Offre Maroc hydrogène vert. Ce qu’il faut savoir sur les cinq investisseurs retenus
Près d’une année après la publication de la circulaire Offre du Maroc par le gouvernement pour le développement d’un investissement efficace et pesant, couvrant l’ensemble de la chaîne de valeur de la filière de l’hydrogène vert, une réunion du comité de pilotage, présidée par le chef du gouvernement, a dévoilé la sélection des cinq premiers investissements dans le cadre de l’Offre Maroc Hydrogène vert. La sélection des porteurs des six projets s’est faite selon une méthodologie transparente, avec un nombre de critères bien définis, selon Aziz Akhannouch.
Lors d’une intervention accordée durant le journal télévisé de la chaîne 2M, la ministre de la Transition énergétique et du développement durable a précisé que, depuis l’année dernière et jusqu’à cette année, un processus de sélection a été mis en place pour évaluer la solidité financière et technique des investisseurs. Ce processus concerne non seulement les projets liés à l’hydrogène vert, mais également les infrastructures associées, telles que les ports, les réseaux électriques, les gazoducs, les hydroducs, ainsi que les centrales de dessalement.
Leila Benali a expliqué que, dans cette première phase, des contrats de réservation de foncier d’une durée de six mois ont été négociés avec ce premier groupe d’investisseurs. Un deuxième groupe d’investisseurs entamera les mêmes discussions dans les deux prochains mois. Ces contrats permettent de s’assurer de l’engagement des parties prenantes et de poser les bases pour les étapes suivantes.
La deuxième phase consiste, pour chaque investisseur ayant signé un contrat de réservation de foncier, à entamer des études techniques détaillées. Ces études visent à recueillir les données nécessaires pour mettre en place les mesures adéquates et garantir une visibilité claire pour l’État marocain. Cette étape est cruciale pour permettre une flexibilité en cas de changements technologiques, de risques financiers ou de fluctuations économiques liés à ces projets.
La ministre a également souligné que la quarantaine d’investisseurs ayant manifesté leur intérêt pour le Maroc n’ont pas été éliminés. Les discussions et négociations sont toujours en cours, avec un retour d’expérience sur l’évolution des technologies concernées. Cette approche permet au Maroc de s’adapter aux avancées technologiques et de maximiser les opportunités dans le domaine de l’hydrogène vert et des infrastructures associées.
Premier consortium sélectionné : Ornx Green Hydrogen
Ornx est une coentreprise entre Ortus Power Resources, une société américaine qui a précédemment participé au développement du premier parc éolien au Maroc par le secteur privé, le parc éolien de Khalladi, situé dans la région de Tanger, et une autre coentreprise entre l’énergéticien espagnol Acciona et l’allemand Nordex, spécialisé dans la fabrication d’équipements pour les énergies renouvelables, notamment les éoliennes.
Créée en 2022, cette joint-venture vise à atteindre le stade prêt à construire pour ses premiers projets d’ici 2027, et prévoit une capacité de production de 500.000 tonnes d’hydrogène vert par an dans ses différents projets répartis aux États-Unis, en Amérique latine et en Afrique.
Au Maroc, Ornx a entamé, au cours des dernières années, des études de sites propices au développement des énergies renouvelables et, bien sûr, de l’hydrogène vert. Ornx opte pour la construction d’une plateforme d’hydrogène vert qui comprend trois sites de production d’électricité verte situés dans le désert du sud du Maroc, près de Boujdour, de Dakhla et de Laâyoune, ainsi qu’un site dédié au stockage et aux processus industriels près du port de Laâyoune.
Deuxième consortium : l’émirati Taqa et l’espagnol Cepsa
Ce consortium hispano-émirati vise la production d’ammoniac vert et de carburant industriel. En 2023, un article du journal en ligne « Sharq » a évoqué, citant des sources anonymes de l’entreprise Taqa, une intention du groupe émirati d’investir environ 10 milliards de dollars dans la construction d’une installation d’énergie renouvelable d’une capacité de 6 GW, dédiée à la production d’hydrogène vert dans la région de Dakhla-Oued Eddahab.
De son côté, l’énergéticien Cepsa a terminé l’année dernière dans une situation de tension avec le gouvernement espagnol, qui a tenté de rendre permanents les impôts spéciaux et temporaires qu’il avait approuvés en 2022, en raison de ce qu’il a qualifié de « profits exceptionnels » générés par la hausse des prix des hydrocarbures. Dans ce bras de fer, Cepsa a annoncé la suspension de ses investissements de 3 milliards d’euros dans des projets d’hydrogène vert à Carthagène (100 MW), à Tarragone (150 MW) et au Pays basque (100 MW). Cepsa a expliqué qu’elle préférait donner la priorité à son expansion internationale avec des projets sur d’autres continents, comme l’Amérique et l’Afrique, parmi lesquels figurait le Maroc.
Précédemment, Cepsa ambitionnait également de construire un hydroducte pour importer de l’hydrogène du Maroc vers la raffinerie de San Roque (Cadix). À l’époque, le PDG de Cepsa avait exprimé l’intérêt pour son groupe de produire, en premier lieu, de l’ammoniac vert et des biocarburants.
Troisième investisseur : le groupe saoudien Acwa Power
Le groupe énergéticien saoudien Acwa Power vise à produire de l’acier vert. Au Maroc, le groupe saoudien est l’opérateur de plusieurs projets d’énergie renouvelable, dont ceux de Khalladi, Noor Ouarzazate, Noor Laâyoune et Noor Boujdour.
À partir de ces projets stratégiques d’énergie renouvelable qu’Acwa Power a développés au Maroc, le groupe, lors du World PtX Summit 2024, a déclaré, à travers son directeur de l’hydrogène vert, Driss Berraho, qu’il disposait du capital humain nécessaire grâce au savoir-faire accumulé au Maroc. À ce stade, il est essentiel pour Acwa Power de sécuriser le foncier afin de pouvoir estimer les coûts et de traiter avec les clients potentiels sur le marché international.
Quatrième investisseur : l’entreprise marocaine Nareva
L’entreprise marocaine Nareva, filiale du holding Al Mada, a été la seule entreprise marocaine sélectionnée durant cette première réunion de pilotage. Au Maroc, elle a pu développer une dizaine de parcs éoliens, dont les plus importants en termes de capacité sont ceux de Tarfaya (301,3 MW) et de Midelt (180 MW).
L’année dernière, GE Vernova, l’ONEE et Nareva ont signé un mémorandum d’entente portant sur la réalisation d’une étude de faisabilité pour convertir la centrale thermique de Laâyoune de 99 mégawatts (MW), actuellement alimentée au fioul lourd, pour un fonctionnement à l’hydrogène, grâce à la fourniture de trois turbines à gaz GE Vernova à haute performance de type 6B, une première en Afrique.
Cinquième consortium : United Energy Group et China Three Gorges
Basée à Hong Kong et cotée en Chine, United Energy Group est une compagnie énergétique active en amont dans la production de pétrole et de gaz naturel, ainsi que dans les activités liées à l’énergie propre et au négoce d’énergie. L’activité hydrogène du groupe a commencé à être développée en 2023.
La deuxième partie du consortium correspond à China Three Gorges Corporation, largement reconnu comme le plus grand développeur et opérateur d’énergie renouvelable au monde. En 2023, le groupe a déclaré des actifs totaux de 190,6 milliards de dollars américains, avec une capacité installée de 146 GW dans 20 pays.
En septembre 2024, ce consortium chinois a signé un mémorandum d’entente avec le gouvernement jordanien pour un projet d’hydrogène vert visant la production annuelle de 200.000 tonnes d’ammoniac vert.
Ce qu’il faut retenir de l’hydrogène vert au Maroc :
- L’hydrogène vert pourrait devenir, dans le futur, la source énergétique la plus efficiente, tant par sa disponibilité que par sa propreté. Cependant, la R&D s’intéresse actuellement à améliorer la sécurité de son utilisation tout en augmentant sa rentabilité.
- Dans cette phase précoce de développement, le Maroc a pris la décision de ne pas rester en retrait et a choisi d’investir dans ce projet. Une fois les défis résolus, un grand tournant du secteur énergétique pourrait être amorcé, et ce sont les pays qui auront investi efficacement dans ce projet qui pourront en récolter les fruits.
- Lancée le 11 mars 2024, l’Offre Maroc pour l’hydrogène vert vise, à travers des mesures incitatives, à attirer les investissements les plus sérieux.
- Les cinq consortiums choisis devront signer, à la suite de cette sélection, des contrats de réservation de foncier.
- La deuxième phase consistera, pour ces investisseurs, en la signature d’un contrat d’étude de leurs projets.
- Durant les deux prochains mois, d’autres investisseurs seront choisis de la même manière pour débuter le processus tel que défini par la circulaire de l’Offre du Maroc.
https://medias24.com/2025/03/06/hydrogene-vert-5-investisseurs-marocains-et-mondiaux-selectionnes/
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