Comment le Maroc mise sur la technique des mâles stériles pour protéger ses agrumes

C’est à Agadir que des mâles stériles de cératite sont désormais produits pour protéger les vergers, au sein du Centre national de production de mâles stériles, opérationnel depuis octobre 2023. Le premier lâcher a été réalisé en septembre 2024.

En ligne de mire : la mouche méditerranéenne des fruits (Ceratitis capitata), l’un des ravageurs les plus redoutés des agrumes au Maroc.

Ses attaques entraînent chaque année une baisse des rendements, une hausse des coûts de production et des pertes économiques considérables pour les exportateurs.

Certaines campagnes ont vu jusqu’à 10% des volumes destinés à l’exportation rejetés.

À cela s’ajoutent les exigences phytosanitaires strictes imposées par plusieurs marchés importateurs, tels que la Russie, les États-Unis ou la Chine, qui représentent plus de la moitié des exportations marocaines d’agrumes.

La Technique de l’insecte stérile vient ainsi répondre à ces défis, réduire le recours aux produits chimiques et préserver la compétitivité du secteur.

Une alternative écologique aux pesticides

La TIS repose sur l’élevage de mouches mâles rendues stériles par irradiation avant de les lâcher dans la nature, nous explique Hassan Zouhry, directeur de la Fédération interprofessionnelle des agrumes (Maroc Citrus).

Ces mâles entrent ensuite en compétition avec les mâles sauvages, empêchant la reproduction et réduisant progressivement les infestations. Utilisée avec succès aux États-Unis, au Japon, en Espagne ou encore en Égypte, cette méthode est considérée comme une alternative écologique aux pesticides, répondant aux attentes des marchés d’exportation.

Le Maroc a introduit cette technique en 2008, en important des mouches stériles depuis un centre TIS à Valence (Espagne) pour une zone pilote de 5.000 hectares dans la région de Taroudant.

Trois ans plus tard, l’usage des traitements chimiques y avait été réduit de 25% à 50%. En 2017, une deuxième zone pilote a été lancée à Berkane, avec également des résultats concluants, précise notre interlocuteur.

62 MDH investis dans un centre de pointe

Le ministère de l’Agriculture a lancé, entre 2018 et 2020, la construction d’un Centre national de production de mâles stériles de cératite dans la province d’Agadir. Il s’agit du troisième centre de ce type au monde, après celui du Guatemala et celui de Valence, en Espagne, d’où le Maroc importait auparavant ses mouches stériles.

Doté d’un budget de plus de 62 millions de DH, ce centre a bénéficié du soutien technique de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) et de l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA). Sa gestion a été confiée à Maroc Citrus, en vertu d’une convention signée avec le ministère de l’Agriculture en septembre 2023. Le centre est devenu opérationnel en octobre 2023, avec un premier lâcher de mâles stériles réalisé en septembre 2024.

Selon Hassan Zouhry, le centre produit actuellement 20 millions de mouches stériles par semaine. « À terme, nous atteindrons une capacité de 130 millions de mouches stériles hebdomadaires », précise-t-il. Cette production vise à couvrir une superficie de 55.000 hectares.

Actuellement, la zone bénéficiaire des lâchers issus du centre se situe autour d’Ouled Berhil, dans la province de Taroudant, couvrant un total de 14.000 hectares.

À ce jour, une superficie nette de 5.500 hectares de plantations d’agrumes bénéficie des lâchers de mâles stériles, avec une densité moyenne de 2.000 individus par hectare. Les lâchers se font par voie terrestre, mais ils devraient bientôt être réalisés par avion, dès que les superficies concernées atteindront au moins 10.000 hectares.

Avec ses 40 employés (dont 4 ingénieurs et 7 techniciens), le centre d’Agadir positionne le Maroc comme le premier producteur de mouches stériles de cératite en Afrique et en Asie.

Greening des agrumes : une menace préoccupante pour la filière

« Il ne faut pas se demander sil apparaîtra, mais quand« , prévient le Dr Mamoudou Sétamou, entomologiste agricole spécialisé dans la gestion intégrée des ravageurs des agrumes. Pour ce professeur au Département des sciences agronomiques et des ressources naturelles de l’université du Texas, l’apparition au Maroc de la maladie HLB des agrumes, aussi appelée « greening des agrumes » [ou huanglongbing, maladie du dragon jaune en chinois, ndlr], n’est malheureusement qu’une question de temps.

En cause, la proximité de pays déjà touchés, l’intensification des échanges commerciaux et les changements climatiques qui augmentent le risque d’apparition de cette maladie bactérienne qui a déjà ravagé des milliers d’hectares d’agrumes à travers le monde. Face à ce danger latent, les professionnels du secteur ont appelé à un renforcement urgent des mesures de biosécurité, à l’occasion du 1er Congrès national des agrumes, organisé du 12 au 15 mai à Marrakech.

« Nous ne sommes pas encore conscients du danger qui nous guette au Maroc », déplore Kacem Bennani Smires, président de l’interprofession Maroc Citrus. « Nous sommes certes obsédés par la sécheresse qui nous a coûté très cher. Mais il faut également sensibiliser les autorités compétentes à ce sujet. Ce serait vraiment dommage de ne pas prendre les précautions nécessaires avant qu’il ne soit trop tard », insiste-t-il.

D’autant qu’aucun traitement n’est connu pour l’instant. Il s’agit d’une réalité pour l’industrie des agrumes, notamment en Floride, au Brésil et dans certaines régions d’Asie et d’Afrique. Cette maladie se propage par le greffage de matériel infecté, ainsi que par une bactérie (Candidatus Liberibacter) transmise par des insectes vecteurs, le psylle africain ou asiatique des agrumes. Le « greening des agrumes » se matérialise à travers les symptômes suivants :

– jaunissement asymétrique des feuilles (semblable à une carence en nutriments) ;

– fruits déformés, plus petits, au goût amer, qui ne mûrissent pas uniformément ;

– chute prématurée des fruits ;

– déclin progressif de l’arbre, pouvant mener à sa mort.

Toutefois, il est nécessaire de distinguer le HLB d’une carence nutritionnelle. « Cette dernière se manifeste par une décoloration symétrique des feuilles, alors que le HLB cause une marbrure asymétrique », indique le Dr Mamoudou Sétamou, en rappelant que c’est parfois très difficile de faire la différence, ce qui rend le diagnostic compliqué.

Le cycle biologique du vecteur asiatique commence par la ponte des œufs sur les jeunes pousses qui apparaissent en période de croissance. Le cycle complet, de l’œuf à l’adulte, prend environ douze à quinze jours. Autrement dit, pendant un cycle végétatif de quatre à six semaines, on peut avoir jusqu’à trois générations successives.

« Une seule femelle peut pondre jusqu’à 800 œufs, rendant la lutte extrêmement difficile. Le vecteur se nourrit de la sève de l’arbre, ce qui va l’infecter s’il s’agit d’un arbre malade, et il va ensuite transmettre la maladie à d’autres arbres », explique Mamoudou Sétamou.

Il n’y a pas encore de HLB au Maroc

En se voulant rassurant, un représentant de l’Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) assure que, « contrairement à ce qu’on peut entendre, il n’y a pas encore de HLB au Maroc ». Il souligne que les analyses effectuées dans les laboratoires du pays n’ont jamais révélé la présence de la bactérie, tout en insistant sur le fait que la filière des agrumes est autosuffisante en termes de plants, ce qui limite leur importation.

Un deuxième intervenant suggère que « les conditions climatiques du Maroc ne sont pas favorables au développement de la maladie, notamment parce que les températures peuvent dépasser les 40 °C ou 45 °C dans certaines régions, ce qui serait défavorable à la survie du vecteur ».

Ce à quoi le Dr Mamoudou Sétamou rétorque en indiquant qu’en cas de forte chaleur, « la bactérie se réfugie au niveau des racines lorsqu’il fait chaud, avant d’émerger quand la température baisse. Donc l’effet des fortes chaleurs sur la bactérie est temporaire ». Une chose est sûre, aucun traitement curatif n’est connu pour s’en débarrasser.

« Même les antibiotiques, utilisés dans certains pays, n’offrent qu’une protection temporaire ; les bactéries reviennent une fois le traitement arrêté. Pour lutter contre le vecteur, il faut détruire les arbres infectés ».

Les participants au panel soulignent que le Maroc n’est actuellement pas prêt à faire face à cette menace en raison de lacunes au niveau des systèmes de détection, des infrastructures de lutte et de la coordination entre les acteurs de la filière. Ils recommandent :

– une implication renforcée de l’État à travers des campagnes de sensibilisation pour les producteurs ;

– des programmes de formation pour les techniciens ;

– l’élaboration de plans d’urgence pour permettre une réaction rapide en cas d’apparition du ravageur ou de la maladie ;

– un maillage territorial efficace pour assurer une détection précoce.

La mobilisation de tous les acteurs professionnels et étatiques est essentielle pour éviter de reproduire les situations vécues par des pays comme les États-Unis, le Brésil ou l’Espagne, qui ont mis en place des stratégies nationales trop tardivement, avec de lourdes conséquences.

Congrès national des agrumes. La réponse scientifique de l’INRA aux défis climatiques

À l’heure où la filière agrumicole est fragilisée par la pénurie d’eau, débouchant sur un recul des superficies d’un tiers (30.000 hectares) et une concurrence internationale grandissante, la recherche agronomique devient un levier stratégique.

À l’occasion du Congrès national des agrumes, organisé par Maroc Citrus du 13 au 15 mai à Marrakech, Médias24 a échangé avec la directrice de l’Institut national de recherche agronomique (INRA), le Pr Lamiae Ghaouti. 

L’Institut joue un rôle clé dans le développement de variétés résistantes à la sécheresse, la gestion durable de l’eau et la lutte contre les maladies. Focus sur les solutions concrètes portées par la recherche pour accompagner les agriculteurs face aux défis climatiques.

Médias24 : L’INRA a-t-il développé des variétés d’agrumes plus tolérantes à la sécheresse ou aux conditions climatiques extrêmes ?

Pr Lamiae Ghaouti : L’INRA accompagne en effet l’ensemble de la filière dans le cadre de ses activités de développement variétal. De nouvelles variétés ont récemment été inscrites, notamment des variétés d’oranges, comme la Chamsiya, qui présente une excellente qualité organoleptique ainsi qu’un très bon rendement. Elle est greffée sur un porte-greffe résistant à la sécheresse.

Nous avons également développé la Gharbaouia et la Mahdiya, deux nouvelles variétés de mandarines à pépins. Il s’agit là de transferts technologiques récents vers le secteur agricole. Dans leur développement, l’accent a été mis sur la création de variétés en adéquation avec les contraintes actuelles, notamment les exigences de qualité, mais aussi les conditions de production de plus en plus difficiles, qu’il s’agisse de la disponibilité en eau, de la fertilisation ou des pratiques culturales techniques.

– Ces variétés sont-elles en cours de diffusion ?

– Elles ont été cédées au secteur privé afin qu’elles puissent être utilisées par des pépiniéristes, qui sont chargés de les multiplier. Avec l’un de ces pépiniéristes, la production devrait commencer au cours de cette année. C’est un transfert qui prend du temps, car il s’agit d’espèces arboricoles. Leur implantation et leur diffusion nécessitent une certaine durée avant que les arbres puissent être multipliés, puis transmis aux agriculteurs.

– Comment les résultats de ces recherches seront-ils transférés aux agriculteurs ?

– Le transfert vers les agriculteurs se fait principalement lors des événements organisés par l’INRA. Les journées portes ouvertes sont des moments clés, car elles permettent de réunir l’ensemble des agriculteurs ainsi que les partenaires de la filière. Ces journées ne servent pas uniquement à transférer des connaissances, mais aussi à échanger et à comprendre leurs problématiques. Nous recevons ainsi des remontées concrètes, ce qui nous permet de mieux adapter nos programmes et de prendre en compte leurs besoins.

Le transfert des résultats se fait déjà sur le terrain, notamment grâce à l’agriculture digitale et aux différents outils que nous mettons à la disposition des agriculteurs. Ce transfert se réalise à plusieurs niveaux, car l’agriculture, comme on le sait, est un secteur diversifié. 

Il existe une organisation professionnelle bien structurée, mais les agriculteurs ont des réalités différentes, selon qu’ils gèrent de grandes exploitations avec des moyens financiers et humains conséquents ou des exploitations plus petites. L’objectif est de généraliser ces solutions et de favoriser l’adoption des innovations par un maximum d’agriculteurs au sein de la filière.

– Quels sont les grands axes de recherche en cours, notamment en matière de lutte contre les maladies et les ravageurs ?

– De manière générale, le programme de recherche-développement en agrumiculture repose actuellement sur quatre axes majeurs. Le premier concerne le développement variétal, c’est-à-dire la mise au point de variétés résistantes et bien adaptées à leur environnement. Cela inclut la tolérance aux stress abiotiques, comme le stress hydrique, mais aussi aux stress biotiques, tels que les ravageurs et les maladies. Un autre axe fondamental porte sur l’optimisation des itinéraires techniques, qui est également cruciale. 

Dans ce cadre, l’utilisation de la lutte biologique ou de techniques alternatives aux pesticides devient essentielle pour le secteur agrumicole. C’est d’ailleurs dans cette optique que s’inscrit le défi de la transition agroécologique et écologique. Cela implique de continuer à lutter contre les problèmes phytosanitaires, mais en privilégiant des solutions intégrées et durables, en rupture avec les méthodes classiques.

– Quelles solutions sont explorées pour optimiser la gestion de l’eau dans les vergers agrumicoles ?

– L’objectif aujourd’hui est de faire évoluer l’agrumiculture vers un modèle à empreinte hydrique beaucoup plus réduite. Cela passe notamment par l’adoption de l’agriculture digitale, avec l’usage d’outils d’aide à la décision, de capteurs et de technologies permettant de raisonner l’irrigation.

L’idée est de connaître précisément les besoins en eau des arbres à des moments clés, afin d’adapter l’irrigation en conséquence et de valoriser chaque goutte d’eau. Dans cette optique, nous avons mis en place, au sein du centre de recherche agronomique de Kénitra de l’INRA, une plateforme dédiée à l’agriculture digitale, intégrant des capteurs et divers outils technologiques. 

Cette plateforme est accessible aux agriculteurs, notamment lors des journées de démonstration ou au cours de leurs visites dans le cadre des différents événements organisés par l’INRA.

Nous devons maximiser l’utilisation des sous-produits des agrumes

– Quelles sont les autres priorités de l’INRA pour la recherche agrumicole dans les années à venir ?

– Le développement variétal reste une priorité essentielle. Nous continuerons à travailler sur ce point pour nous assurer que nos variétés soient toujours adaptées aux besoins des agriculteurs, en mettant l’accent sur l’adaptation. En effet, l’objectif est d’avoir des variétés qui consomment moins de ressources tout en produisant davantage et mieux. La variété doit être le pilier de cette adaptation.

Deuxièmement, nous poursuivrons l’optimisation des itinéraires techniques. Chez certains agriculteurs, la maîtrise de ces itinéraires n’est pas encore optimale, et il est crucial de continuer à travailler sur des pratiques climato-intelligentes et climato-compatibles pour mieux s’adapter aux changements climatiques.

Un autre point clé est la valorisation en aval de la filière. Nous devons maximiser l’utilisation des sous-produits des agrumes, ainsi que la valorisation anti-gaspillage. L’idée est d’exploiter tous les dérivés des agrumes afin de transformer chaque ressource utilisée durant la production en valeur ajoutée à la fin du circuit de la filière. Cela permettra de rendre la filière plus durable et économiquement viable.

– En ce qui concerne les céréales, quelles sont les avancées réalisées pour développer des variétés plus résilientes en période de sécheresse ?

– Lors de notre journée portes ouvertes qui s’est tenue le lundi 12 mai à Tadla, nous avons organisé la première journée de démonstration de l’INRA, une véritable réussite pour l’année 2025. Plus de 35 variétés ont été exposées, couvrant les cultures céréalières, légumineuses et oléagineuses, avec un focus particulier sur la résistance et la tolérance à la sécheresse.

Parmi les variétés présentées, je peux citer la variété Jawahir de blé dur, qui est extrêmement résiliente et résistante à la sécheresse. Cette variété surpasse largement toutes les innovations que l’INRA a pu proposer jusqu’à présent. Nous devons aussi répondre aux besoins du secteur de la transformation agroalimentaire.
Par exemple, la variété Hammadi, qui a remporté le Grand Prix Hassan II au Salon international de l’agriculture 2025, possède un indice de jaune très élevé, ce qui la rend particulièrement adaptée à la fabrication de pâtes alimentaires et de couscous. En parallèle, l’orge est également un axe stratégique.

La variété Chiffa présente une graine nue, un rendement exceptionnel dans des conditions hydriques difficiles et une résilience éprouvée. Ces deux espèces, le blé dur et l’orge, sont non seulement des variétés résilientes, mais elles appartiennent à des filières céréalières capables de s’adapter aux conditions climatiques extrêmes et aux pénuries d’eau.

– Pour les autres cultures, l’INRA intervient-il également dans la production ou l’amélioration des semences notamment ?

– L’INRA mène différents programmes de recherche dans plusieurs secteurs stratégiques. En plus des filières céréalières, des légumineuses et des oléagineuses, nous intervenons aussi dans le développement des espèces d’arboriculture et des espèces maraîchères. Par exemple, l’accent est mis actuellement sur la pomme de terre, une filière clé au Maroc.

L’INRA s’investit donc dans toutes les cultures considérées comme stratégiques pour la génération future, avec un focus particulier sur l’implémentation de la Recherche, développement et innovation (RDI) qui joue un rôle crucial dans le transfert technologique pour les filières prioritaires. Mais il ne s’agit pas uniquement de consolider ces filières traditionnelles. 

Nous cherchons également à explorer des agricultures alternatives, comme l’agriculture biologique, agroécologique, ou encore l’agriculture de conservation. Un aspect essentiel de notre travail réside dans la gestion de l’eau, qui est cruciale pour faire face aux défis du déficit hydrique et de la résilience au stress hydrique. 

Ce n’est pas seulement une question de variété, mais également de sol. Nous utilisons par exemple la technique du semi-direct, qui permet de conserver l’eau dans le sol, en combinaison avec les variétés adaptées. Ce trio – plante, eau, sol – est fondamental dans nos stratégies pour valoriser les ressources hydriques disponibles, tout en respectant les spécificités des zones agroclimatiques.

À ce jour, nous avons inscrit huit variétés de figues de barbarie résistantes à la cochenille

– Concernant les figues de barbarie, où en est la recherche sur les variétés résistantes à la cochenille ?

– L’INRA se consacre activement à la conservation des ressources génétiques, et la figue de barbarie constitue un véritable patrimoine pour le Maroc. Nous en sommes particulièrement fiers et travaillons à sa valorisation et à son développement au niveau national. L’un des grands défis actuels concerne la cochenille, un ravageur. À ce jour, nous avons inscrit huit variétés de figues de barbarie résistantes à la cochenille.

Ces variétés sont également particulièrement adaptées aux conditions climatiques difficiles, notamment à la sécheresse et au déficit hydrique. La figue de barbarie, qui consomme moins de 100 millimètres d’eau par an, est donc une culture emblématique de la résilience agricole. Cependant, face aux stress biotiques tels que les ravageurs, il est crucial de développer des solutions pour les combattre efficacement.

C’est pourquoi l’INRA mène un programme de développement variétal de grande envergure. Au-delà de l’inscription des variétés, notre objectif est de multiplier les plants et de les transférer aux agriculteurs. D’ici 2030, nous visons à couvrir 20.000 hectares par an en figues de barbarie, avec une grande qualité, bien que nous soyons encore confrontés à certains défis.

Il est important de souligner que les agriculteurs sont de plus en plus demandeurs de ces plants. Mais il est essentiel de transférer ceux qui répondent précisément aux exigences locales des producteurs. Cela implique de bien expliquer les caractéristiques de chaque variété et de mieux comprendre les besoins des différentes régions.

Enfin, il est crucial de ne pas se reposer uniquement sur ces huit variétés existantes. L’INRA continue de travailler sur l’amélioration génétique de la figue de barbarie pour anticiper les défis futurs, car les problèmes de résistance évoluent constamment. Nous devons nous préparer à de nouveaux défis qui pourraient émerger.

– Le renouvellement des compétences scientifiques est un véritable enjeu. Qu’en est-il à l’INRA ?

– Le renouvellement des compétences scientifiques est un enjeu majeur pour de nombreuses institutions, et l’INRA n’y échappe pas. Nous attachons une grande importance à la jeunesse et à la formation des jeunes chercheurs. La relève est cruciale, et à ce titre, l’INRA met en place plusieurs initiatives pour encourager cette dynamique.

Nous avons notamment créé une pépinière de talents qui consiste à accueillir des doctorants au sein de nos institutions. Ces doctorants sont formés en collaboration avec des établissements tels que l’Institut agronomique et vétérinaire Hassan II et l’Ecole nationale d’agriculture de Meknès et d’autres universités marocaines. 

Les jeunes chercheurs doivent avoir les moyens de travailler dans de bonnes conditions et d’être véritablement moteurs du développement économique du Maroc

L’avantage de ce programme c’est que les jeunes sont directement impliqués dans nos programmes de recherche à moyen terme, ce qui leur permet de travailler main dans la main avec nos chercheurs. Cela les prépare à devenir des acteurs clés dans la recherche, en apportant des solutions technologiques innovantes pour l’agriculture au Maroc.

Ces jeunes chercheurs constituent l’avenir de notre institution. Nous recrutons donc principalement parmi cette pépinière de talents, mais nous ouvrons également des recrutements externes pour enrichir nos équipes. Il est également essentiel d’avoir une réflexion continue sur les compétences nécessaires à l’INRA pour réussir à atteindre les objectifs de la stratégie Génération Green et les ambitions que nous nous fixons pour 2030. Les ressources humaines de qualité sont au cœur de notre réussite, au même titre que les ressources financières.

– La recherche agronomique attire-t-elle les jeunes autant qu’auparavant ?

– Il est vrai qu’il y a encore un effort à déployer en ce sens. Bien que la recherche soit avant tout une passion, il est important de rendre ce domaine plus attractif, notamment en améliorant les carrières scientifiques, en offrant une meilleure reconnaissance et gratification. Les jeunes chercheurs doivent avoir les moyens de travailler dans de bonnes conditions et d’être véritablement moteurs du développement économique du Maroc. Nous devons donc continuer à investir dans l’attractivité de la recherche pour encourager davantage de jeunes à se lancer dans cette voie passionnante.

Congrès national des agrumes. Des vergers jeunes, mais une superficie en recul (recensement)

À l’occasion du Congrès national des agrumes, organisé du mardi 13 au jeudi 15 mai, le président de l’interprofession Maroc Citrus, Kacem Bennani Smires, a présenté le dernier recensement en date relatif à la filière agrumicole. Une filière qui a été particulièrement éprouvée par sept années de sécheresse consécutives, alors qu’en même temps, la concurrence à l’international s’accentue.

En termes de superficie, cette mise à jour du recensement des vergers d’agrumes, menée entre 2021 et 2025, révèle ce qui suit :

– Une baisse moyenne de 30% est enregistrée dans presque toutes les zones.

– À Marrakech-Safi, il y a une stabilité grâce à l’adoption de la variété Nadorcott.

– La zone agrumicole du Souss connaît une grande perte en termes de superficie.

Au total, le recul de la superficie est estimé à 40.000 hectares lors de la dernière décennie. La tendance baissière concerne les petits fruits à hauteur de 33%, et les oranges à 22%. Cela s’explique par des facteurs structurels, à l’instar de la sécheresse persistante qui a entraîné une baisse des apports en eau des barrages.

En dépit de la pénurie d’eau dont souffre la filière dans différents bassins de production, il s’avère que les vergers d’agrumes présentent des atouts, car ils sont assez jeunes. Près de 70% des plantations ont entre 5 et 20 ans et sont pleinement productives. Les jeunes plantations (moins de 10 ans) représentent 22% du total. Cependant, 15% des vergers ont plus de 40 ans, ce qui pourrait affecter les rendements à moyen terme.

En somme, malgré la perte d’environ 40.000 hectares en dix ans, plusieurs signaux sont encourageants :

– Un verger globalement plus jeune et équilibré.

– Une dynamique d’exportation favorable pour les petits fruits (4ᵉ exportateur mondial).

– La variété Nadorcott, bien que minoritaire (10% des superficies), assure 50% des exportations.

– Un appui étatique au secteur à travers des subventions ciblées.

Une conjoncture internationale favorable avec la baisse de production au Brésil, en Floride et aux États-Unis.

Mais les défis à surmonter sont nombreux :

– Un stress hydrique croissant.

– La baisse des marchés traditionnels comme la Russie.

– Une diminution des rendements, surtout pour les oranges.

– Une forte dépendance à l’exportation des petits fruits.

Pour obtenir ces résultats, l’étude s’est appuyée sur une enquête terrain couvrant 68.033 hectares, avec un focus particulier sur les grandes exploitations. Cette base a permis d’estimer l’évolution des superficies régionales et variétales, puis d’extrapoler les résultats aux exploitations non enquêtées.

Primes à l’export pour les agrumes : ce qu’il faut retenir du nouveau dispositif

Conformément à cet arrêté, l’État accorde une prime forfaitaire de 1.000 dirhams par tonne pour les exportations d’agrumes frais par voie terrestre et/ou maritime, à destination des pays membres de l’Union européenne, du Royaume-Uni ainsi que des pays africains. Cette subvention est applicable à toutes les variétés d’agrumes, à l’exception de la Nadorcott, qui est exclue du champ d’éligibilité, quelle que soit la destination.

Il convient de noter que cette prime de 1 dirham le kilo avait déjà été décidée et annoncée il y a plusieurs mois. Toutefois, cet arrêté en fixe les modalités d’application et acte son entrée en vigueur.

L’aide est attribuée exclusivement aux unités de conditionnement exportatrices disposant d’un agrément valide, ayant réalisé des exportations effectives lors de la campagne concernée. Elle est soumise à un plafond de quantité annuelle éligible.

Ce plafond évolue selon le calendrier suivant :

Dans ce contexte, Médias24 a contacté Kacem Bennani Smires, président de la Fédération interprofessionnelle marocaine des agrumes (Maroc Citrus), pour apporter un éclairage.

Interrogé sur la conformité juridique d’un tel dispositif au regard des règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et des principes de concurrence, notre interlocuteur assure que cette aide entre dans le cadre des mécanismes autorisés et ne constitue en aucun cas une distorsion aux règles du commerce international.

« Cela a toujours existé. Les primes à l’export, d’une manière ou d’une autre, ont toujours existé, chez nous comme chez les autres pays, dans le respect des règles internationales. Le grand changement, c’est qu’avant, le soutien était fait en fonction différentielle par rapport à une année de référence. Ainsi, on ne pouvait pas évaluer pendant la saison quel allait être le montant de la subvention. Donc, il n’avait pas vraiment d’impact sur la partie commerciale », explique-t-il.

« Quand on calculait le prix, on ne savait pas à l’avance si la subvention allait être de 10 centimes, 20 centimes, 30 centimes… Donc, on ne pouvait pas la prendre en considération. Et donc ce n’était pas très efficace. On avait bataillé quand on a re-signé le nouveau contrat-programme pour changer à une méthode au kilo. Là, on sait que pour tout ce qu’on exporte en Europe, en dehors de la Nadorcott, on touche 1 dirham par kilo à hauteur de 65.000 tonnes pour la première année », poursuit notre interlocuteur.L’objectif, c’est avant tout de redonner un coup de pouce aux exportations d’oranges, mises sous pression par la concurrence égyptiennePour Kacem Bennani Smires, ce dispositif dépasse la simple logique d’aide financière. Il s’inscrit dans une dynamique qui pourrait, selon lui, redynamiser un écosystème mis sous tension par la concurrence égyptienne et la contraction des campagnes d’exportation.

« L’idée principale, c’est surtout d’essayer d’encourager l’exportation des oranges qui sont mises à mal par la compétitivité de l’Égypte. Cette situation fait que la saison des agrumes s’arrête pratiquement à la fin de la Nadorcott. En conséquence, les stations de conditionnement travaillent 5 mois au lieu de 7 à 8 mois, ce qui affecte leur rentabilité et a un impact social direct sur les ouvriers des stations. C’est le premier bénéfice attendu du nouveau dispositif », indique-t-il.

« Le deuxième, c’est que quand on exporte, on génère des écarts de triage, qui sont plus accessibles pour les usines d’écrasement. Cela, c’est un autre avantage indirect de l’export. Et le troisième bénéfice, c’est que, quand on exporte, on cueille plus tôt. Et quand on cueille plus tôt, on donne plus de chance à l’arbre de se régénérer, pour avoir un meilleur rendement l’année d’après. C’est un des points les plus importants. Plus les agriculteurs gardent leur production sur l’arbre, plus ils arrivent à vendre à des prix plus élevés la première année. Mais l’année suivante, l’arbre est fatigué, il perd en rendement. Et la troisième année également, et ainsi de suite… À la fin, les arbres finissent par perdre leur capacité de production. Et donc le rendement baisse. Et quand le rendement baisse, le prix de revient au kilo devient beaucoup plus élevé. C’est une sorte de cercle vicieux qu’il faut qu’on arrive à casser pour améliorer notre rendement », explique notre interlocuteur.

Une bonne nouvelle, mais…

Ce dispositif de soutien à l’exportation constitue une bouffée d’oxygène pour la filière des agrumes, dans la mesure où il vise à renforcer sa compétitivité sur les marchés internationaux. Toutefois, selon notre interlocuteur, s’il s’agit incontestablement d’un signal positif, cette mesure ne saurait, à elle seule, résoudre les défis structurels de compétitivité auxquels fait face le secteur. En ligne de mire : la concurrence de plus en plus forte de l’Égypte, portée notamment par la dévaluation de sa monnaie, qui lui confère un avantage compétitif difficile à compenser par une simple subvention.

« C’est une bonne nouvelle, mais cela ne résout pas tout. En raison de la dévaluation de leurs monnaies, l’Égypte et la Turquie restent nettement plus compétitives que nous, y compris avec le soutien dont on va bénéficier. Mais ce dispositif va quand même nous aider un petit peu », conclut-il.

Par ailleurs, il est à noter que lorsque les exportations nationales totales restent inférieures ou égales au plafond défini, chaque unité bénéficie d’un soutien calculé sur l’intégralité de ses exportations. En revanche, si les quantités exportées à l’échelle nationale dépassent ce plafond, l’aide est attribuée au prorata de la part de chaque unité dans le volume total exporté.

Marrakech accueillera le 1er Congrès national des agrumes du 13 au 15 mai

Pendant trois jours, les acteurs majeurs de la filière agrumicole (producteurs, conditionneurs, transformateurs, exportateurs, chercheurs, industriels et institutionnels) se rassemblent pour réinventer ensemble l’avenir des agrumes marocains, indique Maroc Citrus dans un communiqué.

L’un des temps forts du congrès sera la présentation en avant-première des résultats du recensement et de la cartographie du verger agrumicole marocain. Il s’agit d’un travail de fond mené par Maroc Citrus, qui servira de base à l’analyse stratégique et à la prise de décision sectorielle, précise la même source.

Ce rendez-vous, qui se tiendra sur le thème « Challenges multiples sur la filière des agrumes : quels leviers pour agir ? », promet d’être un espace d’échange entre tous les acteurs de la chaîne agrumicole, une tribune scientifique pour partager les derniers résultats de la recherche et une plateforme de concertation pour bâtir une feuille de route ambitieuse et réaliste.

Selon les organisateurs, ce congrès inédit est né d’un constat clair : la filière agrumicole traverse une période décisive. Entre changements climatiques, stress hydrique, augmentation des coûts de production, raréfaction de la main d’œuvre et concurrence internationale accrue, il devient urgent de réfléchir, d’agir et d’innover.

Agrumiculture. Entretien avec Kacem Bennani-Smires, le nouveau président de Maroc Citrus

Maroc Citrus a un nouveau président. Après quatorze ans, Moulay M’hamed Loultiti cède le fauteuil de l’interprofession à Kacem Bennani-Smires.

L’organisation interprofessionnelle est le porte-parole des acteurs de la filière agrumicole et ses associations, ainsi que l’interlocuteur des pouvoirs publics. Elle comprend l’association des producteurs (ASPAM), des emballeurs (ASCAM), des développeurs de plants (AMAPAC), de l’industrie du jus (AMITAG) et des exportateurs (Citrus export).

« Elle a été créée en 2009 et a été portée par Moulay M’hamed Loultiti que je remercie sincèrement pour son engagement et son abnégation », nous déclare le nouveau président. « Il a su mener à bien plusieurs projets importants pour la filière agrumicole marocaine, qui est non seulement une filière historique, mais elle est aussi importante pour l’économie du pays, pour l’employabilité, pour la consommation locale ».

Kacem Bennani-Smires reprend les rênes de l’interprofession dans un contexte pour le moins difficile. Sécheresse chronique, baisse du rendement, concurrence sur le marché de l’export, désorganisation du marché local… pour ne citer que ces problématiques.

Quel est l’état des lieux actuel ? Quelles sont les pistes pour surmonter ces difficultés ? Et quelles sont les priorités de son mandat ? Réponses dans cet entretien avec le nouveau président de Maroc Citrus.

La campagne d’exportation a été une petite campagne en raison des conditions climatiques

Médias24. Comment s’est déroulée la campagne d’exportation ?

Kacem Bennani-Smires. La campagne n’est pas encore terminée. Il reste encore à peu près 20% de la variété « nadorcott » à exporter et la quasi-totalité des exportations des oranges de type « Maroc late ».

Mais on peut déjà dire que nous expérimentons une petite saison pour la deuxième année consécutive. Au 15 février 2024, nous étions à 325.000 tonnes contre 350.000 t de volume d’export l’année précédente. À titre de comparaison, nous étions à la même période, durant la saison 2021-2022, à 510.000 t de volume exporté. Ce qui représente une baisse de 36%.

Il faut savoir que la production des agrumes alterne entre une année de production importante, suivie d’une année à faible production. Deux saisons successives avec une production basse s’expliquent par le facteur du réchauffement climatique et la sécheresse. L’extrême chaleur de l’été 2023 a impacté négativement la floraison, et le manque de pluie a eu des conséquences dramatiques. Plusieurs vergers sont perdus.

C’est donc une campagne faible en termes de rendement. Les prix sont bons par rapport aux prix habituels, mais la recette ne compense pas le manque de volume.

– Une certaine hostilité européenne contre les produits marocains se fait ressentir. Les agrumes sont-ils concernés ?

– Les producteurs espagnols et français ont manifesté leurs mécontentement vis-à-vis de leurs gouvernements. Ils ont pris en otage des chargements de produits transitant par leur territoire. Les agriculteurs français ont ciblé aussi bien les produits marocains que les produits espagnols.

Je dirais que l’agressivité de ces manifestants est sélective, et concerne les spéculations qui mettent à mal leur compétitivité. Les agrumes n’ont pas particulièrement été au centre de cette bataille.

– L’actuelle campagne ne rencontre donc pas de problèmes particuliers sur les marchés extérieurs…

– Je n’ai pas dit cela. Le métier a ceci d’extraordinaire, c’est qu’aucune saison n’est semblable à une autre, et les problématiques qui surviennent sont parfois inattendues.

Cette année, les événements géopolitiques entre la guerre de l’Ukraine et celle d’Israël, trois difficultés se sont dressées devant l’origine Maroc : l’inflation des intrants et des moyens logistiques, la fermeture du Canal de Suez et le blocage de l’accès aux marchés du Moyen-Orient et de l’Asie, la compétitivité face à des marchés européens saturés.

– Dans ce contexte, comment se présente la prochaine campagne ?

– Difficile de se prononcer maintenant. Les conditions climatiques sont importantes, tout autant que l’état du verger. Nous avons subi la sécheresse plusieurs saisons d’affilée. En conséquence, nombre de vergers ont manqué d’eau.

Si l’on regarde par la fenêtre des contraintes, on peut lister la faiblesse des rendements induite par la sécheresse, la situation financière des producteurs mise à mal par deux années successives de maigres résultats, le choix variétal des vergers adultes, la jeunesse d’une bonne partie des vergers d’oranges pas encore productifs…

Et si l’on se tourne du côté des opportunités, la filière repose sur trois socles : l’export, le marché local et l’industrie. Le contexte global en en mutation et ces socles gagnent à être renforcés.

Le marché russe a été accaparé par l’Égypte et la Turquie, avec des prix défiant toute concurrence

– Ces évolutions n’imposent-elles pas un changement de modèle économique pour les agrumes ?

– Pour le cas de l’export, nous devons trouver le moyen de prolonger la campagne pour que les stations de conditionnement puissent travailler plus longtemps, pour pérenniser nos marchés, et pour asseoir la présence de l’origine Maroc dans les pays destinataires et contrecarrer la concurrence internationale.

Le Maroc a perdu des parts de marché importantes en Russie, qui absorbait plus de 50% de l’export national. La clémentine turque et l’orange égyptienne, dont les prix défient toute concurrence, ont détrôné les agrumes marocains.

Le Maroc se benchmark avec l’Espagne sur la partie ‘service et satisfaction client’. L’Espagne est commercialement mieux organisée. Nous ciblons donc les mêmes marchés que l’Espagne, puisque nous restons compétitifs.

Notre challenge actuel est de nous positionner sur l’export des oranges. Nous espérons que le contrat-programme nous aidera sur ce volet. Nous savons que des superficies importantes ont été plantées en oranges. Elles devraient entrer en production prochainement. C’est une bonne nouvelle pour tous, producteurs et consommateurs.

Des stations de conditionnement ferment

– En quoi est-ce important de se positionner sur le marché des oranges ? Cela permettra-t-il de compenser les pertes sur d’autres marchés comme la Russie ?

– Actuellement, la campagne des clémentines et mandarines s’étale de novembre à mars au mieux. La principale variété d’orange, la Maroc late démarre en mars et se poursuit jusqu’à juin. Actuellement, le disponible en orange est très limité et se positionne principalement sur le marché local. C’est donc difficile pour une station de conditionnement d’amortir tous ses coûts sur cinq mois. D’ailleurs, plusieurs stations de conditionnement ont arrêté définitivement leur activité ces deux dernières années, parce qu’il n’y avait pas assez de production et qu’elles ne travaillaient pas assez longtemps.

Avec l’entrée en production des vergers additionnels d’oranges, on pourra reprendre l’export et dynamiser tout le secteur : prolonger l’activité des stations de conditionnement, alimenter le marché local avec plus de produits, fournir plus d’écarts de triage aux usines à jus et libérer les arbres plus vite. Tout cela favorisera le cercle vertueux de la productivité et de la compétitivité. Les arbres seront reposés et pourront produire plus et mieux la saison suivante.

Le problème des prix sur le marché intérieur réside dans la chaîne de distribution

– Que répondez-vous à ceux qui disent qu’il faut arrêter ou réduire l’export pour faire baisser les prix du marché local ?

– Prenons l’exemple de la tomate. S’il n’y avait pas d’export, le prix de la tomate serait beaucoup plus élevé pour le consommateur marocain. En clair, l’export subventionne le marché local. Pour ce qui est des agrumes, et en ce qui concerne les clémentines et mandarines, le schéma est le même que pour la tomate.

Nous exportons très peu d’oranges et, pourtant, le prix de l’orange pour le consommateur marocain est élevé. Le problème des prix sur le marché local réside essentiellement dans la chaîne de distribution et dans la rareté du produit.

Nous allons cartographier l’ensemble du verger national

– Vous avez évoqué plus haut les pertes de vergers. Nous savons qu’il y a eu beaucoup d’arrachages. Vous avez également parlé de fermetures de stations. Quelle est l’évaluation des pertes subies dans le secteur ?

– Ce que je peux vous dire, c’est que nous avons perdu beaucoup d’hectares. Au pic de la croissance de la filière, nous avions atteint près de 130.000 ha d’agrumes. Cette superficie a baissé à 104.000 ha selon un recensement effectué en 2021.

Il est certain que cette superficie a régressé depuis. Nous savons que des arrachages ou des abandons de plantations, par manque d’eau et de rentabilité, ont eu lieu. Mais le plus important est de connaître l’état de santé de ce verger.

De ce fait, il est nécessaire de faire un état des lieux pour comprendre comment le verger agrumicole marocain a évolué depuis le dernier recensement, lequel nous avait donné deux bonnes nouvelles.  Nous avons désormais un verger équilibré avec 50% d’oranges et 50% de mandarines et clémentines. C’est un nouvel atout dont le pays ne disposait pas auparavant. L’autre bonne nouvelle, c’est que ce verger est plus jeune. Il y a eu un fort rajeunissement après le Plan Maroc vert. Un verger jeune est plus productif.

D’ailleurs, le premier exercice que Maroc Citrus va entamer rapidement est le scanning du verger national pour mettre à jour sa cartographie qualitative et quantitative. Nous avons besoin de connaître le potentiel actuel du Maroc afin d’adapter la stratégie. C’est un travail qui va être lancé dans les semaines qui arrivent.

– Ce qui nous amène à évoquer votre programme à la tête de Maroc Citrus. Quelles sont vos priorités ?

– Le rafraîchissement des données que nous avons sur le verger est une priorité, car cela nous permettra de mieux étudier le support nécessaire à la filière, et de mieux discuter avec les autorités les mesures nécessaires à la pérennité des agrumes marocains. Le Crédit Agricole et l’État ont beaucoup investi dans cette filière. Il est du devoir de tous de se battre pour sa préservation.

L’autre priorité est d’opérationnaliser le contrat-programme déjà signé. Cela dit, le monde a changé. Et ce contrat a été étudié bien avant le Covid, la guerre de l’Ukraine et celle au Moyen-Orient. Il y a eu beaucoup d’évolutions entre-temps. Nous avons besoin de renouvellement et de rafraîchissement pour relancer la filière. Cette relance passe, entre autres, par un soutien à l’export pour que nous puissions nous battre contre nos concurrents.

Nous avons également trois sujets majeurs : améliorer notre organisation commerciale à travers des formations ciblées, professionnaliser la main-d’œuvre en accompagnant les sociétés spécialisées et intégrer la démarche durable dans tout le process de production et d’exportation pour aligner la filière sur la feuille de route nationale sur le climat. Le Maroc est signataire des Accords de Paris. Chacun de nous doit participer à l’atteinte des objectifs globaux.

Les trois piliers de la filière sont l’export, le marché local et l’industrie de transformation

–  Autrement dit, une subvention de l’État ?

– Comme, je l’ai dit précédemment, L’objectif est de développer la filière. Celle-ci a besoin de ses trois piliers que sont l’export, le marché local et l’industrie de transformation.

Notre benchmark actuel est l’Espagne. Face à elle, nous avons à l’avantage la qualité gustative de nos clémentines et de nos mandarines, mais nous avons besoin de moyens afin de mettre à niveau nos stations de conditionnement et améliorer notre compétitivité logistique. Nous devons également accompagner nos producteurs dans la recherche et développement à tous les niveaux.

– Et pour le marché local et l’industrie ?

Sur le marché local, l’enjeu est l’organisation. Et cette organisation ne concerne pas que les agrumes. C’est un problème général pour les fruits et légumes. Nous en parlons depuis des décennies. Un exemple m’a été donné par un de mes collaborateurs : « Nous avons vendu la mandarine des écarts de triage export à 1,50 DH le kg, départ station, et nous la retrouvons sur les charrettes à 8 DH. C’est injuste pour le producteur, et c’est injuste pour le consommateur. Il y a un grand travail à faire là-dessus.

Pour l’industrie du jus – un pilier incontournable pour la profession –, elle permet de retirer du marché local les fruits à défauts externes et de valoriser la totalité de la production. Pour son développement, il est impératif d’exporter, car ce sont les écarts de stations vendus à prix compétitifs qui peuvent leur permettre de fonctionner.

– Le mot de la fin ?

– Malgré toutes les contraintes citées précédemment, je reste confiant que la filière peut se battre pour se développer en se concentrant sur ses fondamentaux. Il est de notre devoir de nous battre pour cette filière historique pour le Maroc.

Notre énergie se portera sur tous les objectifs atteignables, mêmes s’ils sont challengeant. Et comme disait Marc Aurèle : « Que la force me soit donnée de supporter ce qui ne peut être changé, et le courage de changer ce qui peut l’être, mais aussi la sagesse de distinguer l’un de l’autre ».

Kacem Bennani Smires nouveau président de Maroc Citrus

Kacem Bennani Smires succède à Moulay Mhamed Loultiti en tant que président de Maroc Citrus, précise un communiqué de Delassus Group, que préside M. Smires.

Cette organisation regroupe cinq associations professionnelles représentant l’ensemble des maillons de la filière agrumicole, à savoir :

– l’Association marocaine des producteurs de plants d’agrumes certifiés (AMAPAC) ;
– l’Association des producteurs d’agrumes du Maroc (ASPAM) ;
– l’Association des conditionneurs d’agrumes du Maroc (ASCAM) ;
– l’Association marocaine des industries de transformation des agrumes (AMITAG) ;
– l’Association marocaine des exportateurs d’agrumes (CitrusExport).

La filière agrumicole fait face à une crise structurelle, voici les pistes de sauvetage

L’optimisme né des avancées majeures réalisées par le Plan Maroc Vert (PMV) dans le cadre de la filière agrumicole est aujourd’hui à conjuguer au passé. L’un des fleurons de l’agriculture marocaine traverse une crise structurelle qui impacte fortement les performances en matière de production, d’exportation et de transformation.

A la base de ce triptyque autour duquel s’articule la filière des agrumes au Maroc, le processus de production est contrarié par des conditions climatiques marquées par plusieurs années de sécheresse successives. Le réchauffement climatique et ses conséquences sont désormais bien là. A tel point que les rendements moyens sont en baisse, au même titre que les superficies cultivées, à cause de l’arrachage des arbres. 

En conséquence, les exportations des produits agrumicoles ont chuté quasiment de moitié lors des deux dernières campagnes. Une brèche dans laquelle les concurrences turque et égyptienne se sont engouffrées pour grignoter des parts de marché, propulsées par des dévaluations successives et des politiques agricoles avantageuses. 

Les secteurs de la transformation et du conditionnement ne se portent pas mieux. La faible utilisation des capacités d’écrasement pour produire du jus est déplorée par la profession, et peut être améliorée par les pistes proposées par les professionnels.

Cette année, plusieurs unités de conditionnement, indispensables à l’export, ont mis la clé sous la porte. Celles qui résistent encore à la crise dépendent d’une courte période d’activité de 4 à 5 mois par an.

Arrachage et abandon de verger 

Dans le contexte actuel, marqué par des conditions climatiques extrêmement défavorables, la pérennité du développement de la filière agrumicole est menacée. La mise en place du Plan Maroc Vert avait permis d’augmenter la superficie agrumicole de 45.000 ha, passant de 85.000 en 2008 à 130.000 ha en 2020. Sauf que les dernières années sèches ont mis à mal ce développement. 

Pis, l’investissement et les efforts consentis sont tombés à l’eau par manque de… ressources hydriques. « A cause de la diminution des ressources en eau destinées à l’irrigation dans les régions de production, plusieurs agriculteurs ont dû opter pour l’arrachage des arbres. C’est un véritable gâchis« , déplore une source professionnelle. 

Selon nos informations, environ 35.000 ha d’agrumes ont été arrachés ces dernières années, ramenant de fait la superficie agrumicole en dessous des 100.000 ha. Cette diminution des superficies aurait pu être compensée par une amélioration des rendements. Or, les professionnels subissent également une baisse de ces derniers.  

Plusieurs raisons sont avancées. Au-delà d’une maîtrise imparfaite des itinéraires techniques et des rendements faibles des anciens vergers, dans la région de Souss-Massa, où est concentrée la majorité des capacités de production agrumicole, les phénomènes climatiques successifs ont eu de graves répercussions.

Des conditions climatiques moins favorables

Outre un déficit pluviométrique et des dotations à l’irrigation à partir des barrages en baisse, les épisodes caniculaires à répétition, survenus plus tôt que d’habitude, ont impacté les rendements et la qualité des fruits. Contacté par Médias24, un ingénieur agronome, au plus près des vergers, explique que dans le Souss, des phénomènes climatiques extrêmes ont perturbé le cycle de production des agrumes. 

« Ces conditions ont principalement impacté le calibre des fruits. Il y a aussi eu un phénomène de dessèchement des fruits de l’intérieur. C’est ce que l’on appelle la granulation, notamment sur les variétés précoces de clémentines », précise notre source. Et de lister les vagues de chaleur et leur impact sur les agrumes, dans la région Souss-Massa en particulier : 

– Du 24 au 28 avril : une première vague de chaleur est intervenue lors de la floraison, stade le plus sensible. Quand il y a de fortes températures, les arbres sacrifient en premier les fleurs. 

« Dans un premier temps, les producteurs ont vu le côté positif en pensant que les fleurs qui tombent permettraient d’apporter un équilibre à l’arbre, car la floraison avait été abondante. Mais par la suite, au moment de la formation des fruits, nous avons remarqué une baisse du rendement. »

– Du 8 au 10 mai : une seconde canicule s’est abattue sur la région du Souss. Cela a causé la brûlure de 15% des fruits à cause des coups de soleil. 

– Du 24 au 28 juin : cette troisième vague de chaleur a eu pour conséquence la chute des fruits, et donc une baisse de rendement en perspective.

– Du 9 au 26 août : cette quatrième vague de chaleur, qui a duré près de deux semaines, a été marquée par un record de températures (51°C). Elle a freiné le développement des calibres et causé la chute de quelques fruits (variétés Nadorcott et Nour). 

– Du 1er au 17 octobre : une cinquième vague de chaleur a été enregistrée. Elle a eu des effets négatifs sur la peau du fruit. Au début, la peau est épaisse. Mais plus le fruit se remplit de jus, plus la peau s’amincit. De fait, il y a des brûlures sur la peau du fruit à cause de la chaleur et des coups de soleil. 

– Enfin, la tempête et les vents violents qui ont touché l’ensemble du Royaume, y compris le Souss, ont fait des dégâts sur la variété Nadorcott. 

« Par le passé », reprend notre interlocuteur, « la hantise des producteurs était que les vagues de chaleur soient enregistrées lors du mois de juin. Cette année, elles ont commencé dès le mois d’avril, ce qui a poussé l’arbre à s’adapter et à se délester de ses fleurs ». 

L’autre problématique relative aux rendements moyens des agrumes réside dans des pratiques loin d’être optimales. Pour approvisionner le marché local, « on cueille le plus tard possible. Sauf que selon des experts, cette technique pénalise les rendements de l’année suivante », souligne une source professionnelle. 

Une concurrence acharnée à l’export 

Plus de la moitié de la production marocaine d’agrumes est destinée à l’export, en particulier vers l’Union européenne. Grâce à des variétés de petits fruits (clémentine, mandarine) d’une qualité supérieure, le Maroc s’est fait une place de choix au sein d’un marché mondial des agrumes ultra concurrentiel. 

En plus de l’Espagne, auquel la position géographique assure une position dominante sur le marché européen, le Maroc est désormais concurrencée par l’Egypte et la Turquie sur les marchés russe et du Moyen-Orient. C’est également le cas sur le marché européen, mais principalement concernant les oranges. 

Pour les professionnels du secteur, ces pays sont avantagés par rapport au Maroc car ils bénéficient non seulement d’une monnaie dévaluée qui garantit des prix assez bas, mais aussi d’un coût de production inférieur à celui assuré par les producteurs marocains, en plus de subventions logistiques à l’export.

Résultat : l’objectif d’exportations fixé dans le cadre du contrat- programme ne semble pas réalisable en l’état. Cet accord, signé en avril 2023 par le ministère de l’Agriculture et la Fédération interprofessionnelle marocaine des agrumes (Maroc Citrus), prévoit d’atteindre 1 million de tonnes d’agrumes exportés contre 450.000 tonnes enregistrés lors de la précédente campagne. 

Aussi étonnant que cela puisse paraître, le Maroc est l’un des principaux producteurs d’agrumes dans le monde, mais importe du concentré d’oranges d’Egypte. Un flux commercial facilité par les accords de libre-échange qui unissent les deux pays mais qui complique le développement et le renforcement des capacités de traitement des unités de transformation des agrumes. 

D’ici 2030, le Maroc espérait atteindre un taux de transformation de 10% de la production agrumicole totale, contre environ 2% actuellement, soit une capacité de transformation additionnelle de 100.000 T/an. Cependant, la filière prend le chemin inverse. 

En somme, la crise traversée par la filière agrumicole est multifactorielle. Agir pour réduire le pouvoir de nuisance d’un de ses facteurs risque d’être insuffisant. L’idéal serait d’agir de manière transversale. D’autant que les solutions ne manquent pas, telles que celles prônées dans le contrat-programme de la filière. 

Pour y parvenir, les rendements moyens devront également être améliorés à travers une meilleure utilisation des ressources en eau disponibles, via notamment des subventions destinées au renouvellement partiel des équipements de l’irrigation localisée. 

La profession demande des subventions à lexport

Concernant les problématiques liées à l’exportation, l’Etat s’est justement engagé, dans le cadre du contrat-programme, à accorder des nouvelles aides pour les exportations basées sur des niveaux différenciés selon le type de produit oranges et petits fruits.

« La subvention à l’exportation permettra aux exportateurs marocains dêtre plus compétitifs et améliorera le rendement. Les exportateurs procèdent à une cueillette précoce et ne pénalisent pas les rendements de la campagne suivante. Rien quavec cette mesure, on peut gagner 20 T/ ha pour les oranges et 10 T/ha pour les clémentines », assure une source professionnelle.

Booster l’export règle plusieurs problèmes à la fois et rééquilibre le fonctionnement du secteur : il y aura un étalement du calendrier qui engendrera à son tour la hausse du taux d’utilisation des stations de conditionnement, permettra la mise à niveau des équipements et l’augmentation des taux d’occupation des stations en le doublant, passant de 4 à 8 mois.

Il est également prévu par l’Etat et Maroc Citrus de sensibiliser et d’accompagner les opérateurs pour investir dans le secteur de la transformation et mettre en place un mécanisme permettant de garantir un approvisionnement minimum des unités d’écrasement.

En ce sens, il sera nécessaire de conclure un accord interprofessionnel ou une convention entre l’Association des conditionneurs d’agrumes du Maroc (ASCAM) et l’Association marocaine de l’industrie de transformation des agrumes (AMITAG) fixant les modalités pratiques d’approvisionnement de ces unités en écarts de triage et les engagements de chaque partie. Sans oublier d’encourager l’agrégation autour des unités de transformation des agrumes et de promouvoir la consommation du jus de petits fruits.