Dans un marché toujours marqué par la prudence, les investisseurs semblent peu à peu reprendre position. À fin avril 2025, les actifs sous gestion des OPCVM frôlent les 750 MMDH, selon les dernières statistiques de l’AMMC.

Il s’agit d’une progression annuelle de près de 15%, qui traduit à la fois le retour d’un environnement monétaire plus favorable et la bonne tenue des marchés financiers. Mais dans le détail, cette croissance repose sur des logiques très différentes d’une catégorie à l’autre.

D’un côté, les OPCVM actions profitent pleinement du rebond du marché boursier et affichent des encours en forte hausse. Pourtant, les souscriptions nettes restent modestes. De ce fait, la performance est là, mais l’argent frais ne suit pas vraiment. De l’autre, les fonds obligataires à court terme, perçus comme plus sûrs, continuent d’attirer massivement les capitaux.

Les arbitrages observés montrent une phase de transition. Les investisseurs s’exposent davantage, mais avec prudence. Le rendement reste une priorité, à condition de ne pas compromettre la sécurité. L’envie de revenir sur le risque est là, mais elle avance à petits pas.

Comment expliquer ces évolutions ?

Les OPCVM actions affichent une hausse remarquable de 29% de leur encours depuis le début de l’année. Pourtant, cette progression est largement attribuable à la performance boursière elle-même, et non à des souscriptions massives.

Comme l’indique un gérant de portefeuille interrogé, « la valorisation des portefeuilles actions explique l’essentiel de la hausse. Le rebond du MASI a dopé les valeurs, mais sans provoquer un engouement généralisé des investisseurs ».

Selon les données de l’ASFIM, les performances des OPCVM actions sur un an glissant varient entre 23% et 49%. La majorité des fonds se situent dans une fourchette de 30% à 40%, en cohérence avec la tendance du marché actions sur la période.

Les OPCVM obligataires à court terme confirment leur statut de catégorie la plus attractive au début de 2025. À fin avril, ils cumulent un encours de 111 MMDH, en hausse de 40,9% depuis le début de l’année.

Cette croissance est largement soutenue par un afflux net de capitaux. En effet, les souscriptions ont atteint 8,93 MMDH contre 3,46 MMDH de rachats, soit un flux net positif de 5,47 MMDH sur le mois.

Cette dynamique s’explique notamment par l’environnement de taux plus bas, qui a renforcé l’attrait des instruments à court terme pour les investisseurs en quête de placements liquides et faiblement risqués.

À un an, la plupart des OPCVM obligataires se situent entre 8% et 11% de performance, des niveaux historiquement élevés. Sur les horizons plus longs, certains véhicules enregistrent des rendements remarquables, jusqu’à 22,4% sur 5 ans pour les meilleurs profils.

Côté OPCVM diversifiés et monétaires, la dynamique est modérée mais bien orientée. Les fonds diversifiés progressent de 21,6%, portés par une combinaison de valorisation et de collecte positive, tandis que les fonds monétaires poursuivent leur redressement avec une hausse annuelle de 6,3%.

Les performances des OPCVM monétaires sur un an glissant s’établissent dans une fourchette allant de -0,39% à +5,85%.

À cinq ans, les rendements cumulés varient entre -3,81% et +14,18%, confirmant la diversité des profils de gestion au sein de cette catégorie pourtant perçue comme prudente. Sur l’année 2025 (YTD), les fonds monétaires affichent des performances comprises entre 0,04% et 3,85%, en ligne avec la détente progressive des taux interbancaires et la baisse du taux directeur à 2,25% décidée par Bank Al-Maghrib en mars.

Selon plusieurs professionnels du marché, cette configuration reflète une reprise sélective de l’activité de gestion collective, dans laquelle les investisseurs réallouent prudemment leur épargne. « Ce n’est pas encore un retour massif au risque. C’est une logique de repositionnement graduel, en phase avec la baisse des taux, mais toujours marquée par une certaine prudence ».

Les flux confirment une préférence claire pour le court terme et le revenu sécurisé

Derrière la progression globale des encours OPCVM, les mouvements de souscriptions et de rachats révèlent les véritables choix d’allocation des investisseurs. Et à ce jeu-là, une tendance se détache nettement : la recherche de stabilité, dans un environnement encore incertain.

Les OPCVM obligataires à court terme concentrent l’essentiel des nouveaux capitaux. Cette catégorie profite pleinement de la détente des taux intervenue depuis la décision de Bank Al-Maghrib en mars 2025, qui a ramené le taux directeur à 2,25%.

« La baisse du taux directeur a modifié nos anticipations de rendement sur les obligations. Nous avons renforcé nos positions sur les produits à court terme, moins sensibles à la volatilité et immédiatement valorisés », explique le gérant de portefeuille.

« Dans le contexte actuel, le rendement court terme redevient attractif pour nos clients institutionnels. On privilégie des durées maîtrisées et des produits très liquides ».

À l’opposé, les OPCVM actions, bien qu’en forte hausse de valorisation depuis le début de l’année, n’ont enregistré que 263 MMDH de flux nets à fin avril. Leur encours s’établit à 69,1 MMDH, en progression de 29% depuis début 2025, mais cette dynamique provient quasi exclusivement de l’effet marché, en particulier sur le premier trimestre.

En avril, le mouvement s’est inversé, avec une baisse mensuelle de -1,53%, traduisant un net retournement du sentiment des investisseurs face à la correction du MASI.

« En début d’année, l’optimisme sur les actions marocaines était réel, porté par la détente obligataire et une lecture favorable des résultats des entreprises. Mais la guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine a ravivé les tensions, et on a vu un coup d’arrêt dans les flux vers les fonds actions ».

« Nos clients restent exposés aux actions, mais avec prudence. Le regain de volatilité internationale nous pousse à adopter une gestion plus tactique, sans augmenter fortement les allocations », résume-t-il.

Les autres catégories enregistrent des dynamiques intermédiaires. Les fonds monétaires bénéficient de flux nets positifs de plus de 2,3 MMDH, utilisés comme instruments de gestion de trésorerie. Les fonds diversifiés, eux, progressent grâce à une combinaison modérée de performances et de collecte. En revanche, les fonds obligations à moyen et long terme affichent un flux net négatif, pénalisés par leur exposition plus longue à la courbe des taux.

« Il est encore trop tôt pour allonger les durations. Tant que le cycle de baisse des taux n’est pas pleinement engagé, on préfère rester positionnés sur des maturités plus courtes ».

Ces choix montrent le retour progressif de l’appétit pour le risque, reste conditionné par la stabilité des repères macroéconomiques. Pour l’heure, les portefeuilles se repositionnent, mais sans basculement massif.