Toute pluie représente une opportunité pour renouveler les réserves en eau, soulager les agriculteurs et soutenir les cultures en place. Ainsi, il est important de se demander si ces récentes pluies ont un impact significatif sur l’agriculture, et dans quelle mesure elles pourraient atténuer les séquelles des saisons précédentes.

Dans cette perspective, un expert agricole de la région Fès-Meknès, sollicité par nos soins, souligne l’impact positif de ces pluies sur l’agriculture. « Ces précipitations ne peuvent qu’être bénéfiques, en particulier pour les cultures maraîchères de printemps qui tireront pleinement parti de l’humidité conservée dans les sols. En s’infiltrant progressivement, cette eau restera disponible dans dans la terre, apportant un soutien essentiel aux cultures en pleine croissance. Toutefois, pour que cette dynamique se poursuive, il est crucial que les précipitations se maintiennent dans les semaines à venir. Une pluviométrie en avril serait particulièrement précieuse, car elle renforcerait davantage les cultures », précise-t-il.

Dans le même sens, interrogé par Médias24, le Pr Larbi Zagdouni, agro-économiste et ruraliste, apporte une analyse plus globale de l’impact de ces précipitations, tout en nuançant leur effet en fonction des régions et des types de cultures concernés. « Au-delà des dégâts qu’elles risquent d’occasionner par endroits, elles ne peuvent qu’être bénéfiques après tant d’années de sécheresse dans notre pays ».

Les cultures de printemps et maraîchères favorisées

Parmi les grands bénéficiaires de ces pluies, les cultures maraîchères et de printemps qui exigent un apport hydrique soutenu pour assurer un développement optimal. Grâce à ces précipitations, les agriculteurs peuvent diminuer leur recours à l’irrigation, dans un contexte où l’eau se fait de plus en plus rare.

« Les récentes précipitations ne manqueront pas d’avoir un effet bénéfique sur les cultures dites de printemps, sur les cultures maraîchères de plein champ et sur les arbres fruitiers« , indique notre source.L’impact sur les céréales d’automne demeure limité, ces pluies arrivant trop tard pour certaines régionsMalgré les perspectives encourageantes pour les cultures de printemps, la situation est plus contrastée pour les céréales d’automne (blé, orge, etc.). Leur cycle de production coïncide en partie avec la période de déficit hydrique, ce qui a pu affecter la levée et le tallage des plantes dans certaines régions.

« Concernant les céréales d’automne, ces pluies leur seront bénéfiques dans certaines régions seulement : Gharb, Saïs, Zaër, Taounate…, où le cycle de ces cultures n’a pas été compromis par les épisodes de sécheresse ayant ponctué la première moitié de leur cycle de production. Pour la plupart des autres grandes régions céréalières, ces pluies arrivent bien en retard« , précise Larbi Zagdouni.

Dans les zones ayant connu un démarrage correct de la campagne céréalière, les pluies récentes renforcent la croissance et augmentent les chances d’obtenir un rendement satisfaisant. En revanche, dans d’autres zones où la sécheresse a déjà sévèrement impacté les semis, ces précipitations, bien que salvatrices, ne parviendront probablement pas à compenser entièrement les pertes accumulées.

L’arboriculture : des effets bénéfiques sur le long terme

Les cultures pérennes telles que les oliviers, les agrumes et les amandiers tirent également profit de ces précipitations. Le rechargement des nappes phréatiques, essentiel dans un contexte de stress hydrique, permettra aux arbres de mieux résister aux futures périodes de sécheresse.

Dans des régions stratégiques pour la production d’agrumes, comme le Gharb et le Souss, ce regain d’eau favorise une meilleure floraison et un calibre plus important des fruits.

Par ailleurs, ces pluies ne bénéficient pas uniquement aux cultures. Elles jouent également un rôle fondamental dans la régénération des écosystèmes forestiers, contribuant à la préservation de la biodiversité et à la régénération des sols forestiers.

« Bien évidemment, ces précipitations auront un effet appréciable sur les réserves en eau des barrages, sur la réalimentation des nappes phréatiques, sur les cours d’eau. Sans oublier les forêts pour lesquelles ces pluies vont être particulièrement bénéfiques », souligne le spécialiste.

Un soulagement pour l’élevage et les parcours pastoraux

Au-delà des cultures, l’élevage bénéficie largement de ce regain hydrique. Avec la flambée des coûts des aliments pour bétail, les éleveurs espèrent vivement que ces précipitations permettront la repousse des pâturages, ce qui réduira la nécessité de recourir aux concentrés et fourrages achetés à des prix souvent prohibitifs.

« Les récentes précipitations auront un effet grandement bénéfique sur les parcours et permettront ainsi à la grande majorité de nos éleveurs d’être soulagée des dépenses onéreuses occasionnées par le recours à l’achat d’aliments de bétail, dont la cherté depuis des années a épuisé la trésorerie ».

La renaissance des espaces de pâturage s’avère cruciale pour soutenir le cheptel, améliorer la qualité de l’alimentation et préserver la rentabilité de l’élevage. Sur le long terme, cela pourrait également contribuer à stabiliser ou même à faire baisser le coût de la viande et des produits laitiers, un soulagement pour les éleveurs comme pour les consommateurs.

Par ailleurs, si ces pluies offrent un répit indéniable, elles ne sauraient pour autant gommer la réalité d’une crise hydrique qui dure depuis plusieurs années.

« L’arrivée de ces précipitations ne doit pas nous faire oublier que la situation hydrique de notre pays est toujours préoccupante, et nous incite à rester lucides et à faire preuve de responsabilité dans nos attitudes et actes à l’égard de l’eau », conclut notre interlocuteur.