Le secteur de l’électricité au Maroc repose sur un mix énergétique dominé par les énergies fossiles, bien que le pays accélère sa transition vers les énergies renouvelables. Il est structuré autour d’acteurs publics et privés, dont certains jouent un rôle clé sur le marché boursier. Parmi eux, Taqa Morocco occupe une place centrale en tant que premier producteur privé d’électricité et unique représentant du secteur coté en Bourse.
L’entreprise est née de la volonté du Royaume de diversifier son approvisionnement énergétique pour accompagner son développement industriel et économique. Exploitant la centrale thermique de Jorf Lasfar, Taqa Morocco assure 35% de la demande nationale et représente 18% de la capacité installée.
Depuis son introduction en Bourse en 2013, elle s’est imposée comme un acteur clé du marché marocain de l’énergie, tout en affichant l’ambition d’accompagner la stratégie bas carbone du pays.
En 2024, Taqa Morocco a enregistré un recul de son chiffre d’affaires de 17,5%, atteignant 10.878 MDH. Cette baisse soulève une question essentielle : est-elle conjoncturelle, liée aux fluctuations du prix du charbon, ou révèle-t-elle un changement structurel du secteur électrique marocain ?
La baisse de chiffre d’affaires du secteur de l’électricité s’explique principalement par l’impact de la diminution des frais d’énergie, en raison de la baisse du prix du charbon sur le marché international.
« Ce repli s’explique par le modèle économique de Taqa Morocco : l’entreprise facture à son client (l’ONEE) l’électricité produite sur la base des coûts du combustible. Ainsi, quand le prix du charbon diminue, le coût d’approvisionnement baisse et le montant facturé recule mécaniquement, entraînant une baisse des revenus correspondants. Il ne s’agit donc pas d’une contre-performance opérationnelle, mais d’un effet de prix diminuant la composante ‘énergie’ du chiffre d’affaires de Taqa », nous explique un analyste de la place financière.
Entre 2021 et 2022, le prix du charbon avait connu une hausse sans précédent, atteignant des sommets historiques en raison de la crise énergétique mondiale, exacerbée par la guerre en Ukraine où le charbon-vapeur avait atteint un sommet record avoisinant 384 $/tonne à l’été. Les prix avaient progressivement diminué pour atteindre environ 243 $ en décembre 2022.
Cette flambée des prix avait entraîné une augmentation significative des coûts d’approvisionnement pour Taqa Morocco, se traduisant par une hausse du chiffre d’affaires en 2022.

En 2024, le marché international du charbon a connu une baisse notable des prix. Cette tendance baissière s’est poursuivie en 2024, avec des prix moyens du charbon estimés à 155 $/tonne, en raison notamment de la baisse de la demande et de la hausse des prix du carbone en Europe.
Cette baisse des revenus reflète principalement un ajustement conjoncturel lié à la fluctuation des prix des matières premières, plutôt qu’une indication de tendance structurelle défavorable.
Taqa Morocco achète son charbon sur le marché international, en dollars américains, alors que ses revenus sont libellés en dirhams marocains. Cette différence entraîne des écarts de change, enregistrés comptablement dans un sous-compte de la rubrique « Achats de charbon » sous l’intitulé « Différences sur achats de charbon en dollars ».
Ce traitement n’affecte pas directement la situation financière de l’entreprise, car il reflète une fluctuation comptable et non une perte économique réelle.
Grâce au contrat PPA avec l’ONEE, ces variations sont répercutées, avec un décalage temporel, dans le tarif d’achat de l’électricité. Ainsi, les fluctuations de change n’ont pas d’impact durable sur la rentabilité de l’entreprise.
« La force du modèle de Taqa Morocco réside dans ses contrats à long terme : même si le chiffre d’affaires fluctue au gré du prix du charbon et du dollar, la rentabilité de l’entreprise demeure protégée par le transfert automatique de ces variations à l’off-taker« .
La baisse du chiffre d’affaires de Taqa Morocco en 2024 est avant tout conjoncturelle, conséquence du recul des prix du charbon. Toutefois, le modèle économique de l’entreprise demeure robuste, grâce à des contrats d’achat d’électricité qui stabilisent sa rentabilité.
À court terme, l’évolution des résultats dépendra de la tendance des prix du charbon. Une poursuite de la baisse pourrait maintenir une pression sur le chiffre d’affaires, tandis qu’une remontée des cours offrirait un rebond mécanique des revenus.
L’évolution du MASI Électricité montre que, malgré la baisse du chiffre d’affaires de Taqa Morocco en 2024 due à la chute des prix du charbon, le secteur électrique a connu des phases de rebond. L’indice a suivi une tendance volatile, avec une forte progression en fin de période, ce qui suggère une confiance des investisseurs dans la résilience du secteur.
En comparaison, le MASI global affiche une performance plus stable, mais le MASI Électricité semble avoir surperformé à certains moments, notamment au début de l’année 2025. Cette dynamique indique que, malgré les défis liés aux coûts de l’énergie, le marché perçoit encore des opportunités dans le secteur électrique.