Boom, bulle, correction : comment l’organisation de grands événements sportifs bouleverse l’immobilier

L’organisation d’événements sportifs d’envergure nécessite d’investir dans de nombreuses infrastructures routières, de transport, d’aménagement urbain qui vont profiter à la ville et au pays.

Cela suppose également d’accueillir un nombre important de visiteurs, que ce soit des personnes qui travaillent dans l’organisation de l’évènement, mais également les supporters pendant la durée de la manifestation sportive.

Médias24 et son partenaire spécialisé dans l’immobilier Yakeey listent les retombées de l’organisation de tels événements sur l’immobilier urbain.

Dans un premier temps, cette organisation s’accompagne d’un impact économique majeur profitant au marché immobilier. L’évènement sportif permet à la ville et au pays de bénéficier d’une visibilité internationale, ce qui améliore son image et sa notoriété, contribuant à stimuler le tourisme par la suite.

Rappelez-vous, les Jeux olympiques de 1992 avaient complètement transformé Barcelone. Des quartiers entiers comme Poblenou ont été réhabilités, les infrastructures de transport modernisées, et le littoral réaménagé. Les prix de l’immobilier ont fortement augmenté dans les zones rénovées.

L’effet sur l’immobilier repose sur l’intégration des infrastructures à long terme. À Athènes, certaines infrastructures n’ont plus été utilisées après les Jeux olympiques de 2004. Cette ville a connu une hausse des prix dans les années précédant les jeux. S’en est ensuivi un effondrement progressif lié à la crise économique de 2008, renforcé par les dettes liées à l’organisation.

De puissants catalyseurs

Les grands événements sportifs sont des catalyseurs puissants de transformation urbaine. Cependant, leur effet sur l’immobilier dépend fortement de la planification à long terme, de l’intégration des infrastructures dans la vie locale et de la capacité à éviter les dérives spéculatives. L’histoire des villes européennes montre que ces événements peuvent autant revitaliser un territoire que laisser derrière eux des crises immobilières.

Plus récemment, lors de la dernière Coupe du monde à Doha, la ville a connu une flambée des loyers et des prix de vente.

Le pays avait toutefois opté pour la mise à disposition de logements temporaires, évitant une construction excessive. Doha a ainsi pu pallier la baisse de l’offre qui aurait pu contribuer à l’effondrement des prix de vente.

Comment expliquer la hausse des prix ?

Les pays hôtes d’événements sportifs d’envergure suivent un cycle classique sur les marchés. Une fois l’événement sportif annoncé, la ville connaît progressivement une augmentation des prix de vente qui s’explique par plusieurs mécanismes psychologiques et économiques, souvent liés à la spéculation anticipée.

Dans un premier temps, l’arrivée massive de touristes et de travailleurs, le développement des infrastructures créent une anticipation d’une hausse de la demande future. Les propriétaires se disent alors « si je ne vends pas maintenant, je pourrai vendre encore plus cher plus tard », et augmentent le prix dès l’annonce.

Certains propriétaires cherchent à profiter de l’effet médiatique ou de la tension sur le marché pour vendre « au bon moment », quand les prix semblent grimper. C’est un phénomène proche de la bulle immobilière, où le prix ne reflète plus la valeur réelle du bien, mais les attentes de gains futurs.

D’ailleurs, quand quelques biens augmentent leurs prix dans un secteur, les autres suivent, même sans justification réelle. Ce comportement mimétique incite le marché à s’emballer, surtout dans les quartiers proches des infrastructures sportives (stades, villages olympiques, etc.).

L’annonce d’un événement sportif agit comme un signal économique et émotionnel fort, déclenchant des attentes de plus-value, un effet de rareté (même artificiel) et une vague de comportements spéculatifs.

Une fois l’événement passé, le marché immobilier procède toujours à une correction. La demande diminue, les loyers baissent et les volumes et valeurs de transactions également. Cette situation s’explique par une offre excédentaire résultant de la frénésie de construction liée à l’évènement sportif et de la spéculation effrénée que connaît le marché sur une très courte période sans véritable fondement économique structurel.

Le Maroc a atteint des niveaux record de baisse des nappes phréatiques (Baraka)

Le Maroc connaît aujourd’hui des ruptures et des changements inédits au niveau de son cycle de l’eau, expose le ministre de l’Équipement et de l’eau.

« Nous sommes en train de vivre la septième année consécutive de sécheresse. Historiquement, le Maroc n’a jamais dépassé quatre ans consécutifs de sécheresse. Nous avons enregistré, en 2023, 1,8 degré de plus que la norme, soit plus que le seuil fixé aux termes de l’Accord de Paris sur le climat qui est de +1,5 degré. Chaque jour, nous assistons à l’évaporation de 1,5 million de m³, due à l’augmentation de la température. En 2023, nous avons également dépassé la température record de 50 degrés, notamment à Agadir ».

Les précipitations ont connu une amélioration par rapport à l’année dernière. Néanmoins, nous restons en deçà de 45% par rapport à la moyenne habituelle

« Ce mois de janvier, nous sommes à 3 degrés de moins comparé à la normale, à cause des épisodes neigeux. Nous avons cumulé environ 3.000 km² de neige, soit l’équivalent de 1,5 milliard de m³ qui entrent dans les nappes phréatiques et dont une partie va aux nappes souterraines. Les précipitations ont connu une amélioration par rapport à l’année dernière. Néanmoins, nous restons en deçà de 45% par rapport à la moyenne habituelle« .

Une situation particulièrement délicate

« Entre 1940 et 2024, la moyenne des apports en eau était de 22 MMm³. De 2018 à aujourd’hui, cette moyenne se chiffrait à 3,7 MMm³. Nous sommes dans une situation particulièrement délicate. Pour garantir l’eau agricole et l’eau potable, nous sommes contraints de surexploiter les nappes souterraines. Nous consommons de 6 à 7 MMm³. Mais nous avons un déficit de 3 MMm³, ce qui se traduit par une baisse des nappes souterraines. Nous avons atteint des niveaux record de baisse des nappes souterraines. Nous avons atteint 7 mètres de baisse par an dans les régions de Zagora et d’Errachidia et 3,5 mètres de baisse par an dans la région de Berrechid. Nous risquons de nous retrouver demain sans capacité hydrique au niveau des nappes phréatiques ».

À cause du réchauffement climatique, le Maroc perdra entre 30% et 50% de ses capacités hydriques en fonction des zones

« Selon les données actualisées du dernier recensement, nous sommes aujourd’hui autour de 600 m³ par habitant par an. Je tiens à rappeler que nous étions à environ 2.600 m³ par habitant par an en 1960. Nous nous acheminons vers la pénurie hydrique (seulement 500 m³ par habitant par an à l’horizon 2040). À cause du réchauffement climatique, le Maroc perdra entre 30% et 50% de ses capacités hydriques en fonction des zones ».

« Les apports en eau dans les barrages ont par ailleurs connu une baisse importante. La situation est meilleure cette année. Le niveau de remplissage des barrages a connu une amélioration de 72% par rapport à l’année dernière, mais une baisse de 73% par rapport à la normale. Le taux de remplissage des barrages est aujourd’hui de 27,7% contre un taux de 23% en 2023. Il y a une légère amélioration qui a concerné essentiellement l’Oriental et le Sud-Est ».

Aujourd’hui, seulement 55% des ressources en eau dans les barrages sont destinées à l’agriculture, ce qui est largement en deçà des besoins de l’agriculture

« Par le passé, 85% des ressources en eau dans les barrages allaient à l’agriculture. Le reste à l’eau potable. À cause de la baisse importante en apports en eau, et le fait que nous sommes descendus à 3,3 MMm³ en apports en eau en 2023 et 2024, nous avons dû privilégier l’eau potable (910 Mm³) au détriment de l’agriculture. Aujourd’hui, seulement 55% des ressources en eau dans les barrages sont destinées à l’agriculture, ce qui est largement en deçà des besoins de l’agriculture ».

La politique des barrages a contribué largement au maintien de la garantie de l’alimentation en eau potable et de l’eau agricole, malgré les changements climatiques, note Nizar Baraka. « Sa Majesté a apporté une nouvelle impulsion en accélérant le rythme de réalisation des barrages, mais aussi en apportant d’autres formes de mobilisation d’eau à travers ce que nous appelons les eaux non conventionnelles. Aujourd’hui, nous avons 154 grands barrages, avec une capacité de 27 MMm³. Nous avons 150 petits et moyens barrages. Nous sommes en train d’en construire d’autres. Nous avons 16 stations de dessalement qui existent déjà, avec une capacité de 277 Mm³. Nous avons également 17 ouvrages de transfert d’eau entre les barrages ».

Directive européenne sur le textile : un coup dur pour la friperie, une aubaine pour l’industrie locale

Les vêtements produits et jetés ont explosé avec l’essor de la fast fashion. Soucieuse de l’impact environnemental de la production textile, l’Union européenne, à travers une nouvelle directive, impose désormais la collecte séparée des textiles dans tous les États membres de l’UE. Cette initiative, entrée en vigueur depuis le 1ᵉʳ janvier 2025, vise en effet à améliorer la gestion des déchets textiles, à promouvoir le réemploi et le recyclage, et à réduire l’impact environnemental de la production textile.

Il est aujourd’hui interdit de jeter du tissu dans la poubelle normale ou dans les encombrants en Europe. Il doit être désormais recyclé via les bulles à vêtements. Cette règle concerne les produits textiles tels que les vêtements et accessoires, les couvertures, le linge de lit, les rideaux, les chapeaux, les chaussures, les matelas et les tapis, y compris les produits contenant des matières textiles telles que le cuir, le cuir reconstitué, le caoutchouc ou le plastique.

Une nouvelle qui va contrarier les fripiers et les brocanteurs qui les récoltaient jusqu’à présent. Quid de la friperie au Maroc qui importe quasi exclusivement d’Europe ?

Un mal pour un bien ?

Si les ventes de vêtements au Maroc accusent une baisse depuis 2019 en raison de l’augmentation des prix liée à l’inflation, les Marocains, qui n’ont pas entièrement renoncé à leur consommation, se tournent aujourd’hui vers la friperie et les sites de vente chinois qui fournissent le réseau de distribution local, constatent les textiliens.

La fripe, canal complexe et enchevêtré de distribution, provient principalement d’Europe, expliquaient à Médias24 des fripiers d’une des plus grandes « joutiyas » casablancaises : la friperie Dallas. « La marchandise vient d’Europe. Les fripes proviennent généralement de l’Angleterre et de l’Espagne. Elles sont d’abord collectées par des sociétés, puis importées par des particuliers au Maroc qui les revendent plus tard aux commerçants locaux de friperie », nous répondait sur place un des commerçants de fripes.

Pour le président de l’Association marocaine des industries de textile et de l’habillement (AMITH), Anas El Ansari, la nouvelle directive européenne ne peut qu’être une excellente opportunité pour l’industrie textile nationale.

« Il y a une industrie naissante en Europe qui est liée au recyclage. Cette industrie a besoin de matières premières qui ne peuvent provenir que d’opérations similaires, à savoir la collecte des vêtements usagés ».

Cette exigence européenne va permettre de contrer la croissance de la friperie au Maroc qui nuit énormément à l’industrie textile marocaine

« C’est une excellente opportunité pour le Maroc. D’une part, parce que les donneurs d’ordres européens nous sollicitent aujourd’hui en tant qu’industriels pour la collecte de ces textiles, en vue de les réexporter en Europe à des fins de recyclage. D’autre part, cette exigence européenne va permettre de contrer la croissance de la friperie au Maroc qui nuit énormément à l’industrie textile marocaine ».

À un moment donné, les autorités distribuaient à tout va des autorisations d’importation de fripes qui ont permis à des acteurs et à des importateurs de ramener une grande quantité de vêtements de seconde main au Maroc, au détriment du développement de la fabrication locale. À tel niveau que, en tonnage, les importations de friperie dépassent, depuis 2024, les importations de vêtements neufs au Maroc ».

« Avec la nouvelle directive européenne, les importateurs marocains de vêtements usagés vont ainsi trouver beaucoup de difficultés à s’approvisionner sur le marché européen, ce qui va forcément contribuer à relancer et à redynamiser la production locale des vêtements ».

Importation de fripes, un assouplissement détourné de son but initial : le recyclage  

Remontons le fil. Dès 2020, le ministère de l’Industrie initie la fin de l’interdiction d’importation de fripes, en vue de favoriser l’émergence d’une industrie nationale du recyclage textile, et la réinsertion professionnelle des femmes touchées par la fermeture du point de passage de Bab Sebta à la suite de la crise du Covid-19.

L’assouplissement des règles d’importation de la fripe s’est accompagné d’une autorisation d’en écouler une partie (20% à 35%) sur le marché national. En parallèle, l’autorisation d’importation de fripes exige que 20% des fripes soient recyclées sous forme de fibres textiles pour le marché local et l’export. 45% des fripes doivent en outre être recyclées sous forme de chiffons d’essuyage industriel pour l’export.

Cet assouplissement semble aujourd’hui détourné de son but initial, notamment le recyclage.

Selon nos informations, ces licences « passoires » sont accordées aujourd’hui à 35 importateurs, principalement des entreprises très faiblement capitalisées au nombre de 22. Sept personnes physiques et six associations détiennent à leur tour des autorisations d’importation de fripes.

Ces licences ont permis d’importer une large variété de produits sous la dénomination « friperie », y compris des articles neufs (invendus des enseignes en Europe) et d’en alimenter massivement les souks et autres marchés informels d’habillement, sans réel impact sur l’émergence d’une industrie du recyclage textile.

Sur les 35 importateurs recensés, seule une entreprise dispose d’un outil industriel de recyclage

Sur les 35 importateurs recensés, seule l’entreprise Wolkat dispose en effet d’un outil industriel de recyclage.

La réforme a donc entraîné une forte hausse des importations de fripes en provenance d’Europe, sans constater d’augmentation des exportations de friperie ou de déchets textiles.

Toujours selon nos informations, les importations de fripes sont passées de 20 à 54 kilotonnes entre 2019 et 2023, soit un taux de croissance annuel moyen (TCAM) de +29%, tandis que les exportations de friperie et de déchets (+2 kilotonnes entre 2019 et 2023) et les exportations de fibres discontinues (+11 kilotonnes entre 2017 et 2022) n’ont pas connu une augmentation significative.

Les importations de fripes proviennent quasi exclusivement d’Europe : Espagne (53%), Allemagne (18%) et Belgique (11%).

Importation massive de fripes à bas prix : un milliard de dirhams de pertes pour les recettes de l’État en 2023 

La forte hausse des importations de fripes a en outre cannibalisé les parts de marché des importations du secteur formel et de la production nationale, atteignant près de 27% des parts de marché en 2023. La friperie étant importée à des prix 17 fois inférieurs à ceux des habits non usagés, et 11 fois inférieurs au coût de revient de l’industrie nationale.

À court terme, l’importation massive de fripes à des prix bas (10 DH/kg) et la cannibalisation du marché de l’habillement non usagé importé à des prix atteignant 168 DH/kg ont un impact direct sur les recettes de l’État (droits de douane et TVA), estimé sur l’année 2023 à 1 MMDH de manque à gagner, hors prise en compte d’éventuelles sous-déclarations à l’importation, selon des données communiquées à Médias24.

Peut-être que cette politique européenne sera à l’origine de la disparition de certains emplois dans l’importation et la distribution de la friperie, mais elle créera, en revanche, une panoplie d’emplois dans la fabrication et l’industrialisation des vêtements

En effet, la réglementation de la friperie au Maroc, caractérisée par un monopole illégal et une anarchie, s’impose de plus en plus. Néanmoins, pour certains fripiers, la seconde main reste leur seul gagne-pain. Comment faire en sorte de protéger cette catégorie tout en privilégiant la production locale ?

Le président de l’AMITH nous répond : « Il est inconcevable que nous soyons un pays catalogué textile et que nous proposions majoritairement à nos concitoyens des vêtements usagés, alors que nous devons mettre à leur disposition des produits de première main à des prix abordables. Peut-être que cette politique européenne sera à l’origine de la disparition de certains emplois dans l’importation et la distribution de la friperie, mais elle créera, en revanche, une panoplie d’emplois dans la fabrication et l’industrialisation des vêtements ».

Comment les opérateurs textiles ont accueilli la hausse du SMIG

Entrée en vigueur le 1er janvier, l’augmentation du salaire minimum légal de 5% dans les activités non agricoles et agricoles fixe à 17,1 dirhams le salaire minimum horaire dans les activités non agricoles, à partir du début du mois en cours.

Quid de son application dans le secteur textile qui compte, selon les derniers chiffres, quelque 235.000 salariés, l’équivalent de 24% de l’emploi industriel au Maroc ?

« La hausse du SMIG a automatiquement fait son entrée dans le secteur. Certaines entreprises respectent l’application de la hausse, d’autres non. Le non-respect de l’application de la hausse du SMIG crée malheureusement une distorsion de la concurrence« , observe Hammani Amahzoune, président de l’Association marocaine des industries du textile et de l’habillement (AMITH) pour la région de Rabat.

Un important industriel souligne, de son côté, que « le secteur textile, comme tous les autres, est concerné par l’augmentation du SMIG. Le secteur du textile ne vit pas en marge de la loi. S’il y a des opérateurs qui vivent en marge de la loi, il faut les sanctionner« .

Quel impact sur la compétitivité ? 

« Dans un marché qui n’est pas très florissant, la hausse du SMIG va aussi se répercuter directement sur les prix de vente et les prix à l’export« , explique pour sa part Abderrahmane Atfi, ancien président régional pour Casablanca de l’AMITH.

Notre interlocuteur estime que la hausse du salaire minimum aura un impact direct sur la compétitivité.

« Nous ne pourrons pas proposer des prix de vente et des prix à l’export réduits et compétitifs puisque nous n’avons pas la meilleure productivité. Ce n’est pas lié uniquement au SMIG. Le salaire minimum est un élément, mais il y a également d’autres facteurs de coût qui entrent en jeu (logistique, énergie consommée, intrants…) qui font que la composition des prix est compétitive ou pas », explique-t-il.

« L’impact de la hausse du SMIG est énorme parce que les marges du secteur ne sont pas extraordinaires. Nous comptons principalement sur la main-d’œuvre pour produire. Malheureusement, le Maroc ne fabrique pas de produits finis. Il dépend de la façon, voire de la transformation du tissu qui appartient au client, ce qui fait que la valeur ajoutée est vraiment minime. C’est pour cela que l’impact de la hausse du SMIG sur les entreprises est d’une grande importance », reprend Hammani Amahzoune.

Le Maroc désavantagé par rapport à ses concurrents 

« Nous sommes désavantagés par rapport à nos concurrents, notamment la Tunisie, l’Égypte et surtout la Turquie. Non seulement la Turquie garantit à ses salariés du textile un SMIG plus élevé que le nôtre, mais elle a aussi l’avantage d’avoir accès directement à la matière première, ce qui lui permet de gagner en compétitivité, que ce soit au niveau des délais ou des prix. La Turquie entend en outre développer sa présence sur le marché syrien, où elle va transférer sa production à des prix imbattables. Cela rajoute effectivement au problème de la compétitivité nationale et de l’impact du SMIG sur les entreprises ».

Nous sommes désavantagés par rapport à nos concurrents, notamment la Tunisie, l’Égypte et surtout la Turquie

Au-delà de la question de l’impact de la hausse du SMIG, le vrai problème dont souffre aujourd’hui le secteur reste la chute de la production liée à la baisse des commandes d’Inditex, tient à préciser Hammani Amahzoune.

« La majorité des unités à Rabat, Salé et Témara sont aujourd’hui à l’arrêt, en attendant la reprise des commandes d’Inditex, notamment pour sa marque Zara. La situation est observée sur l’ensemble du territoire. L’impact est ressenti essentiellement à Tanger ».

L’augmentation du SMIG doit être corrélée à l’amélioration de la productivité

« Il est clair qu’il n’est pas évident d’augmenter les salaires dans ces phases de tension industrielle et de tension sur la rentabilité. S’il est impératif d’améliorer le pouvoir d’achat, il faut aussi veiller à améliorer, parallèlement, la productivité pour éviter que l’entreprise ne s’endette. Ce qu’il faut donc, c’est indexer l’amélioration de la valeur ajoutée créée par l’emploi sur le SMIG », commente l’industriel du secteur sondé par Médias24.

« Au Maroc, le SMIG augmente plus vite que la valeur ajoutée. Sur les dix dernières années, le salaire a augmenté presque deux fois plus vite que la productivité. Il y a donc un risque de décrochage de nombre de secteurs, hormis ceux de pointe, notamment l’aéronautique et l’automobile, parce qu’ils sont accompagnés par les entreprises, les centres de formation et les centres techniques. Dans les industries classiques, il y a encore des efforts à faire en termes de formation, d’innovation et d’accompagnement des entreprises en ce qui concerne les nouvelles technologies et la robotisation ».

« Il est d’autant plus facile d’augmenter le SMIG si nous disposons des accompagnements en termes de R&D, de productivité, de qualité et de compétences », conclut notre interlocuteur.

Polémique sur la concession maritime Tarifa-Tanger : « Aucun impact sur le trafic du côté marocain » (Port de Tanger-Ville)

La concession maritime Tarifa-Tanger fait l’objet d’un litige opposant FRS Iberia Maroc/DFDS à Baleària, officiellement retenue par l’Autorité portuaire de la baie d’Algésiras (APBA) pour la gestion de la ligne Tarifa-Tanger-Ville, après avoir remporté le marché de la concession du quai 3 au port de Tarifa.

Baleària, qui dit dans un récent communiqué accueillir « avec une grande satisfaction » la confirmation de cette attribution, exploitera cette ligne pour les quinze prochaines années. Le projet de Baleària comprend la construction de deux ferries rapides électriques et le développement des ports avec des systèmes de recharge avancés, pour un investissement total de 135 millions d’euros.

Ce succès reflète, selon Baleària, l’engagement de l’entreprise, qui a présenté « le projet technique le plus avancé sur le plan technologique et le plus durable sur le plan environnemental« , en faveur de l’innovation.

Des projections de trafic irréalistes, selon FRS Iberia Maroc/DFDS

Suite à la confirmation par l’APBA de cette attribution, FRS Iberia Maroc/DFDS, également soumissionnaire, a affirmé le mardi 3 décembre, dans un communiqué, être « déçue » et « préoccupée » par cette décision. DFDS qui a déjà contesté en novembre l’annonce prématurée de Baleària, estime encore une fois que l’offre retenue présente des projections de trafic irréalistes.

« La prétendue fourniture d’électricité à Tanger-Ville pour faire fonctionner un navire à propulsion électrique manque de faisabilité technique et de coordination réaliste », tacle DFDS. Elle dit attendre l’approbation finale ultérieure par le conseil d’administration de l’APBA qui devrait examiner la documentation nécessaire que Baleària doit soumettre dans un délai de 15 jours ouvrables, avant d’annoncer comment elle compte procéder.

Le port de Tanger-Ville se dit « neutre »

« L’appel d’offres, visant à sélectionner une compagnie de navigation pour faire la route premium entre  Tarifa et Tanger-Ville, a été lancé par l’APBA dans les règles de l’art. Le marché a en effet été remporté par Baleària qui avait la meilleure offre. Baleària s’est distinguée des autres concurrents grâce à son focus sur l’aspect environnemental, d’ailleurs très important pour le port et la ville de Tanger qui est très engagée sur cet aspect », explique à Médias24 le port de Tanger-Ville.

« Nous ne sommes pas partie prenante. Le port de Tanger-Ville reste neutre. Nous travaillerons main dans la main avec le vainqueur, en l’occurrence avec Baleària qui, sans doute, va chercher à augmenter le trafic. Nous aurions fait de même si l’APBA avait sélectionné un autre soumissionnaire. Ce qui est le plus important pour le port de Tanger-Ville, c’est le développement de la ligne de Tanger et de la région plus globalement, abstraction faite du prestataire choisi », précise-t-on.

La polémique sur la nouvelle concession de la ligne Tarifa-Tanger n’impactera aucunement le trafic du côté marocain, rassure encore le port de Tanger-Ville.

« Tanger a énormément investi au cours des dernières décennies. Il y a eu une transformation de la ville de Tanger qui continue encore. Le but étant de faire de cette ville une destination premium. Notre rôle donc est de faire également la promotion à l’étranger, notamment à travers le développement du tourisme maritime qui est l’un de nos objectifs stratégiques. Nous visons ainsi un développement durable qui tient compte des aspects environnemental, économique et social », conclut le port de Tanger-Ville.

Au Maroc, l’IA fait une entrée timide dans le secteur du textile

Après un focus sur l’IA dans l’imagerie médicale et l’offshoring, nous nous tournons vers le secteur du textile où l’intelligence artificielle fait aujourd’hui une entrée timide, d’après trois opérateurs du secteur joints par nos soins.

« L’intelligence artificielle dans le textile marocain demeure très faiblement intégrée », affirme ainsi Karim Tazi, patron de l’enseigne Marwa et ancien président de l’Association marocaine des industries du textile et de l’habillement (AMITH).

« Il y a des petits projets initiés dans ce sens, mais il n’y en pas beaucoup. À l’ESITH par exemple, nous avons récemment intégré une ligne de confection smart, qui permet de gérer la chaîne de transformation par l’utilisation des capteurs RFID qui nous renseignent de manière continue sur le rendement, sur l’avancement et sur la qualité des produits finis qui peut être aussi évaluée par des outils qui font appel à l’intelligence artificielle. Ce projet nous permettra de gérer une chaîne de production, notamment la confection, activité principale exercée dans le secteur », précise Omar Cherkaoui, directeur R&D, à l’École supérieure des industries du textile et de l’habillement (ESITH).

« L’ESITH a aussi créé le laboratoire d’ingénierie sur le numérique avancé pour apporter des solutions intelligentes à notre secteur dans les différents segments, autres que la confection, notamment la filature, le tissage, le tricotage et le finissage ».

Nous ratons ce potentiel qu’offre l’IA

Les industriels marocains du textile sont désormais conscients de la valeur ajoutée que peut apporter l’intégration de l’intelligence artificielle, souligne Omar Cherkaoui.

« Les industriels, soucieux d’une meilleure traçabilité et crédibilité et à l’affut d’une qualité constante, portent de l’intérêt à l’intelligence artificielle. Aujourd’hui, nous avons compris qu’à travers l’intelligence artificielle, nous pouvons aussi nous inscrire dans un développement durable. Pour qu’on puisse aller vers un processus qui respecte le développement durable, la partie sociale doit être étudiée de manière responsable pour choisir les matériaux qui ont une empreinte carbone la plus basse possible, ce qui ne peut se faire qu’à travers des outils qui intègrent l’IA ».

Un potentiel qui est sous-exploité, estime de son côté Karim Tazi. « Nous ratons ce potentiel qu’offre l’IA pour différents usages, allant des tâches plus simples comme la classification des documents à la gestion  des tâches répétitives, en passant aussi par la création. Sur ce volet, il existe par exemple des assistants IA à la création comme la plateforme Midjourney« .

« L’IA peut être également exploitée sur la partie production, avec des machines assistées par l’intelligence artificielle, comme les machines à coudre qui peuvent nous faire gagner plusieurs heures de réglage et passer plus facilement d’un modèle à l’autre. Ce type de machines est révolutionnaire à un moment où la mode devient de plus en plus volatile et où les usines sont conditionnées par des délais de plus en plus serrés ».

« Par ailleurs, les équilibrages de chaîne de production peuvent désormais être faits par l’intelligence artificielle. Quand vous prenez un modèle X, il vous faut trois ouvriers sur une typologie de machines, quatre sur une autre… L’intelligence artificielle peut vous aider à équilibrer vos temps de montage. Elle peut donc être d’une grande utilité permettant d’analyser l’efficience en temps réel de votre production ».

Quel impact sur l’emploi ?

Le secteur du textile est un important pourvoyeur en main-d’œuvre. En chiffres, cette industrie représente l’équivalent de 1.600 entreprises, soit 18% du tissu industriel marocain, et de 235.000 salariés en 2024.

Comment l’intégration de l’IA, aussi timide qu’elle soit, impactera-t-elle donc les emplois dans le textile marocain ?

Pour Abderrahmane Atfi, ex-président régional pour Casablanca de l’AMITH, l’impact sera surtout ressenti dans les segments ultra-standardisés, comme les chaussettes ou la chaussure, où le renouvellement n’est pas tout le temps recherché.

« L’IA est intégrée aujourd’hui dans l’industrie marocaine du textile dans certaines parties, à l’instar de l’exploitation de la data et de l’amélioration des systèmes de production. Malgré les modifications qu’entraînera l’intelligence artificielle dans les années à venir, la main-d’œuvre du textile, au Maroc comme ailleurs, ne risque pas d’être remplacée. Une intégration de l’IA dans la chaîne entière de valeur textile impliquera des investissements majeurs qui ne seront pas forcément rentabilisés, vu la volatilité de la mode ».

« Cela dit, les seuls segments où l’IA modifiera peut-être, dans l’avenir, la structure de l’emploi, sont les segments ultra-standardisés axés sur la production massive, où le renouvellement des modèles suivis n’est pas tout le temps recherché, à savoir les chaussettes, les chaussures ou encore les t-shirts standard », précise Abderrahmane Atfi.

Les métiers très faiblement qualifiés et répétitifs peuvent être effectivement menacés par l’IA

« Les métiers sont en train de changer aujourd’hui. Ils ne vont plus dépendre exclusivement de la main-d’œuvre, c’est sûr. La robotique et l’IA vont permettre à tout type d’entreprises de gagner en efficience. Déjà que l’industrie souffre aujourd’hui du turnover (renouvellement du personnel) et de l’absentéisme, qui, parfois peuvent pénaliser l’entreprise qui a un engagement à remplir en matière de délais », reprend Omar Cherkaoui.

« La main-d’œuvre aura toujours une place pour accomplir certaines opérations qui ne peuvent être automatisées. Il ne s’agit pas d’une substitution, mais plutôt d’une assistance par l’IA pour aider le travailleur à être plus précis et plus performant, et pour éviter l’erreur humaine qui peut nous coûter beaucoup de temps et d’argent », détaille ce dernier.

Le patron de l’enseigne Marwa estime de son côté que les métiers faiblement qualifiés et répétitifs sont les plus menacés par l’IA.

« Les métiers très faiblement qualifiés et répétitifs peuvent être effectivement menacés par l’IA. Nonobstant, nous ne pouvons pas nous isoler et renoncer à ce virage technologique afin de préserver certains emplois. L’IA, les automates, la robotique… toutes ces nouvelles technologies sont aujourd’hui la base de la compétitivité. Nos concurrents, notamment les pays asiatiques, sont déjà très avancés là-dessus. Il faut donc penser création de valeur ajoutée au même titre que ces pays, ce qui ne peut que se traduire par de nouvelles dynamiques d’emploi », conclut l’opérateur.

Offshoring : l’IA représente-t-elle une menace pour les emplois au Maroc?

L’humain sera-t-il remplacé demain par l’intelligence artificielle? C’est la question que tout le monde se pose. L’IA qui commence déjà à changer, drastiquement, la manière dont nous produisons et nous travaillons, ne tardera pas à transformer plusieurs secteurs, en profondeur. Les métiers de l’offshoring ne seront pas épargnés. Des profils seront impactés plus que d’autres, explique à Médias24 Ayoub Saoud, secrétaire général de la Fédération nationale des centres d’appels et des métiers de l’offshoring (FNCAMO).

Les réflexes des donneurs d’ordre ont changé avec l’IA

« En termes d’usage, le recours à l’IA dans l’offshoring ne date pas d’aujourd’hui. L’offshoring est même le secteur précurseur en termes de développement technologique. Cela dit, l’IA est intégrée depuis des années maintenant dans notre métier, notamment sur la partie interaction avec les clients, au niveau du SAV, et à travers les outils comme les chatbots, les callbots déployés maintenant en version bêta ».

Les réflexes des donneurs d’ordre ont changé depuis l’intégration de l’IA, reconnaît Ayoub Saoud. « Les assistants IA simplifient aujourd’hui les requêtes. Ils peuvent en effet répondre et obtenir des réponses assez concrètes. Ce n’est que quand l’IA se plante ou ne fournit pas de réponses qu’un chat, par exemple, est orienté vers un conseiller humain ».

La durée moyenne de traitement a diminué de 14% grâce à l’assistance par l’IA. Cela signifie que le recours aux humains, notamment aux téléopérateurs, sera de moins en moins nécessaire

Le recours à l’IA dans l’offshoring s’est accéléré depuis l’épidémie du Covid, enchaîne notre interlocuteur. « Avant, nous comptions plus de conseillers et de téléopérateurs. Le nombre d’interactions traitées par le téléopérateur était de même important. Maintenant, avec l’usage plus fréquent de l’IA, le nombre d’interactions a drastiquement diminué. Une étude sur les indicateurs clés performance (KPI) de l’offshoring montre que la durée moyenne de traitement a diminué de 14% grâce à l’assistance par l’IA. Cela signifie que le recours aux humains, notamment aux téléopérateurs, sera de moins en moins nécessaire ».

Licenciements déguisés et une baisse de recrutement 

Face à constat, les licenciements déguisés s’enchaîneront, déplore Ayoub Saoud. « Les téléopérateurs seront poussés à bout pour démissionner, en particulier les salariés immigrés qui représentent 90% de certains centres d’appel marocains. Ces travailleurs étant aux avant-postes de la précarité ».

Le turn-over fait ravage dans le secteur. Son taux dépasse aujourd’hui les 50% »

Une baisse de recrutement dans l’offshoring est par ailleurs observée, poursuit notre source. « Contrairement à ce que laissent croire les chiffres communiqués sur les nouveaux emplois crées, les nouvelles offres ne sont généralement annoncées que pour équilibrer la perte importante des salariés du offshoring depuis l’intégration de l’IA. Le turn-over, ou renouvellement du personnel, fait ravage dans le secteur. Son taux dépasse aujourd’hui les 50%« .

Des profils résisteront à la transformation. « Peut-être qu’il faut s’attendre, dans un futur lointain, à ce que l’offshoring soit entièrement assisté par l’intelligence artificielle. Mais pour l’heure, en tout cas sur les court et moyen termes, il me semble que l’humain aura toujours sa place dans ce secteur-là. Je pense notamment à certains profils comme les data analysts dont le métier est indispensable puisque ce sont eux qui dirigent ces nouvelles technologies ». Notre source recommande à ce titre d’investir davantage dans la formation de ces métiers moins menacés par l’IA.

Vous l’aurez compris : les métiers de l’offshoring sont aujourd’hui en mutation. Ce changement, d’ordre mondial, émane des donneurs d’ordre, notamment les maisons-mères étrangères dont le Maroc dépend encore.

De la souveraineté de l’offshoring national

« Il faut savoir que l’offshoring marocain est loin d’être souverain. Le Maroc ne décide pas à lui seul et de son gré d’intégrer ou de renoncer à l’IA puisqu’il dépend des maisons-mères, notamment des opérateurs étrangers », souligne en outre le secrétaire général de la FNCAMO.

La donne a changé avec l’IA. L’Etat doit prendre des mesures. Il faut préparer une phase de transition

Malgré les investissements du Maroc dans ce secteur, il paraît que le Maroc n’en tire pas pleinement profit. « Le Maroc ne tire pas pleinement profit de ce secteur. Pourtant il investit dedans, notamment à travers les incitations fiscales ou encore l’aménagement de parcs de travail (Casanearshor, Technopolis). Des plateformes qui sont financées en fin de compte par l’agent public. Ces plateformes sont financées par la CDG à travers sa filiale MedZ. La CDG est à son tour financée en grande partie par la CNSS et par d’autres comptes sociaux », estime Ayoub Saoud.

Ce dernier insiste : « La donne a changé avec l’IA. L’Etat doit prendre des mesures. Il faut donc préparer une phase de transition« .

Développer « l’inshoring » et investir dans la formation

Pour s’affranchir de la dépendance des opérateurs étrangers, Ayoub Saoud suggère de développer ce qu’il appelle « l’inshoring ».

« Il y a un modèle assez intéressant à suivre qui est le modèle turc. La Turquie a réussi à augmenter le nombre de ses téléconseillers par habitant. Au Maroc, le nombre de salariés de l’offshoring demeure très faible par rapport à d’autres pays ».

« La Turquie, par exemple, a imposé aux grandes entreprises, notamment les multinationales, de créer un centre d’appel de dix positions au moins pour servir le marché national. C’est ce qu’on appelle le inshoring. Le Maroc peut le développer à son tour. Déjà que les Marocains sont aujourd’hui très connectés. L’outsourcing peut-être également exploité pour faciliter les démarches administratives en cours de digitalisation au Maroc. Mais il faut une volonté politique pour ramener davantage les investissements dans ce secteur et pour ne plus dépendre des aléas de la politique économique et sociale internationale ».

Le démarchage téléphonique pourrait être bientôt interdit en France : quel impact au Maroc?

Déposée fin octobre, cette nouvelle proposition de loi inverserait le consentement, en laissant ceux qui le souhaitent s’inscrire sur une liste pour être démarchés. Les autres seraient de facto injoignables. Pourtant, au Maroc, ces appels malencontreux pour 97% des Français qui se disent agacés par cette opération sont le gagne-pain de plusieurs salariés du secteur de l’offshoring, notamment les employés des call centers axés sur la gestion de la relation client.

Un faible risque pour les acteurs structurés au Maroc

Youssef Chraibi, président du groupe Outsourcia, opérateur spécialisé dans la gestion externalisée de la relation client, explique à Médias24 que ce n’est pas la première fois que les call centers au Maroc font face à des restrictions réglementaires.

Les agences spécialisées dans le télémarketing, souvent mono-activité, sont celles qui risquent d’être les plus touchées par cette proposition de loi, précise Youssef Chraibi. Ces structures, moins diversifiées, pourraient ainsi voir leur activité se contracter. À l’inverse, les outsourcers généralistes ont su développer une offre complète, ce qui leur permet de maintenir leur compétitivité et leur croissance malgré ces restrictions, selon notre interlocuteur.

« Le secteur des centres de contact au Maroc a déjà fait face à de nombreuses évolutions réglementaires similaires en France avec, par exemple, l’instauration de la liste d’opposition Bloctel en 2016. Ces régulations ont eu pour effet une diminution progressive de l’activité de téléprospection, qui représente aujourd’hui moins de 20% des revenus des centres de contact au Maroc ».

« Cette transition a poussé les acteurs marocains à diversifier leurs services, notamment en se concentrant sur la gestion des interactions entrantes, comme le service client et le support technique, le BPO (Business Process Outsourcing), les activités de back office externalisées, ainsi que les canaux digitaux et écrits, tels que l’e-mail, le chat et les réseaux sociaux, qui répondent aux nouvelles attentes des consommateurs ».

Selon certaines études, les interactions vocales devraient représenter moins de 50% des flux clients d’ici 2026, au profit des canaux digitaux. Cette mutation favorise les acteurs qui ont su s’adapter à ces nouveaux besoins

« Aujourd’hui, une part croissante des donneurs d’ordres en Europe exigent de travailler uniquement sur des fichiers opt-in, c’est-à-dire constitués de prospects ayant donné leur consentement explicite. Cette pratique, déjà largement répandue, réduit l’impact potentiel de cette nouvelle régulation pour les grands acteurs marocains qui ont anticipé cette transition en renforçant leur expertise dans ces domaines.

« Le marché mondial des centres de contact évolue également avec la montée en puissance des solutions d’intelligence artificielle, d’automatisation et de gestion omnicanale. Selon certaines études, les interactions vocales devraient représenter moins de 50% des flux clients d’ici 2026, au profit des canaux digitaux. Cette mutation favorise les acteurs qui ont su s’adapter à ces nouveaux besoins ».

« Pour conclure, si cette régulation marque une étape supplémentaire dans la protection du consommateur, elle ne représente qu’un faible risque pour les acteurs structurés du secteur au Maroc. Leur capacité d’innovation, couplée à une diversification de leurs activités, garantit la résilience de ce modèle économique ».

Le démarchage téléphonique, une pratique encore courante dans les call centers de petite taille

L’impact sera donc surtout ressenti au sein des call centers de petite taille, dont l’activité principale reste le démarchage téléphonique. Il représente 20% de l’ensemble de l’activité CRM (gestion de la relation client), une des composantes de l’écosystème offshoring, souligne Ayoub Saoud, secrétaire général de la Fédération nationale des centres d’appels et des métiers de l’offshoring (FNCAMO), affiliée à l’Union marocaine du travail (UMT).

« En tant que syndicat de travailleurs, je vais surtout me focaliser sur l’impact sur les employés. Il y aura certainement un impact en cas d’adoption effective de cette loi, comme cela fut le cas il y a quatre ans avec l’adoption en France de la loi visant à encadrer le démarchage téléphonique et à lutter contre les appels frauduleux ».

Le Maroc ne compte qu’une cinquantaine de call centers structurés sur les 800 centres d’appels recensés

« Une grande partie des 800 centres d’appels déclarés auprès de l’ANRT sont des call centers de petite taille dont l’activité principale est le démarchage téléphonique qui implique la télévente, la téléprospection ou la récolte des données. Ces call centers emploient des milliers de personnes, principalement des salariés originaires de l’Afrique subsaharienne qui, généralement, ne sont pas déclarés. En somme, le Maroc ne compte qu’une cinquantaine de call centers structurés sur les 800 centres d’appels recensés ».

« En l’absence surtout de potentiel de reconversion professionnelle, l’application de cette loi en France peut avoir un impact sur l’employabilité, générant éventuellement des licenciements. Pour permettre la reconversion de ces salariés opérant aujourd’hui dans le démarchage téléphonique, il faut penser à créer un groupement interprofessionnel d’aide au conseil (GIAC) du secteur, garantir la formation professionnelle et investir dans le capital humain », conclut Ayoub Saoud.

Voici les impacts du capital-investissement sur les entreprises investies (AMIC)

L’Association marocaine des investisseurs en capital (AMIC) a diffusé un rapport d’impact du capital-investissement au Maroc entre 2000 et 2023.

Le document revient sur les bénéfices tirés par les entreprises investies sur la période, et l’évolution de leurs revenus et effectifs. Il ressort que le capital-investissement accélère la croissance des entreprises, notamment celles en phase d’amorçage.

Le TCAM du chiffre d’affaires des entreprises investies est de 18,8% à fin 2023

Il s’avère qu’à fin 2023, sur les entreprises investies, le taux de croissance annuel moyen du chiffre d’affaires est de 18,8%. Par stade de maturité d’entreprise, cela varie beaucoup. Pour les 55 entreprises accompagnées en phase d’amorçage/risque, le taux de croissance a été en moyenne de 100%. Pour les 98 entreprises en développement, le taux de croissance moyen des revenus a été de 16%, et de 7% pour les 26 entreprises au stade de transmission.

Le rapport fait également ressortir que les entreprises investies par des fonds affichent, en 2023, une croissance de leur chiffre d’affaires de l’ordre de 22,3%, alors que les entreprises cotées ont, sur la même période, affiché une croissance de leurs revenus de 4,4%.

Encore une fois, ce sont les 33 entreprises en phase d’amorçage/risque qui affichent la croissance la plus importante, avec 55% contre 10% de croissance pour les 45 entreprises au stade de développement et, enfin, 6% pour les 6 entreprises au stade de transmission.

« Les secteurs investis par les fonds, ayant connu la plus forte croissance de leur chiffre d’affaires en 2023, sont la santé (45%), les TIC (29%) et les services (28%). Le taux de croissance enregistré par l’ensemble des secteurs investis par les fonds en 2023 se situe à 22% », indique le rapport.

Une amélioration de la profitabilité et de la contribution fiscale

Concernant cette même année 2023, tous secteurs confondus, les entreprises investies par des fonds ont affiché une croissance de chiffre d’affaires de 22%, et une hausse de 17% de leurs effectifs. Le secteur de la santé est celui qui a affiché la plus forte hausse de revenu, avec 45% de croissance, alors que le secteur de l’industrie affiche la plus forte croissance de ses effectifs, avec une progression de 26%.

Au global, l’EBITDA des entreprises investies a été multiplié par 2,3, à 6,77 milliards de DH entre la date d’entrée et celle de sortie du fonds.

Les entreprises investies présentent une contribution fiscale plus importante entre l’année d’entrée et l’année de sortie du fonds (ou 2023 pour les entreprises encore investies). « Sur près de 180 PME accompagnées entre 2000 et 2023, la contribution fiscale du secteur a augmenté de près de 3 milliards de DH [à 4,9 MMDH, ndlr] pour une durée moyenne de détention de 6 ans. En 2023, le montant total des impôts et taxes collectés auprès des entreprises investies a enregistré une hausse de 450 millions de DH en comparaison avec les données de 2022 », souligne le rapport.

Législatives : succès surprise de la gauche en France. Quel impact sur le Maroc ?

Un second tour surprise des élections législatives françaises ! Les cartes sont désormais redistribuées après l’arrivée en tête du bloc de gauche au moment où la droite était nettement favorite lors du premier tour.

L’alliance de la gauche, rassemblée sous la bannière du Nouveau Front Populaire, est arrivée en tête du second tour des élections législatives anticipées avec 182 sièges à l’Assemblée nationale française, selon les résultats définitifs du scrutin publiés ce lundi par le ministère de l’Intérieur. Le camp présidentiel, sous la bannière d’Ensemble, et le Rassemblement national (extrême droite) et ses alliés récoltent respectivement 168 et 143 sièges.

Ce scrutin plonge toutefois la France dans le flou en l’absence d’une majorité claire, puisque toutes les formations n’ont pu atteindre, seules, les 289 députés nécessaires à la majorité absolue.

Dans la soirée du dimanche 7 juillet, le premier ministre Gabriel Attal a annoncé qu’il présenterait sa démission au président de la République dès lundi. Emmanuel Macron lui a demandé de rester en poste « pour le moment » afin « d’assurer la stabilité du pays », selon l’Elysée.

Analyse de ce branle-bas politique et ses implications pour le Maroc avec notre consultant et analyste diplomatique Ahmed Faouzi.

De nouvelles réalités se profilent à l’issue du deuxième tour 

« Le deuxième tour des élections législatives en France laisse percevoir de nouvelles réalités dont nous devons tenir compte. La première est que l’extrême droite et le Rassemblement national (RN) n’ont pas obtenu la majorité absolue qui leur permet de gouverner confortablement et de s’imposer à la Macronie. Deuxièmement, le Nouveau Front Populaire (NFP), réunissant la gauche française, s’est fait reconnaître comme première force du pays sans avoir obtenu non plus une majorité confortable pour constituer un gouvernement homogène et appliquer le programme que leurs partis ont promis aux Français. Autre point à retenir, la coalition Ensemble et la Macronie ont enregistré un recul, ce qui ne leur permet pas à la coalition de gouverner toute seule », explique Ahmed Faouzi.

« En ce moment de la vie politique, l’initiative de dissoudre le Parlement a été critiquée à droite et à gauche comment étant hâtive et irréfléchie de la part de Macron. Tous les regards sont maintenant braqués sur le président français qui doit choisir un nouveau Premier ministre à la veille des Jeux olympiques qui vont avoir lieu en France, et dont il faut assurer le bon déroulement », enchaîne l’ancien ambassadeur.

Le danger de l’extrême droite écarté, mais une majorité claire s’impose

Le deuxième tour des élections législatives a évité au pays l’arrivée d’une extrême droite qui allait marginaliser davantage la France, en Europe comme en Afrique francophone où plusieurs pays ont commencé à prendre leurs distances avec Paris, estime notre interlocuteur.

« Bien que le danger de l’extrême droite ait été écarté, aucun des trois blocs ne semble en mesure de gouverner tout seul ou de trouver des partenaires pour mener une politique commune et cohérente. Les Français, qui ont voté massivement au deuxième tour, savent que le pays est dans l’impasse. Ils n’ont pas voté pour un programme donné, mais plus contre le RN qu’ils considèrent comme un grand risque pour le pays », souligne notre consultant.

« Ces groupements politiques ont des programmes différents et parfois antinomiques. Ce qui semble néanmoins sûr pour le moment, c’est que ni le NFP ni Ensemble ou la Macronie ne veulent s’allier au Rassemblement national. Ce dernier avait affirmé à l’avance qu’il ne gouvernerait que s’il obtenait la majorité absolue pour imposer son programme au camp présidentiel ».

Et d’ajouter : « La seule probabilité qui reste est donc une alliance entre le NFP et le camp présidentiel, mais une question lancinante se pose : sur quel programme vont-ils se mettre d’accord alors qu’ils s’opposent sur plusieurs questions, notamment sur la politique économique, la retraite, l’immigration ou encore sur la question de la Palestine? Les enjeux d’une coalition entre la Macronie et le Nouveau Front Populaire résident en effet dans la nécessité de s’entendre sur ces sujets-là ».

Un blocage institutionnel impactera la politique étrangère française

Faute de majorité claire, la France peut faire face à un blocage institutionnel qui aura un impact sur les plans intérieur comme international, note Ahmed Faouzi.

« Vu du Maroc, ce qui nous intéresse, c’est de savoir qui sera le Premier ministre et chef de la nouvelle majorité, puis, aussi, la personne qui sera à la tête de la diplomatie française. Est-ce Stéphane Séjourné ou quelqu’un d’autre ? La cohabitation à ce niveau serait délicate. On se rappelle, quand Jordan Bardella déclarait qu’il ne remettrait pas en question les engagements internationaux de la France, Marine le Pen a rectifié en affirmant, qu’en cas de victoire, elle n’hésiterait pas à engager un bras de fer avec le président et chef des armées ».

« C’est cela qu’il faut craindre pour la nouvelle orientation de la diplomatie du pays en cas de cohabitation, à l’instar de celle de la période 1986-1988 entre François Mitterrand et Jaques Chirac qui menaient une lutte fratricide sur le plan international. Cette lutte avait à l’époque terni l’image de la diplomatie française », conclut-il.

2,5 millions d’élèves ont été touchés par les grèves des enseignants (ministère)

Les grèves des enseignants contre le nouveau statut unifié sont aujourd’hui au cœur de l’actualité nationale. À la suite d’une mobilisation acharnée des grévistes depuis presque un mois, les cours sont paralysés dans les établissements scolaires publics du Royaume.

Pour saisir l’impact précis des protestations contre le nouveau statut unifié sur l’année scolaire en cours, Médias24 a sollicité une source autorisée du ministère de l’Education nationale, qui nous a fourni les précisions suivantes.

30% des enseignants ont participé aux grèves, entre 35% et 38% d’élèves touchés

« Il faut d’abord noter que deux des quatre principales centrales syndicales ont décidé de suspendre les différentes formes de protestation afin de faciliter les négociations en cours avec le chef du gouvernement », affirme notre source.

« Pendant une période de 21 jours de grève, qui a débuté le 5 octobre 2023, le nombre de grévistes a varié entre une moyenne de 90.000 enseignants en milieu de semaine (mardi, mercredi et jeudi) et de 20.000 enseignants vers la fin de la semaine (vendredi, samedi et lundi), soit environ 30% du nombre total d’enseignants », poursuit notre source.

« Le pourcentage d’élèves touchés par ces grèves varie entre 35% et 38% de l’ensemble des élèves, tous cycles confondus. Ces grèves ont affecté tous les niveaux scolaires et toutes les régions, bien que les proportions varient d’une région à l’autre », précise notre source.

Ce pourcentage représente environ 2,5 millions d’élèves touchés sur les 6.935.106 élèves inscrits dans les écoles publiques, au titre de l’année scolaire 2023-2024.

Dans un rapport, ICOMOS Maroc évalue l’impact du séisme sur le patrimoine

Un groupe d’experts d’ICOMOS Maroc a été mobilisé pendant la première semaine qui a suivi le séisme survenu le 8 septembre dernier pour effectuer des visites des sites patrimoniaux de la région et pour dresser, après l’analyse et la comparaison de l’état de ces différents sites, un premier état des lieux.

ICOMOS − Conseil international des monuments et des sites − est une association mondiale de professionnels dédiée à la conservation et à la protection des monuments, des ensembles et des sites du patrimoine culturel.

Les principaux constats 

Son rapport fait état de dégâts majeurs au niveau de la mosquée de Tinmel : « Le minaret surplombant le Mihrab est très impacté. La salle de prière et le Sahn sont devenus un amas de décombres. Les arcades intérieures ainsi que tout le mur arrière sont effondrés. De fissures importantes parcourent les murs porteurs ainsi que les murs de soutènement et les quelques arcades encore debout présentent des traces de fragilité accrue », indique ICOMOS Maroc.

Les Kasbahs des Caïds du XIXe n’ont pas été épargnées. « Si certaines Kasbahs ont connu des dommages importants à l’image de la Kasbah de Tamsloht dont le mur extérieur est devenu instable, les Kasbahs des Goundafas, situées dans la vallée de l’Oued N’fis à proximité de l’épicentre du séisme, ont été les plus affectées par le tremblement de terre », explique la même source, citant l’exemple de la Kasbah de Talat n’Yaakoub, effondrée à hauteur de 80%.

Le rapport s’est également arrêté sur les dégradations qu’ont subies quelques monuments de la médina de Marrakech. « Si le minaret de la Koutoubia a vacillé mais n’a pas cédé, plusieurs fissures sont apparues dans d’autres monuments, notamment au palais Badii. Le Palais Bahia a également connu des dégradations menaçantes et des effondrements partiels. Plus grave encore, le minaret de la mosquée Kharbouch situé à proximité de la Place Jamaa El Fna ainsi que quelques maisons de la médina et du Mellah se sont effondrées », précise-t-on.

Les recommandations d’ICOMOS

L’impact sur les architectures vernaculaires et le patrimoine immatériel sont les autres points évoqués dans le rapport, qui se conclut par une série de recommandations. En voici quelques-unes :

– Etablir, en concertation inclusive, un diagnostic précis de l’état des monuments avec les experts nécessaires et élaborer des projets de restauration dans les règles de l’art ;

– Réaliser un travail spécifique sur le patrimoine « modeste », pour qu’une restauration sensée puisse se faire ;

– La reconstruction des douars (hameaux) doit se faire de manière raisonnée. Il ne s’agit pas de reconstruire tout ce qui a été démoli mais de reconstruire en utilisant des matériaux de construction locaux (terre, pierre, brique, bois, adobe…) tout en appliquant des dispositifs parasismiques.

Ci-dessous l’intégralité du rapport.