectares à Tiznit. « C’est un projet dont les études sont en cours et qui permettra l’irrigation d’un nouveau périmètre pour les primeurs afin d’assurer une disponibilité de la tomate de manière constante sur le marché local« , précise notre interlocuteur.

A cela s’ajoute un autre périmètre irrigué par dessalement. D’une superficie de 40.000 hectares, « il est destiné à la pérennisation de l’agriculture dans le Souss amont et aval, à travers une nouvelle station de dessalement (début des travaux en 2025) qui va desservir le périmètre d’Issen et le périmètre d’El Guerdane pour l’irrigation de quatre filières, les primeurs, les viandes rouges, le lait et les agrumes ». 

Décrit comme un tournant dans l’histoire du Souss, ce projet est en effet primordial, notamment pour la filière agrumicole, dont la région accueille près de la moitié (39.600 ha) de la superficie nationale, mais qui fait face à une sécheresse intense. « A cause d’une diminution des apports pluviométriques et d’un arrêt de l’irrigation dans certaines zones de production, cette année, nous avons eu une dotation de 400.000 tonnes d’eau contrairement à d’autres campagnes où l’on avait eu 650.000 tonnes d’eau« , déplore Nor-Eddine Kessa. 

Cela dit, le directeur régional de l’Agriculture insiste sur la notion de résilience qui caractérise le Souss et ses agriculteurs : « La dynamique est toujours positive, notamment en matière de production laitière où l’on dépasse les 330 millions de litres chaque année ; avec aussi une production du terroir également très importante, notamment l’argan, le safran, le miel et les amandes ».

Cette résilience est aussi le fait d’un accompagnement du ministère de l’Agriculture. Parmi ces dispositions, la distribution d’engrais subventionnés et les aides destinées à l’achat de semences de tomates, oignons et pommes de terre. Ces aides ont concerné « plus de 4.000 ha de tomate, à raison de 70.000 DH/hectare. Même chose pour les superficies de pomme de terre et d’oignon », conclut notre interlocuteur.