Le marché de gros de Casablanca affiche ce mercredi des prix de la tomate oscillant entre 3,5 et 8 DH le kilogramme, contre 4 à 6,80 DH/kg la semaine passée. Le consommateur final, lui, se retrouve à payer un tarif bien plus élevé, dépassant les 10 DH/kg et atteignant parfois jusqu’à 15 DH/kg dans certains quartiers de Casablanca.
Contactés par Médias24, divers professionnels du secteur expliquent cette situation par plusieurs facteurs, notamment l’explosion de la demande face à une production en baisse en raison d’un virus dévastateur qui affecte les plants, de la présence d’un champignon, ainsi que des températures fraîches.
Tous nos interlocuteurs soulignent par ailleurs l’écart considérable entre les prix fixés par les producteurs et ceux payés par les consommateurs, appelant à l’ouverture d’une enquête et à la mise en place d’un mécanisme visant à assurer davantage de transparence dans le secteur.
Chez l’agriculteur, le prix de vente de la tomate varie entre 2,5 et 7 DH
Selon une source de la Fédération interprofessionnelle marocaine de la production et de l’exportation des fruits et légumes (FIFEL) interrogée par nos soins, « le prix de vente de la tomate chez l’agriculteur tourne autour de 4 DH/kg pour les variétés standards, tandis que les tomates de meilleure qualité peuvent atteindre 6 DH/kg« . « Quand on parle de 4 DH, il s’agit d’un produit de masse », explique notre interlocuteur.
Des propos confirmés par Abdelaziz Maânaoui, président de l’Association des producteurs de Chtouka (ACPA), qui nous confie que « l’agriculteur vend entre 2,5 et 7 DH/kg selon la qualité, mais la majorité des transactions se situent entre 3 et 5 DH/kg. Seule une faible proportion, de qualité supérieure, se vend entre 6 et 7 DH/kg « , précise-t-il. « Celle-ci est destinée à une clientèle spécifique ».
Toutefois, pour le client final, le prix du kilogramme est au-delà de 10 DH, notamment dans la ville de Casablanca, où il atteint dans certaines zones jusqu’à 15 DH.
L’éternelle problématique des intermédiaires
Plusieurs facteurs expliquent cette situation, dont la principale évoquée par l’ensemble de nos interlocuteurs a trait au rôle des intermédiaires dans l’escalade des prix.
Pour Abdelaziz Maânaoui, la vraie problématique se situe entre la vente en gros et la vente au détail. « Il faudrait par exemple adopter la vente au kilo comme standard pour améliorer la transparence dans les souks ».
« Les intermédiaires ne se limitent pas à des individus prélevant une marge. Ils englobent également des coûts opérationnels, notamment le transport, le déchargement et l’entrée sur les marchés de gros. De plus, une part importante de la production, entre 20% et 30%, est perdue avant même d’atteindre les marchés, ce qui contribue à la tension sur les prix ».
Des problèmes sanitaires et climatiques aggravent la situation
Au-delà des intermédiaires, des problèmes sanitaires et climatiques ont aussi pesé sur l’offre. « Cette année, un souci au niveau des pépinières a entraîné un décalage significatif d’une grande partie de la production », nous confie un autre opérateur du secteur.
De plus, les cultures de tomate ont été touchées par plusieurs maladies, notamment un virus dévastateur, un champignon cryptogamique et la mineuse de la tomate (Tuta absoluta). « Ces problèmes ont forcé de nombreux agriculteurs à arracher les plants sur de vastes surfaces. Avant le mois sacré, environ 400 à 500 hectares attendaient d’être replantés, ce qui est anormal pour cette période de l’année », déplore-t-il.
Enfin, la baisse des températures a encore compliqué les choses, retardant la maturation des tomates et réduisant l’offre disponible sur le marché.
Par ailleurs, Ramadan est une période de forte consommation de tomates. L’explosion de la demande exerce ainsi une pression supplémentaire sur les prix.
Face à cette situation, les professionnels du secteur appellent à des mécanismes d’encadrement des prix. « Le gouvernement cherche souvent à réguler le marché en limitant les exportations, alors que c’est notre principal levier pour équilibrer notre activité. Il faudrait plutôt agir sur la chaîne de distribution et les coûts intermédiaires », plaident-ils.
Nos sources appellent également à la mise en place de mécanismes clairs, définissant le prix de la tomate sur toute la chaîne, depuis la production jusqu’au consommateur final.