La consommation de ciment a connu une année globalement flat en 2023, à 12,5 millions de tonnes, par rapport à 2022. Cependant, les cimentiers du pays, notamment Ciments du Maroc ont affiché des performances en bonne tenue.

En 2024, plusieurs facteurs font que l’activité des cimentiers devrait poursuivre son amélioration, tant sur les volumes de ventes que la rentabilité.

Contacté sur l’activité de l’année passée et les bonnes perspectives qui se dressent pour le groupe, le nouveau directeur général de Ciments du Maroc, Severin Weig, s’exprime sur le sujet pour sa première sortie médiatique depuis sa nomination en janvier dernier.

Des performances en 2023 poussées par le clinker

Le groupe a affiché une bonne résilience en 2023, malgré une année globalement morose avec un contexte global assez tendu.

Plusieurs paramètres ont affecté les revenus et la profitabilité du groupe. « Le plus grand défi a été l’inflation et le coût de l’énergie. Il y a eu également le ralentissement des volumes suite au tremblement de terre du 8 septembre 2023, ainsi que l’entrée d’un nouveau cimentier sur le marché », explique Severin Weig.

Mais le deuxième cimentier national a amélioré ses volumes de ventes dans tous ses métiers, atteignant même un record avec son clinker. Le groupe a également su gérer ses charges sur la période. Comme le rappelle Severin Weig, « Ciments du Maroc est une filiale du groupe Heidelberg Materials qui a la plus grande division de trading clinker du monde ».

« Ainsi, Ciments du Maroc a bénéficié de cette coopération et a réussi à exporter un volume de clinker record. Le groupe a agi sur l’optimisation des coûts et sur l’efficacité énergétique. Nous avons également exporté un volume record de clinker en 2023, et cela a conforté le résultat d’exploration ».

In fine, l’an dernier, le groupe a affiché un revenu consolidé en hausse de 6,4% à 4,3 MMDH, et un résultat net en hausse de 8,3% à 994 MDH.

Une année 2024 dynamique est attendue, mais une compétition féroce également

Les récentes annonces de la loi de finances, avec une enveloppe d’investissement record de la part de l’État, et les annonces des aides directes au logement ont soufflé un vent d’optimisme sur le secteur.

De fait, les gros chantiers d’infrastructure annoncés vont entraîner une hausse de la consommation de ciment. « Nous sommes optimistes pour l’année 2024 sur la base de plusieurs facteurs : la promotion du logement social grâce aux aides mises en place par les pouvoirs publics pour aider les ménages à l’acquisition de logements, l’augmentation intéressante des investissements publics, suite notamment à l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations (CAN), qui aideront à augmenter la demande pour le ciment, l’effort de reconstruction des zones sinistrées après le tremblement de terre. En plus, l’inflation a baissé, et nous attendons un retour à la normale dans les mois à venir », expose le directeur général.

Pour combler cette demande, il convient de rappeler que les cimentiers, dont Ciments du Maroc, disposent d’une grande marge, notamment en termes de production. Le Maroc est en situation de surcapacité de production, et les usines tournent à un faible taux de capacité. En somme, les capacités de production locales pourront facilement combler la demande.

« Nous sommes très heureux que le Maroc ait été choisi pour organiser la Coupe du monde 2030 et la CAN 2025. Il est clair que l’organisation de ce type d’évènements va générer une demande supplémentaire pour le secteur du BTP, et donc du ciment. Mais il faut rappeler qu’il y a en ce moment une surcapacité importante. Nous avons donc largement de quoi répondre à la demande de ces évènements, et plus. Cela va améliorer le taux de capacité au Maroc, qui est à peine de 50% », souligne Severin Weig.

Malgré ces signaux positifs, le groupe demeure prudent et conscient que le secteur évolue dans une compétition assez féroce. « Les coûts de l’énergie sont meilleurs que les années précédentes, mais ne sont pas à l’abri des évènements mondiaux qui peuvent en perturber le cours et la disponibilité. Un nouveau concurrent est par ailleurs entré sur le marché marocain à la fin de l’année dernière. Donc, même si les prix pour l’énergie sont stables pour le moment, nous nous attendons à ce que le marché soit compétitif », poursuit le dirigeant.

Le renouvelable au cœur de la stratégie

La CAN et la Coupe du monde seront, d’après le directeur général de Ciments du Maroc, de nouvelles opportunités pour le lancement d’une nouvelle gamme bas carbone en 2024 visant à offrir des solutions durables pour ces évènements.

Ces chantiers d’optimisation énergétique sont au cœur des grands projets menés par le groupe. Cette année, l’un d’entre eux concerne l’investissement dans les énergies renouvelables.

« Pour réduire les émissions de carbone de la production de ciment, nous allons investir dans nos usines pour les rendre encore plus efficaces. Nous allons par exemple installer un système de récupération de chaleur pour produire de l’électricité. Nous allons également installer des centrales photovoltaïques dans quelques-uns de nos sites. Nous avançons aussi sur le projet de plateforme de traitement de RDF (combustible solide de récupération) à Agadir », conclut Severin Weig.