Au Maroc, un printemps légèrement plus chaud que la normale (+0,2°C)

Les écarts les plus notables de température ont été observés dans le Nord-Est du Royaume, avec des anomalies allant de +1 à +1,5 °C, relève la Direction générale de la météorologie (DGM).

Dans l’ensemble, les températures moyennes mensuelles sont restées proches des normales saisonnières (1991-2020), avec des écarts limités :

−0,7 °C en mars,
+0,7 °C en avril,
+0,6 °C en mai.

Précipitations : un printemps globalement normal, mais contrasté

Au niveau national, la pluviométrie a été proche de la moyenne, avec un écart relatif de seulement 0,3%. Ce chiffre global masque toutefois d’importantes disparités régionales.

Le nord-ouest du Maroc et les versants sud-est du Haut Atlas ont enregistré des excédents, atteignant localement le double des précipitations normales.

À l’inverse, plusieurs zones du sud ont connu des déficits marqués, dépassant 80 %. À Smara, les précipitations ont été quasi inexistantes.

Les cumuls de pluie les plus élevés ont été enregistrés à Tanger (492 mm), Chefchaouen (435 mm) et Ifrane (414 mm).

Des pics

Malgré une moyenne mensuelle globalement stable, une température maximale record de 36,5 °C a été enregistrée à Tanger le 31 mai, lors d’un épisode de chaleur marqué.

Côté précipitations, Salé a connu un record journalier avec 65,2 mm de pluie tombés en une seule journée, le 11 mars.

Campagne agricole. Après la sécheresse, un printemps d’espoir mais des fragilités tenaces

Après un début de saison marqué par l’angoisse et une sécheresse persistante, les épisodes pluvieux survenus en février, et surtout en mars, ont redonné un souffle d’optimisme au monde agricole. Mais ce sursaut météorologique sera-t-il suffisant pour infléchir la tendance sur le terrain, sauver les cultures et soulager les ressources en eau ?

Pour répondre à ces questions, Médias24 s’est entretenu avec Mostafa Errahj, professeur-chercheur à l’École nationale d’agriculture (ENA) de Meknès .

Certaines régions pourraient sauver leur production céréalière

Selon le Pr Errahj, les récentes précipitations ont été salvatrices dans plusieurs régions, mais leur impact demeure contrasté à l’échelle nationale. Les différences en termes de cumuls pluviométriques et les conditions de départ, très hétérogènes d’une zone à l’autre, limitent les effets uniformes. Certaines régions, mieux arrosées, pourraient sauver leur production céréalière, tandis que d’autres peinent à combler un déficit hydrique plus sévère.

« Je n’ai pas vraiment les statistiques précises pour toutes les régions du Maroc, mais d’après ce que j’ai vu de mes propres yeux et de ce que j’ai pu suivre à travers les informations officielles du ministère de l’Agriculture – en plus de quelques observations de terrain –, on peut dire que la partie nord du Maroc souffre moins que la partie sud, même si les dernières pluies ont également concerné le sud de Casablanca ».

Dans le même sens, notre interlocuteur insiste sur le fait que les disparités entre zones irriguées et zones bour (pluvial) jouent un rôle central dans l’interprétation de l’état de la campagne.

« Dès le lancement de la campagne agricole, on voyait clairement qu’elle avait très mal démarré au sud de Casablanca, alors que le Saïss et les zones montagneuses s’en sortaient un peu mieux. Ces récentes pluies, naturellement, seront plus efficaces pour sauver la campagne céréalière dans les régions qui ont survécu au stress hydrique du début de saison – là où il reste encore quelque chose à sauver », souligne-t-il.

Ces pluies atténuent la pression sur les ressources mobilisées pour l’irrigation, mais ne règlent pas le fond du problèmeLa succession de jours de pluie, conjuguée à des températures modérées, a créé des conditions hydriques favorables à une recharge des sols. Dans les périmètres irrigués, les effets sont visibles sur les niveaux d’humidité et sur le remplissage des barrages. Cela contribue à atténuer la pression sur les ressources mobilisées pour l’irrigation, sans pour autant régler les problèmes de fond.

« Il a plu pendant longtemps et en quantité suffisante, ce qui fait que les sols resteront engorgés d’eau pendant un certain temps. De plus, avec des températures relativement basses, les risques d’évaporation sont minimes. On n’est pas du tout dans le scénario de bonnes pluies suivies immédiatement de fortes chaleurs, et cela permet de préserver une certaine humidité dans les sols », précise notre interlocuteur.

« En plus, il y a les taux de remplissage des barrages, dont l’évolution affiche un rythme encourageant. Cela nous permet de rester optimistes quant à la capacité de nos structures hydrauliques à capter l’essentiel de ces précipitations, ainsi que celles qui viendront avec la fonte des neiges ».

Cultures de printemps : la pluie ne suffit pas

Face aux pertes sur les cultures d’automne, les agriculteurs pourraient être tentés par les cultures de printemps comme solution de rattrapage. Toutefois, les facteurs économiques, notamment l’accès au financement et la trésorerie des exploitations, restent des freins majeurs. Les intentions de culture ne se traduiront en surfaces effectives que si les conditions financières sont réunies.

« Les cultures de printemps ont toujours été, depuis longtemps d’ailleurs, des cultures de rattrapage. Et cela paraît logique, surtout dans le contexte actuel… Sauf que ce n’est pas aussi simple qu’on le pense. La pluie n’est pas le seul facteur qui détermine les choix des agriculteurs. Il y a aussi, et surtout, leur capacité à financer leurs activités. Et cela ne vient pas avec la pluie. Bien sûr, les précipitations calment les esprits. Elles apportent une forme de sécurité sur le plan des ressources naturelles et de la disponibilité en eau. Mais s’il n’y a pas de financement derrière, avoir de l’eau ne suffit pas pour faire de l’agriculture. Surtout qu’une bonne partie des petits agriculteurs sortent d’une succession d’années difficiles, qui ont fortement impacté leur trésorerie et leur capacité à se lancer facilement dans une prise de risque nouvelle », explique le Pr Errahj.

S’il n’y a pas de financement derrière, avoir de l’eau ne suffit pas pour faire de l’agriculture

Par ailleurs, dans un contexte où les céréales ont souffert d’un mauvais départ, les cultures fourragères et les légumineuses apparaissent comme des alternatives intéressantes. Elles participent à la sécurisation de l’alimentation animale et à la rotation des sols. Toutefois, leur développement dépend aussi des moyens d’investissement des agriculteurs.

« Dans les zones où la campagne céréalière a mal démarré, ou bien là où elle peine à donner de bons résultats, les cultures fourragères et les légumineuses, en tant que cultures de printemps, restent comme toujours une solution de rattrapage ».

Un répit hydrique, mais un climat structurellement instable

La tentation est grande de croire que les pluies de cette année marquent un retour à la normale. Pourtant, notre interlocuteur insiste sur le fait que ces épisodes de répit ne doivent pas occulter la récurrence des sécheresses et la vulnérabilité structurelle de l’agriculture marocaine face au changement climatique.

« Je pense qu’on est entré dans des cycles de sécheresse récurrents, et que raisonner uniquement en termes de campagne agricole ne me paraît pas être une bonne option ». L’eau n’est pas seulement une question d’offre. C’est une question d’offre et de demandeMême si les dernières précipitations ont été importantes, une lecture optimiste à court terme ferait abstraction des déséquilibres structurels.

« Pour l’instant, on a assez d’eau. On en aura, incha’Allah, suffisamment dans les barrages d’ici la fin de la campagne, ce qui nous permettrait de bien démarrer l’été, voire une autre campagne agricole en 2025-2026. Mais l’eau n’est pas qu’une question d’offre. C’est une question d’offre et de demande », insiste le Pr Errahj.

Selon notre source, si le Maroc veut garantir la sécurité hydrique de son agriculture, il doit équilibrer l’accroissement de l’offre avec une gestion rigoureuse de la demande.

« Tabler sur le levier de l’offre, aller chercher des solutions de ce côté-là, comme le stockage, le transfert d’eau ou le dessalement… je ne suis pas contre ces choix. Ce sont des options qui nous permettent d’améliorer encore davantage notre offre en eau. Mais si elles ne sont pas accompagnées d’une bonne gestion de la demande, je ne pense pas qu’on sorte du cycle vicieux de la pénurie. Réhabiliter des périmètres, amener des ressources… il ne suffit pas qu’il y ait de l’eau dans les canaux pour que ça fonctionne. Il y a tout un aspect de capacité collective à gérer la ressource naturelle qu’il ne faut surtout pas perdre de vue », souligne notre interlocuteur.

Pastoralisme et élevage extensif : une transition fragilisée

Si les parcours naturels ont bénéficié d’un net regain de verdure, cela ne suffit pas à inverser la dynamique de recul de l’élevage pastoral. Plus qu’une crise liée à la sécheresse, c’est une transformation socio-économique profonde qui fragilise ce mode de production ancré dans les territoires.

« Les parcours se portent bien après ces pluies. On verra ce qu’il en est après le retour du soleil, car une bonne partie d’entre eux est encore sous la neige ou sous la pluie. Mais je pense qu’il y aura une bonne biomasse fourragère. Ce sont des activités qui ont été durement affectées, pas uniquement à cause de la sécheresse. L’élevage extensif n’a pas reçu l’attention qu’il mérite. Et il y a aussi des transformations profondes dans la société rurale marocaine. Le métier de berger, qui est au cœur de la pérennité de l’élevage transhumant, a quasiment disparu pour des raisons sociales et économiques », explique le Pr Errahj.

Le métier de berger, qui est au cœur de la pérennité de l’élevage transhumant, a quasiment disparu pour des raisons sociales et économiques

Par ailleurs, au-delà des aléas climatiques, c’est toute une vision du développement rural qui mérite d’être réinterrogée à l’échelle des territoires. « Il ne faut pas qu’on soit toujours piégé dans une analyse linéaire sur une production ou sur une ressource. Il faut contextualiser les pratiques agricoles dans les territoires où elles prennent place », conclut-il.

Après les dernières pluies, une saison agricole « prometteuse » dans le Nord

Les précipitations abondantes enregistrées au cours du mois de mars laissent augurer une bonne saison agricole, a indiqué la Direction régionale de l’agriculture à Tanger-Tétouan-Al Hoceima.

La pluviométrie moyenne dans la région durant la saison agricole 2024-2025 a atteint, jusqu’au 20 mars, environ 500 mm, soit une hausse de plus de 50% par rapport à la même période de la saison précédente, a fait savoir la Direction dans un communiqué, notant que les niveaux les plus élevés ont été enregistrés dans les provinces d’Ouezzane (716 mm), Chefchaouen (691 mm), Tanger-Assilah (592 mm), Tétouan (432 mm), Larache et Al Hoceima (406 et 152 mm, respectivement).

Ces précipitations ont eu un « impact très positif sur le déroulement de la saison agricole actuelle », notamment sur l’état général des cultures d’automne et d’hiver (céréales et légumineuses), des plantes sucrières et des légumes, ainsi que sur la croissance des arbres fruitiers et l’amélioration de la qualité de ces fruits, en plus de l’amélioration du couvert végétal dans les zones pastorales. Cela contribuera à augmenter les réserves fourragères pour le bétail, ainsi que les légumineuses, le fourrage et toutes les cultures connues dans la région, comme les olives, les agrumes et les roses, en plus de créer des conditions favorables pour les cultures de printemps, a ajouté la même source.

Les récentes précipitations enregistrées dans la région, en février et mars, ont également entraîné une amélioration de la nappe phréatique et une augmentation des retenues des barrages.

En effet, le taux de remplissage des barrages a enregistré une hausse considérable, atteignant, jusqu’au 20 mars, plus de 96% pour le barrage Oued El Makhazine, 21,8% pour le barrage Dar Khrofa et 100% pour les barrages de Chefchaouen et de Charif Al Idrissi à Tétouan.

Une aubaine pour les cultures céréalières et légumières

Par ailleurs, les précipitations des trois derniers mois ont bénéficié à la culture des céréales, avec une superficie semée de plus de 340.000 hectares, en plus de 20.600 hectares dédiés à la culture des légumineuses, 66.140 hectares aux cultures fourragères et 6.733 hectares aux cultures sucrières, a fait savoir la Direction régionale.

En ce qui concerne les légumes d’automne et d’hiver, plus de 32.500 hectares de légumes ont été cultivés, avec un taux de réalisation dépassant les 102%, dont plus de 12.800 hectares de pommes de terre, 200 hectares de tomates et 1.450 hectares d’oignons.

Compte tenu des précipitations importantes enregistrées dans la région en février et mars, la Direction régionale de l’agriculture a mis en place un programme important de cultures de printemps couvrant une superficie de 60.000 hectares, soit une augmentation de 35% par rapport à la saison agricole précédente.

Ce programme comprend principalement les légumes (plus de 18.000 hectares), les céréales de printemps (maïs et riz ; 3.125 hectares), les légumineuses (plus de 20.500 hectares), ainsi que les cultures fourragères (10.375 hectares) et les oléagineux (8.000 hectares).

À cet égard, le Fonds de développement agricole encourage les agriculteurs à cultiver des légumes et à étendre les superficies plantées, à travers des subventions pour l’achat de semences et de plants de tomates certifiés plantés en serre ou en champ, ainsi que de semences de pommes de terre et d’oignons (sélectionnées et régulières).

En outre, environ 35.000 quintaux de semences de céréales d’automne certifiées ont été distribués pendant la campagne agricole en cours à des prix incitatifs.

En ce qui concerne les engrais azotés subventionnés, une quantité allant jusqu’à 150.000 quintaux a été mise à disposition à travers 11 centres de distribution, en maintenant les mêmes prix que la saison précédente et en mettant en œuvre un programme quotidien pour éviter les ruptures de stock.

Les réserves des barrages du Maroc gagnent 1,4 milliard de m³ d’eau après les pluies de mars 2025

Une amélioration notable des réserves des barrages

Les précipitations récentes ont entraîné une augmentation significative des réserves des barrages au Maroc. Entre le 1er et le 19 mars 2025, le volume total stocké est passé de 4,68 à 6,06 milliards de m³, soit une hausse de 1,38 milliard de m³. Cette évolution a également permis d’améliorer le taux de remplissage global des retenues hydrauliques, qui a atteint 36% le 19 mars, contre 27,8% au début du mois, selon les données du ministère de l’Équipement et de l’Eau, compilées par Médias24.

Toutefois, cette hausse reste inégalement répartie entre les différents barrages.

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 Barrage Al Wahda, grand bénéficiaire des précipitations

Le barrage d’Al Wahda, le plus grand du pays, a capté à lui seul 467,8 Mm³ entre le 1er et le 19 mars 2025, représentant 33,89% de l’augmentation totale. Il s’impose ainsi comme le principal bénéficiaire des récentes précipitations. Sa réserve actuelle s’élève à 1.816,30 Mm³, soit près de 30% des réserves des barrages au niveau national.

D’autres barrages ont également enregistré des hausses significatives :

  • S.M. Ben Abdellah : +169,3 Mm³ (12,27% de l’augmentation globale), avec un stock actuel de 568,7 Mm³ (9,38% des réserves totales des barrages).
  • Oued El Makhazine : +161,4 Mm³ (11,69% de l’augmentation globale), atteignant 625,45 Mm³ (10,31 % des réserves totales).

Un trio stratégique pour les ressources hydriques

À eux trois, ces barrages majeurs constituent un pilier fondamental du système hydraulique national. Avec des réserves cumulées atteignant 3.010,45 Mm³, ils représentent près de la moitié (49,69%) des ressources en eau stockées dans l’ensemble des barrages du pays.

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Au 14 mars 2025, un cumul de pluie en hausse continue dans la plupart des régions

Les données de la Direction générale de la météorologie montrent des écarts importants entre les saisons 2023-2024 et 2024-2025. Voici les quantités de précipitations enregistrées du 1er septembre au 14 mars 2025 :

Ces pluies, bien qu’inégales selon les régions, représentent une amélioration significative par rapport à l’année précédente. Certaines villes comme Al Hoceima et El Jadida ont connu une augmentation spectaculaire des précipitations, ce qui aura un impact positif sur l’agriculture et sur le remplissage des barrages.

De fortes pluies orageuses et des chutes de neige sont encore annoncées par la Direction générale de la météorologie (DGM) pour le vendredi 14 et le samedi 15 mars.

Barrages du Maroc : un gain de 317 millions de m³ d’eau en deux jours

Évolution globale des ressources hydriques

Les dernières données relatives aux ressources hydriques nationales révèlent une évolution positive du taux de remplissage des principaux barrages du Royaume. Entre le 12 et le 14 mars 2025, le taux moyen de remplissage est passé de 30,4% à 32,3%, soit une augmentation de 1,9% en seulement deux jours, selon les données du ministère de l’Eau et de l’Équipement.

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En termes de volumes, cette progression représente un apport supplémentaire de 317,13 Mm³ cubes d’eau, portant les réserves globales à 5.440 Mm³, contre 5.123 Mm³ deux jours auparavant.

Depuis le 1ᵉʳ mars 2025, les réserves des barrages du Maroc ont enregistré une augmentation significative de 756,46 Mm³, représentant près de la moitié de la consommation annuelle totale estimée entre 1,5 et 1,7 MMm³.

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Top 6 des barrages : état des réserves hydriques et leur évolution sur deux jours

 

1. Barrage Al Wahda, principal barrage du Royaume: réserves de 1.439,23 à 1.547,93 Mm³ (+108,70 Mm³). Taux de remplissage: 40,9% à 43,9% (+3,1%), représentant 34,3% de l’apport national. Capacité totale: 3.522,25 Mm³.

2. Barrage Oued El Makhazine : réserves: de 520,07 à 561,44 Mm³ (+41,4 Mm³). Taux de remplissage: 77,3% à 83,4% (+6,1%), soit 13% de l’augmentation nationale. Capacité: 672,85 Mm³, le barrage le plus proche de son remplissage optimal.

3. Barrage Sidi Mohamed Ben Abdellah : réserves: de 457,50 à 491,85 Mm³ (+34,3 Mm³). Taux de remplissage: 46,9% à 50,5%, franchissant la barre symbolique des 50%. Représente 10,8% de l’augmentation nationale. Capacité: 974,78 Mm³.

4. Barrage Idriss 1er : réserves: de 303,89 à 337,94 Mm³ (+34,1 Mm³). Taux de remplissage: 26,9% à 29,9% (+3%), soit 10,7% de l’apport national. Capacité: 1.129,56 Mm³, l’un des grands barrages les moins remplis proportionnellement.

5. Barrage Mohamed V : plus forte progression relative: taux de remplissage de 49% à 61,6% (+12,5%). Réserves: de 117,2 à 147,13 Mm³ (+29,92 Mm³), représentant 9,4% de l’apport national. Capacité: 239 Mm³.

6. Barrage Ahmed Al Hanssali : réserves : de 60,29 à 74,06 Mm³ (+13,8 Mm³). Taux de remplissage modeste: de 9% à 11,1% (+2,1%), constituant 4,3% de l’apport national. Capacité: 668,16 Mm³.

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Les récentes précipitations profitent aux cultures de printemps, impact limité sur les céréales d’automne

Toute pluie représente une opportunité pour renouveler les réserves en eau, soulager les agriculteurs et soutenir les cultures en place. Ainsi, il est important de se demander si ces récentes pluies ont un impact significatif sur l’agriculture, et dans quelle mesure elles pourraient atténuer les séquelles des saisons précédentes.

Dans cette perspective, un expert agricole de la région Fès-Meknès, sollicité par nos soins, souligne l’impact positif de ces pluies sur l’agriculture. « Ces précipitations ne peuvent qu’être bénéfiques, en particulier pour les cultures maraîchères de printemps qui tireront pleinement parti de l’humidité conservée dans les sols. En s’infiltrant progressivement, cette eau restera disponible dans dans la terre, apportant un soutien essentiel aux cultures en pleine croissance. Toutefois, pour que cette dynamique se poursuive, il est crucial que les précipitations se maintiennent dans les semaines à venir. Une pluviométrie en avril serait particulièrement précieuse, car elle renforcerait davantage les cultures », précise-t-il.

Dans le même sens, interrogé par Médias24, le Pr Larbi Zagdouni, agro-économiste et ruraliste, apporte une analyse plus globale de l’impact de ces précipitations, tout en nuançant leur effet en fonction des régions et des types de cultures concernés. « Au-delà des dégâts qu’elles risquent d’occasionner par endroits, elles ne peuvent qu’être bénéfiques après tant d’années de sécheresse dans notre pays ».

Les cultures de printemps et maraîchères favorisées

Parmi les grands bénéficiaires de ces pluies, les cultures maraîchères et de printemps qui exigent un apport hydrique soutenu pour assurer un développement optimal. Grâce à ces précipitations, les agriculteurs peuvent diminuer leur recours à l’irrigation, dans un contexte où l’eau se fait de plus en plus rare.

« Les récentes précipitations ne manqueront pas d’avoir un effet bénéfique sur les cultures dites de printemps, sur les cultures maraîchères de plein champ et sur les arbres fruitiers« , indique notre source.L’impact sur les céréales d’automne demeure limité, ces pluies arrivant trop tard pour certaines régionsMalgré les perspectives encourageantes pour les cultures de printemps, la situation est plus contrastée pour les céréales d’automne (blé, orge, etc.). Leur cycle de production coïncide en partie avec la période de déficit hydrique, ce qui a pu affecter la levée et le tallage des plantes dans certaines régions.

« Concernant les céréales d’automne, ces pluies leur seront bénéfiques dans certaines régions seulement : Gharb, Saïs, Zaër, Taounate…, où le cycle de ces cultures n’a pas été compromis par les épisodes de sécheresse ayant ponctué la première moitié de leur cycle de production. Pour la plupart des autres grandes régions céréalières, ces pluies arrivent bien en retard« , précise Larbi Zagdouni.

Dans les zones ayant connu un démarrage correct de la campagne céréalière, les pluies récentes renforcent la croissance et augmentent les chances d’obtenir un rendement satisfaisant. En revanche, dans d’autres zones où la sécheresse a déjà sévèrement impacté les semis, ces précipitations, bien que salvatrices, ne parviendront probablement pas à compenser entièrement les pertes accumulées.

L’arboriculture : des effets bénéfiques sur le long terme

Les cultures pérennes telles que les oliviers, les agrumes et les amandiers tirent également profit de ces précipitations. Le rechargement des nappes phréatiques, essentiel dans un contexte de stress hydrique, permettra aux arbres de mieux résister aux futures périodes de sécheresse.

Dans des régions stratégiques pour la production d’agrumes, comme le Gharb et le Souss, ce regain d’eau favorise une meilleure floraison et un calibre plus important des fruits.

Par ailleurs, ces pluies ne bénéficient pas uniquement aux cultures. Elles jouent également un rôle fondamental dans la régénération des écosystèmes forestiers, contribuant à la préservation de la biodiversité et à la régénération des sols forestiers.

« Bien évidemment, ces précipitations auront un effet appréciable sur les réserves en eau des barrages, sur la réalimentation des nappes phréatiques, sur les cours d’eau. Sans oublier les forêts pour lesquelles ces pluies vont être particulièrement bénéfiques », souligne le spécialiste.

Un soulagement pour l’élevage et les parcours pastoraux

Au-delà des cultures, l’élevage bénéficie largement de ce regain hydrique. Avec la flambée des coûts des aliments pour bétail, les éleveurs espèrent vivement que ces précipitations permettront la repousse des pâturages, ce qui réduira la nécessité de recourir aux concentrés et fourrages achetés à des prix souvent prohibitifs.

« Les récentes précipitations auront un effet grandement bénéfique sur les parcours et permettront ainsi à la grande majorité de nos éleveurs d’être soulagée des dépenses onéreuses occasionnées par le recours à l’achat d’aliments de bétail, dont la cherté depuis des années a épuisé la trésorerie ».

La renaissance des espaces de pâturage s’avère cruciale pour soutenir le cheptel, améliorer la qualité de l’alimentation et préserver la rentabilité de l’élevage. Sur le long terme, cela pourrait également contribuer à stabiliser ou même à faire baisser le coût de la viande et des produits laitiers, un soulagement pour les éleveurs comme pour les consommateurs.

Par ailleurs, si ces pluies offrent un répit indéniable, elles ne sauraient pour autant gommer la réalité d’une crise hydrique qui dure depuis plusieurs années.

« L’arrivée de ces précipitations ne doit pas nous faire oublier que la situation hydrique de notre pays est toujours préoccupante, et nous incite à rester lucides et à faire preuve de responsabilité dans nos attitudes et actes à l’égard de l’eau », conclut notre interlocuteur.

Retour des pluies et des neiges abondantes au Maroc : bilan et analyse

Le changement des conditions météorologiques au Maroc est dû à une évolution de la circulation atmosphérique, favorisant l’arrivée des perturbations atlantiques, explique la Direction générale de la météorologie.

Durant plusieurs mois, l’anticyclone des Açores s’est imposé sur la région, empêchant les systèmes pluvieux d’atteindre le pays, et la majorité des dépressions ont pris une trajectoire plus au nord, vers l’Europe. Cependant, ces derniers jours, avec l’affaiblissement de cet anticyclone et le renforcement du courant-jet polaire, une succession de dépressions atlantiques ont pu pénétrer les côtes marocaines, entraînant d’importantes précipitations et des chutes de neige sur les reliefs de l’Atlas, poursuit la DGM.

Ainsi, le déplacement des centres de haute pression vers le nord, en direction de l’Europe, a permis la formation de gouttes froides (cut-off lows) au large de l’Atlantique, qui se sont déplacées vers nos régions. Ce scénario est renforcé par l’évolution des conditions climatiques, notamment le passage à la phase négative de l’oscillation nord-atlantique (NAO) depuis le 28 février dernier, ainsi que l’activité de la phase huit de l’oscillation Madden-Julian (MJO), souvent associée à une augmentation de l’activité des dépressions et des précipitations dans le nord de l’Atlantique et le nord de l’Afrique.

Légère hausse par rapport à la saison précédente, Al Hoceima et Tanger grands bénéficiaires

Du 1ᵉʳ septembre 2024 au 6 mars 2025, la plupart des régions ont reçu davantage de pluies que l’année précédente à la même période, selon un calcul de Médias24 sur la base des données quotidiennes de 22 stations météo, livrées par la Direction générale de la météorologie.

Les données illustrent bien les fortes disparités pluviométriques qui ont marqué ces deux dernières années.

Avec 1.000,6 mm, Al Hoceima domine largement le classement des villes les plus arrosées entre le 1er septembre 2024 et le 6 mars 2025, contre seulement 87,6 mm l’année précédente.

Tanger suit avec 519,1 mm, grâce à son exposition aux influences atlantiques et méditerranéennes. Une légère diminution par rapport à la même date de l’année dernière (591,8 mm). El Jadida, avec 236,1 mm (contre 155,1 mm l’année précédente), occupe la troisième place. Ifrane, connue pour son climat montagnard, a enregistré 209,9 mm (contre 324,9 mm l’année dernière).

Dans le centre du pays, les précipitations sont plus modérées. Casablanca comptabilise 135,6 mm (contre 145,8 mm une année auparavant), tandis que Marrakech, située en zone semi-aride, a reçu 95,3 mm (contre 82,4 à la même date de la saison 2023-2024). À mesure que l’on descend vers le sud-ouest, les cumuls deviennent plus faibles. Safi n’a enregistré que 17,7 mm (contre 27,1 mm l’année dernière), tandis qu’Essaouira ferme la marche avec 4,1 mm (contre 80,1 mm l’année précédente).

Pluies et neige en perspective

Les prévisions de la DGM indiquent qu’un nouveau système dépressionnaire plus actif s’approche à partir du samedi 8 mars 2025, accompagné de masses d’air froid qui vont dynamiser ces perturbations, renforçant ainsi les averses orageuses et entraînant des conditions météorologiques perturbées. Des pluies généralisées et de fortes averses orageuses sont attendues sur l’extrême nord du Maroc, avec des chutes importantes de neige sur les hauteurs des reliefs de l’Atlas et les sommets du Rif.

Ce retour des précipitations intervient après un hiver anormalement sec et surtout après des années successives de sécheresse. À la mi-février, le Maroc affichait un déficit hydrique important. « La campagne agricole actuelle a connu de très faibles précipitations par rapport à la moyenne des trente dernières années, avec un déficit de 53%« , avait déclaré le ministre de l’Agriculture, Ahmed El Bouari.

Vue du ciel, l’aridité gagne du terrain au Maroc (images satellite)

Confronté à un réchauffement climatique accéléré, le Maroc fait face à une sécheresse persistante depuis six ans. Les précipitations, de plus en plus rares et irrégulières, se manifestent principalement sous forme d’épisodes soudains et intenses, comme c’était le cas lors des intempéries diluviennes du sud-est atlasique en septembre et les dernières précipitations dus aux effets de la tempête de Dana qui a frappé nos voisins ibériques.

Dans un article précédent, nous avions interrogé des professeurs chercheurs en sciences agricoles à la suite du début d’une saison agricole, survenant après six années consécutives de sécheresse. Ces derniers ont exprimé leur profonde inquiétude quant à l’avenir de l’agriculture marocaine, confrontée à un dérèglement climatique qui intensifie les épisodes de sécheresse et menace les moyens de subsistance des populations rurales.

La Chaouia, principale région céréalière du Maroc, fortement dépendante des précipitations, est désormais victime d’un changement climatique qui l’impacte profondémment d’une année à une autre. En raison de sa grande superficie, il est admis qu’une bonne production dans cette région est souvent considérée comme un indicateur quasi certain de la réussite de l’ensemble de la campagne agricole nationale.

Cependant, la comparaison des images satellitaires de cette région, prises en novembre 2024 et en 2018 (dernière bonne année pluvieuse au Maroc), révèle une différence significative en termes de réduction du couvert végétal. Même par rapport à 2023, année déjà marquée par des températures élevées et de faibles précipitations, la situation s’est un peu dégradée, soulignant l’avancée de l’aridité dans cette région, cœur de l’agriculture marocaine.

Comparaison par images satellitaires des périmètres agricole au sud de Casablanca : Chaouia, Doukkala et Abda .

N.B: Fausse coloration. En couleur verte le couvert végétal et en couleur marron foncée les périmètres agricoles. En cercle rouge le barrage d’Al Massira (Images Nasa)

En novembre 2024, en plus des faibles précipitations, les températures ont atteint des niveaux exceptionnellement élevés dans plusieurs villes côtières comme Casablanca, El Jadida et Agadir, dépassant les 33°C.

Cette anomalie thermique s’est traduite à Casablanca par l’enregistrement d’une moyenne mensuelle de température de 25,2°C, soit une hausse de plus de 4,8°C par rapport à la moyenne de la période 1991-2020 et une hausse de 3,3°C par rapport à la moyenne des températures du mois de novembre de l’année dernière.

S’ajoute à cela la rareté des précipitations qui s’est accentuée ces dernières années. À Casablanca, le nombre de jours de pluie a chuté de près de 60% par rapport aux moyennes des périodes 1991-2020 et 2000-2015.

Plus encore, la comparaison des précipitations totales de 1995, année marquée par une sécheresse sévère (236,4 mm), et de celles de 2024 (236,6 mm) révèle une similitude frappante.

Toutefois, il est important de souligner que la fin de l’année 1995 avait été caractérisée par une reprise des précipitations qui avait annoncé une année 1996 particulièrement pluvieuse.

Les précipitations à Casablanca ont été particulièrement faibles au cours des trois derniers mois de 2024, ne dépassant pas 38 mm. Ce volume est bien inférieur à la moyenne habituelle pour cette période. À titre de comparaison, l’année 2018, considérée comme la dernière année fortement pluvieuse, avait enregistré 219 mm de précipitations sur la même période, soit l’équivalent de toutes les précipitations cumulées durant l’année en cours.

La diminution des précipitations, couplée à l’augmentation des températures et à l’intensification de l’évapotranspiration, exerce une pression sans précédent sur les réserves des barrages marocains. Le barrage Al Massira, qui ne dépasse actuellement 2% de sa capacité, illustre parfaitement cette situation alarmante. L’année 2018 est la dernière année où le barrage a pu atteindre 75% de sa capacité. Cette situation alarmante est également observée au niveau d’autres barrages du centre du Maroc, tel que Bin el Ouidane, qui ne dépasse plus les 5% de sa capacité.

En plus de la diminution du couvert végétal, les observations d’imageries satellitaires révèlent, par rapport à l’année précédente (marquée également par une sécheresse), une poursuite de la contraction de l’activité agricole dans plusieurs régions du centre du Maroc. Cette diminution est particulièrement visible au niveau de Doukkala et Abda, témoignant de l’impact sévère de la sécheresse et la limitation des ressources en eau disponible, à l’approche de la saison d’hiver.

Par contre, la région de Settat connaît une reprise de l’activité agricole avec une augmentation des parcelles labourées par rapport à l’année dernière. Cependant, les rendements agricoles restent fortement tributaires des précipitations et le retour des températures à leur normal. En constat, l’amélioration des conditions climatiques dans les prochains mois qui décidera le sort de cette saison agricole dans cette région agricole importante.

Dar Si Aissa (Province de Safi) : 29-novembre-2024/23-novembre-2023

Boulaouane (Province d’El Jadida) : 01 décembre 2024/02 décembre 2023

Sidi Bennour (Province d’El Jadida) : 27-novembre-2024/24-novembre-2023

Tiflet (Province de Khemisset) : 27-novembre-2024/24-novembre-2023

Envrions Ben Ahmed (Province de Settat) : 05 décembre 2024/03 décembre 2023

L’augmentation des prix du labour favorise des techniques agricoles alternatives

Les récentes précipitations enregistrées dans plusieurs régions agricoles du pays ont marqué le début des travaux de labour. Toutefois, les frais liés à cette opération, qui ne présente pas que des avantages, ont fortement augmenté ces quatre dernières années. En conséquence, de plus en plus d’agriculteurs se tournent vers des pratiques agricoles alternatives, telles que le semis direct. 

Le labour est une technique agricole qui consiste à retourner et à ameublir la couche supérieure du sol, dite terre arable, notamment à l’aide d’un outil comme une charrue souvent attelée à un tracteur. Cette pratique vise plusieurs objectifs :

– Aérer le sol : en retournant la terre, on permet une meilleure circulation de l’air et de l’eau, ce qui favorise le développement des racines des plantes; 

– Incorporer les résidus végétaux : les débris de cultures ou les engrais organiques peuvent être enfouis dans le sol, améliorant sa fertilité;

– Contrôler les mauvaises herbes : le labour enfouit les herbes indésirables, réduisant leur croissance et donc leur nuisance; 

– Préparer le sol pour les semis : il crée une surface plus homogène et meuble, propice à l’ensemencement. 

Cependant, « le prix des travaux du sol a augmenté d’environ 50 % depuis 2020. Il est passé de 150-200 DH par hectare, selon la nature du sol, à 250-300 DH« , indique à Médias24 une source professionnelle. Cette hausse significative n’est pas uniquement due à l’augmentation des prix du carburant nécessaire au fonctionnement des tracteurs.

Elle trouve aussi une explication dans le retard des pluies, « qui incitent les agriculteurs à repousser le labour jusqu’à l’arrivée des précipitations. En conséquence, la demande accrue sur une période réduite a également une influence sur la hausse des prix », ajoute notre interlocuteur.

Le choix de retarder le labour est compréhensible car le travail du sol après les précipitations stimule la germination des graines, améliore la structure du sol et en accroît la perméabilité. « Il optimise également le rendement des cultures en supprimant les mauvaises herbes qui pourraient proliférer après les pluies », assure la Direction régionale de l’agriculture de Fès-Meknès

Agriculture de conservation et semis direct

Face à la hausse des prix du labour, les exploitants agricoles n’ont pas renoncé à cette opération, mais se sont plutôt orientés vers des pratiques agricoles alternatives, telles que l’agriculture de conservation comme le semis direct. En effet, cette technique vise à limiter ou à éviter le labour. Elles se développent pour préserver les sols car le labour présente des inconvénients, tels que l’érosion, la perturbation des micro-organismes ou encore la dégradation de la structure du sol à long terme.

Le semis direct, encouragé par le ministère de l’Agriculture dans le cadre du Programme national de semis direct, constitue une alternative prometteuse. Ce programme ambitionne d’étendre cette technique à 1 million d’hectares, soit 25 % des surfaces céréalières, d’ici 2030. Avec une enveloppe budgétaire de 1,1 milliard de dirhams et une valeur ajoutée prévisionnelle de 1,6 milliard DH, il a pour objectif de soutenir 200.000 agriculteurs. 

Un appui essentiel, car le semis direct nécessite un investissement initial important en matériel et une utilisation accrue d’herbicides pour gérer les mauvaises herbes (conséquence d’un sol non retourné), mais il présente des avantages notables, surtout en période de pénurie d’eau.

« Les méthodes actuelles de labour intensif rendent les sols plus vulnérables à la sécheresse, à l’érosion et à la perte de fertilité », rappelle le ministère de l’Agriculture. En plus d’améliorer la conservation des sols, le semis direct permet de réduire les coûts d’installation des cultures jusqu’à 60 %, en diminuant notamment les travaux du sol.

https://medias24.com/2024/10/31/campagne-cerealiere-le-semis-direct-continue-de-tracer-son-sillon-infographies/#:~:text=Le%20semis%20direct%20continue%20de%20tracer%20son%20sillon%20(Infographies),-Enqu%C3%AAte%20judiciaire%20et&text=Pour%20la%20campagne%20agricole%202024,superficie%20totale%20%C3%A0%20250.000%20hectares.

Céréales et oliviers, principaux bénéficiaires des dernières pluies

Les dernières pluies survenues les samedi 12 et dimanche 13 octobre dans plusieurs régions du Royaume insufflent un vent d’optimisme dans le secteur agricole du pays. De nombreuses filières dont les céréales d’automne et l’arboriculture vont en bénéficier. Ces précipitations sont essentielles pour revitaliser le sol et favoriser la croissance des plantes, ce qui renforce les espoirs des agriculteurs en vue de la prochaine campagne.

Si la répartition géographique exacte de ces pluies dans une même province n’est pas précisée, la Direction générale de la météorologie (DGM) fait tout de même état de précipitations cumulées ayant avoisiné les 26 mm dans certaines zones agricoles du pays.

C’est le cas notamment de la province d’El Jadida. À Fès, le cumul des pluies a atteint 18 mm, tandis que 14 mm ont été relevés dans la province de Marrakech.

Selon nos interlocuteurs, « ces pluies se sont manifestées tôt par rapport à la précédente campagne », notamment dans la région de Fès-Meknès. Contacté par Médias24, Mostapha Mrhari, chef de division des filières de production agricole à la Direction régionale de l’agriculture (DRA) de Fès-Meknès, souligne que ces précipitations sont extrêmement bénéfiques pour les cultures.

Une bonne nouvelle pour la campagne céréalière, sachant que la région de Fès-Meknès représente environ 37% de la production nationale, soit l’équivalent de 12,4 millions de quintaux lors de la campagne précédente, à partir d’une superficie emblavée de 578.720 hectares. Les récentes pluies auront donc un impact positif, car elles permettront aux agriculteurs de « labourer leurs champs et de préparer un lit de semences », explique Mostapha Mrhari.

Ce dernier souligne également les effets bénéfiques des précipitations sur les arbres fruitiers, notamment l’olivier. La superficie totale des oliveraies dans la région de Fès-Meknès est de 389.000 hectares, dont seulement 50.214 hectares en irrigué. Il est donc évident que les pluies sont essentielles. D’autant que, jusqu’à présent, les conditions climatiques n’étaient pas optimales.

Dès lors, les dernières précipitations « permettront d’augmenter le taux d’huile dans les olives et de compenser la perte de rendement », affirme notre interlocuteur. En outre, les arbres fruitiers entrant en dormance, comme les amandiers, qui s’étendent sur environ 60.000 hectares dans la région, seront également positivement impactés. Bien que certains arbres ralentissent leur activité à cette période de l’année, l’eau demeure cruciale pour leur santé à long terme.

Elle permet de stocker l’humidité dans les racines, les aidant ainsi à rester hydratés. De plus, un sol humide protège les racines du gel, réduisant les risques de dommages. Enfin, les précipitations automnales préparent le sol pour le printemps, lorsque les arbres auront besoin d’eau pour soutenir leur nouvelle croissance.

Plus au sud, dans la province de Marrakech, les précipitations seront tout aussi bénéfiques pour l’arboriculture et en vue de l’établissement des cultures céréalières. En revanche, on ne peut pas en dire autant pour les zones agricoles de la province de Béni Mellal, car les précipitations enregistrées demeurent insuffisantes pour avoir une incidence réelle sur les cultures.

« Jusqu’à présent, il n’y a eu que 5 à 6 mm de cumul pluviométrique », déplore la DRA de Béni Mellal-Khénifra. Toutefois, des averses orageuses de 30 à 60 mm sont annoncées par la DGM dans plusieurs provinces, dont Azilal et Béni Mellal.

Si ces prévisions se concrétisent, la préparation du sol pour le semis des céréales (500.000 ha) sera facilitée. « Les cultures sucrières (13.500 ha), dont la betterave, en bénéficieront également, au même titre que l’arboriculture », espère la DRA de Béni Mellal-Khénifra. Une région où les arbres fruitiers tiennent une place importante, notamment les agrumes (18.900 ha) et les oliviers (102.000 ha).

Sécheresse et pénurie hydrique : l’irrigation de complément devient cruciale (Dr Zirari)

L’irrigation de complément (IC) consiste à ajouter de petites quantités d’eau aux cultures pluviales, dans le but de réduire les pertes de récolte et de stabiliser les rendements. Les agriculteurs ont souvent recours à cette pratique lorsque les précipitations se font attendre ou en période de sécheresse. Toutefois, avec la fréquence croissante des sécheresses au Maroc, l’adoption de l’irrigation de complément est devenue nécessaire.

Au Maroc, la production végétale en agriculture pluviale est souvent entravée par le manque d’eau et les fortes fluctuations de la pluviométrie. Cependant, le recours à l’irrigation de complément pourrait représenter une solution intéressante pour atténuer le déficit hydrique des cultures pluviales. D’autant que cette pratique a démontré son efficacité.

Contacté par Médias24, le Dr Abdelmalek Zirari, chef du département d’agronomie et du machinisme agricole à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA), nous éclaire sur le rôle de l’irrigation de complément dans le contexte marocain. « Dans notre contexte, la recherche agronomique est appelée plus que jamais à jouer un rôle fondamental pour identifier des stratégies de gestion efficiente, précise et durable de l’irrigation à la parcelle. La combinaison de ces stratégies en paquets technologiques, avec la sélection de matériel végétal tolérant à la sécheresse, permettra de pallier efficacement la problématique de l’eau en agriculture marocaine. Parmi les techniques prometteuses pour aboutir à cet objectif de gestion éco-efficiente de l’irrigation figure l’irrigation complémentaire.

« Dite aussi irrigation de complément, supplémentaire ou d’appoint, cette technique s’applique à des cultures essentiellement pluviales, dans le but de combler les insuffisances enregistrées en matière des précipitations en zones arides et semi-arides. Elle consiste à apporter l’eau d’irrigation pendant des stades critiques de croissance de la culture, durant lesquels les composantes du rendement sont plus sensibles au stress hydrique (Phase de forte activité végétative, accélération du développement des fruits, etc.). Il s’agit en fait de combler le déficit en pluies constaté à des stades critiques de la culture par un apport d’eau d’irrigation, en vue de maintenir la culture et sécuriser sa productivité ».

La pratique de l’irrigation de complément est hautement efficace et offre un immense potentiel pour accroître la production agricole et améliorer les moyens de subsistance dans les zones arides non irriguées. Une étude conclut que, dans des conditions de ressources en eau limitées, l’agriculture de complément peut maximiser le rendement céréalier jusqu’à 4 tonnes par hectare.

De même, les simulations effectuées par une équipe de recherche à l’Université de Liège montrent que la pratique de l’IC en année sèche et myope permet d’accroître le revenu espéré respectivement de 13,5% et 26,5%, comparativement à la situation sans irrigation.

Ainsi, dans un article de recherche sur l’irrigation de complément des céréales dans la région de Meknès, les auteurs avancent que les observations faites durant toute la période 1951-1989 ont permis de constater qu’il n’y a pas une seule année où le déficit hydrique n’apparaît pas. Il en ressort alors que l’irrigation de complément est la seule voie possible pour échapper aux aléas de la pluviométrie.

Les résultats des recherches menées par l’INRA ont montré que l’adoption de variétés améliorées et le développement des techniques innovantes dans l’irrigation jouent un rôle crucial dans l’augmentation du rendement céréalier. « Cette pratique d’irrigation de complément a été testée par l’INRA sur plusieurs cultures pluviales, dont les travaux récents sur l’olivier et le blé tendre. En ce qui concerne l’olivier par exemple, des chercheurs du Centre de l’INRA à Meknès ont découvert qu’une irrigation d’appoint de 500 litres/arbre, au cours de la première phase rapide de croissance du fruit (mi-juin), donne des résultats impressionnants, estimés à 43% d’amélioration de la production oléicole pluviale.

« Pour ce qui est du blé tendre, les résultats obtenus par des chercheurs du Centre de l’INRA, à Settat, indiquent que l’application d’un régime d’irrigation complémentaire de 100 mm au tallage, a été positif avec un rendement de 28,6 q/ha, soit une amélioration de 100% par rapport à la campagne qui était une année relativement sèche (130 mm) et où la production en bour était presque nulle. Un tel régime est montré convenable pour des variétés à cycle court. En outre, un régime complémentaire de 100 mm au tallage et 100 mm à l’épiaison a enregistré un rendement de 31,6 q/ha, soit une amélioration de 9% par rapport au premier régime d’irrigation, et ce pour des variétés à cycle long. Ces résultats confirment l’importance de tenir compte aussi des performances génétiques des variétés pour maintenir un haut rendement, avec l’utilisation d’un minimum d’eau sous des conditions arides et semi-arides », souligne notre interlocuteur.

L’irrigation de complément s’avère être adaptée au contexte marocain, notamment dans le cas de l’année en cours marquée par des précipitations tardives. L’adoption de cette pratique aurait permis une irrigation précoce, au moment où les précipitations ont été perturbées.

« L’irrigation complémentaire constitue de ce fait une alternative d’irrigation prometteuse, là où les précipitations sont insuffisantes. Par ailleurs, des chercheurs de l’INRA à Settat œuvrent actuellement pour plus de précision dans cette technique et pour mieux préserver la récolte en cas de sécheresse ou de précipitations tardives. Une approche prometteuse consistant à promouvoir des technologies d’irrigation qui utilisent des capteurs numériques peu coûteux comme point de contrôle pour surveiller l’humidité du sol. Ces capteurs offrent des données en temps réel à des endroits spécifiques, permettant aux agriculteurs de prendre des décisions éclairées et d’optimiser leurs pratiques d’irrigation en conséquence », conclut le Dr Abdelmalek Zirari.