Conformément à cet arrêté, l’État accorde une prime forfaitaire de 1.000 dirhams par tonne pour les exportations d’agrumes frais par voie terrestre et/ou maritime, à destination des pays membres de l’Union européenne, du Royaume-Uni ainsi que des pays africains. Cette subvention est applicable à toutes les variétés d’agrumes, à l’exception de la Nadorcott, qui est exclue du champ d’éligibilité, quelle que soit la destination.
Il convient de noter que cette prime de 1 dirham le kilo avait déjà été décidée et annoncée il y a plusieurs mois. Toutefois, cet arrêté en fixe les modalités d’application et acte son entrée en vigueur.
L’aide est attribuée exclusivement aux unités de conditionnement exportatrices disposant d’un agrément valide, ayant réalisé des exportations effectives lors de la campagne concernée. Elle est soumise à un plafond de quantité annuelle éligible.
Ce plafond évolue selon le calendrier suivant :
Dans ce contexte, Médias24 a contacté Kacem Bennani Smires, président de la Fédération interprofessionnelle marocaine des agrumes (Maroc Citrus), pour apporter un éclairage.
Interrogé sur la conformité juridique d’un tel dispositif au regard des règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et des principes de concurrence, notre interlocuteur assure que cette aide entre dans le cadre des mécanismes autorisés et ne constitue en aucun cas une distorsion aux règles du commerce international.
« Cela a toujours existé. Les primes à l’export, d’une manière ou d’une autre, ont toujours existé, chez nous comme chez les autres pays, dans le respect des règles internationales. Le grand changement, c’est qu’avant, le soutien était fait en fonction différentielle par rapport à une année de référence. Ainsi, on ne pouvait pas évaluer pendant la saison quel allait être le montant de la subvention. Donc, il n’avait pas vraiment d’impact sur la partie commerciale », explique-t-il.
« Quand on calculait le prix, on ne savait pas à l’avance si la subvention allait être de 10 centimes, 20 centimes, 30 centimes… Donc, on ne pouvait pas la prendre en considération. Et donc ce n’était pas très efficace. On avait bataillé quand on a re-signé le nouveau contrat-programme pour changer à une méthode au kilo. Là, on sait que pour tout ce qu’on exporte en Europe, en dehors de la Nadorcott, on touche 1 dirham par kilo à hauteur de 65.000 tonnes pour la première année », poursuit notre interlocuteur.L’objectif, c’est avant tout de redonner un coup de pouce aux exportations d’oranges, mises sous pression par la concurrence égyptiennePour Kacem Bennani Smires, ce dispositif dépasse la simple logique d’aide financière. Il s’inscrit dans une dynamique qui pourrait, selon lui, redynamiser un écosystème mis sous tension par la concurrence égyptienne et la contraction des campagnes d’exportation.
« L’idée principale, c’est surtout d’essayer d’encourager l’exportation des oranges qui sont mises à mal par la compétitivité de l’Égypte. Cette situation fait que la saison des agrumes s’arrête pratiquement à la fin de la Nadorcott. En conséquence, les stations de conditionnement travaillent 5 mois au lieu de 7 à 8 mois, ce qui affecte leur rentabilité et a un impact social direct sur les ouvriers des stations. C’est le premier bénéfice attendu du nouveau dispositif », indique-t-il.
« Le deuxième, c’est que quand on exporte, on génère des écarts de triage, qui sont plus accessibles pour les usines d’écrasement. Cela, c’est un autre avantage indirect de l’export. Et le troisième bénéfice, c’est que, quand on exporte, on cueille plus tôt. Et quand on cueille plus tôt, on donne plus de chance à l’arbre de se régénérer, pour avoir un meilleur rendement l’année d’après. C’est un des points les plus importants. Plus les agriculteurs gardent leur production sur l’arbre, plus ils arrivent à vendre à des prix plus élevés la première année. Mais l’année suivante, l’arbre est fatigué, il perd en rendement. Et la troisième année également, et ainsi de suite… À la fin, les arbres finissent par perdre leur capacité de production. Et donc le rendement baisse. Et quand le rendement baisse, le prix de revient au kilo devient beaucoup plus élevé. C’est une sorte de cercle vicieux qu’il faut qu’on arrive à casser pour améliorer notre rendement », explique notre interlocuteur.
Une bonne nouvelle, mais…
Ce dispositif de soutien à l’exportation constitue une bouffée d’oxygène pour la filière des agrumes, dans la mesure où il vise à renforcer sa compétitivité sur les marchés internationaux. Toutefois, selon notre interlocuteur, s’il s’agit incontestablement d’un signal positif, cette mesure ne saurait, à elle seule, résoudre les défis structurels de compétitivité auxquels fait face le secteur. En ligne de mire : la concurrence de plus en plus forte de l’Égypte, portée notamment par la dévaluation de sa monnaie, qui lui confère un avantage compétitif difficile à compenser par une simple subvention.
« C’est une bonne nouvelle, mais cela ne résout pas tout. En raison de la dévaluation de leurs monnaies, l’Égypte et la Turquie restent nettement plus compétitives que nous, y compris avec le soutien dont on va bénéficier. Mais ce dispositif va quand même nous aider un petit peu », conclut-il.
Par ailleurs, il est à noter que lorsque les exportations nationales totales restent inférieures ou égales au plafond défini, chaque unité bénéficie d’un soutien calculé sur l’intégralité de ses exportations. En revanche, si les quantités exportées à l’échelle nationale dépassent ce plafond, l’aide est attribuée au prorata de la part de chaque unité dans le volume total exporté.