Les géants du transport maritime ont fait savoir qu’ils suspendaient la route de la mer Rouge par leurs navires en raison de l’insécurité causée par les attaques des rebelles houthis du Yémen.

En effet, le danois Maersk, l’allemand Hapag-Lloyd, le français CMA-CGM et l’italo-suisse MSC ont décidé la semaine dernière que leurs navires n’emprunteraient plus la mer Rouge « jusqu’à nouvel ordre », au moins jusqu’au lundi 18 décembre ou « jusqu’à ce que le passage de la mer Rouge soit sûr ». Le mardi 19 décembre, les rebelles houthis du Yémen, soutenus par l’Iran, ont annoncé qu’ils poursuivraient leurs attaques contre les navires marchands en mer Rouge.

De fait, des incertitudes sécuritaires planent sur la voie maritime considérée comme une autoroute pour le transport de biens et marchandises par conteneurs, par laquelle transite 40% du commerce international.

Mais alors, quelles pourraient être les conséquences pour le Maroc ?

Un allongement des délais de livraison des conteneurs 

Il faut noter que ces perturbations vont impacter la réception et l’envoi de conteneurs au Maroc, généralement équivalent 20 pieds ou 40 pieds. Comme nous le rappelle Aziz Mantrach, vice-président de l’ASMEX, « il y a aujourd’hui à peu près six armateurs qui représentent environ 70% du volume mondial de transport de conteneurs. Ils ont annoncé qu’à cause de cette insécurité en mer Rouge, ils contourneront l’Afrique ».

De fait, un rallongement des temps de trajet sera inévitable. « Premièrement, ces incidents font que tous les transports, qui passaient habituellement par la mer Rouge, vont subir un retard dans les chaînes d’approvisionnement d’au moins une dizaine de jours. C’est certain. Quelles sont les marchandises qui viennent de ces régions vers le Maroc ? La plus grande partie des marchandises transportées par ces armateurs, qui ont annoncé le détournement de leurs navires par le Cap de Bonne-Espérance, sont les transporteurs de conteneurs. Généralement, il y a des matières premières, des pièces détachées, des produits de consommation, en provenance d’Extrême-Orient, et plus particulièrement de la Chine », poursuit Aziz Mantrach.

Au-delà du retard de livraison, une potentielle hausse des prix du fret est à anticiper, du fait des risques éventuels et du coût du contournement. « Il y a aussi les risques d’assurance qui pèsent, car les compagnies commencent à appliquer des surprimes pour la sécurité des marins et du bateau. De ce fait, peut-être que si cela perdure, il risque d’y avoir une hausse des prix du fret », poursuit le vice-président de l’ASMEX.

Une hausse des prix inévitable 

Aziz Mantrach précise toutefois que les deux tiers du commerce extérieur marocain viennent de l’Union européenne, et ne transitent donc pas par la mer Rouge. Cependant, une hausse des prix est possible si la crise s’enlise, même sur ces trajets maritimes.

Pour Najib Cherfaoui, professeur et expert du domaine portuaire et maritime, le nœud gordien de cette affaire réside dans la pénurie de navires que ce détournement de la mer Rouge va engendrer.

« Les navires vont devenir rares. C’est la clé du problème. Disons que pour un bateau en provenance de Shanghaï, il fallait 30 jours pour arriver au Maroc par la Canal de Suez. Maintenant, il en faudra 45 en passant par le cap de Bonne-Espérance. Donc, les navires sont pris par le temps. Comme ils seront indisponibles plus longtemps, il manquera 15 jours de navigation pour tout le monde. Actuellement, sur le marché mondial, il manque 1.000 navires pour maintenir le même niveau de trafic qu’il y a deux jours« , explique notre interlocuteur.

De fait, comme les armateurs auront moins de navires pour acheminer les marchandises, ces derniers deviendront plus chers. « Ici, le problème ne touche pas à la proximité ou pas avec le Maroc, mais à la ressource, à savoir le navire. L’affrètement des conteneurs deviendra forcément plus coûteux si la crise s’éternise, quand bien même ils viennent au Maroc en provenance de la Méditerranée ou de l’Atlantique », poursuit Najib Cherfaoui.

Selon notre interlocuteur, les hausses de prix ont déjà commencé. « Je peux vous dire qu’un des transporteurs mondiaux a pris la décision, avec effet immédiat, de rehausser le prix des conteneurs passant par la mer Rouge, de 1.500 dollars pour les conteneurs équivalent 20 pieds sur un prix initial de 2.000 dollars. Donc pour affréter un conteneur en provenance de Shanghaï jusqu’à Casablanca, il faut désormais payer 3.500 dollars au lieu de 2.000 dollars deux jours auparavant. Pour l’équivalent 40 pieds, le prix a doublé, passant de 3.000 à 6.000 dollars. Les autres compagnies vont très probablement suivre », assure Najib Cherfaoui.

Peu d’inquiétudes sur les vracs solides et liquides

Le Maroc importe également des vracs solides et liquides. Ces derniers sont globalement constitués d’hydrocarbures raffinés, de charbon, de produits chimiques et de céréales. Concernant ces marchandises, il faut savoir que les chargeurs effectuent les affrètements et ont des conventions sur plusieurs mois.

En somme, « les navires seront présents, les commandes sont déjà faites, surtout pour les exportations de phosphates, etc. Pour les importations et exportations de vracs solides et liquides, il n’y a pas à s’inquiéter car les contrats sont négociés largement en amont », explique Najib Cherfaoui.