Plusieurs vidéos circulant sur les réseaux sociaux font état d’une récente invasion de criquets pèlerins, principalement dans la région de M’Hamid El Ghizlane (sud de Zagora), les environs d’Errachidia et au sud de Tata, notamment dans la vallée de l’oued Drâa.

Parallèlement, des images récentes montrent clairement des criquets pèlerins adultes en phase solitaire.

Vidéo montrant des populations de criquets dans la commune de Taouz, province d’Errachidia. (source : réseaux sociaux)

Les précipitations persistantes, enregistrées jusqu’au mois de mai dans le Sud-Est, ont créé un environnement favorable au développement de la reproduction des criquets pèlerins. Cependant, la situation demeure sous contrôle par les autorités de lutte antiacridienne et ne présente pas à ce stade les caractéristiques d’une invasion.

La situation normale s’explique principalement par deux facteurs : d’une part, la présence des criquets se concentre dans l’aire de récession printanière habituelle de l’espèce (sud-est du Maroc) ; d’autre part, les dispositifs de surveillance et de contrôle déployés dans la région assurent une gestion efficace de la situation acridienne.

En avril 2025, les équipes du centre national de lutte antiacridienne ont traité 1.785 hectares, dont 600 hectares par voie aérienne, notamment dans la vallée du Drâa, du Ziz-Ghris et quelques zones de l’Oriental.

Situation acridienne nationale : la reproduction printanière a augmenté le nombre des criquets

Au cours du mois d’avril 2025, plusieurs sites de reproduction de criquets pèlerins ont été observés dans le Sud marocain. Des groupes d’adultes en phase de reproduction ont été signalés principalement dans trois zones distinctes : le sud-ouest de Merzouga, le sud-ouest de Zagora, ainsi que les secteurs sud-est et sud de Tata. Ces observations ont été particulièrement concentrées durant la première quinzaine du mois, indiquant une activité reproductive soutenue dans ces régions.

Parallèlement, les prospections ont révélé la présence de populations larvaires dispersées sur un vaste territoire allant de Fam El Hisn à Zagora. L’évolution temporelle de ces populations montre une progression nette des stades de développement. En effet, alors que les jeunes stades dominaient en début de mois, les observations de fin avril ont mis en évidence une prédominance de stades plus avancés.

Certaines zones ont présenté des concentrations plus importantes, notamment au sud de Tata où des groupes de larves du 1er au 4ᵉ stade ont été recensés durant la première quinzaine, tandis que le sud-ouest de Zagora a accueilli des populations mixtes de tous les stades dans la seconde moitié du mois.

Criquets
Les différences entre le criquet pèlerin solitaire et le criquet pèlerin grégaire.

Durant la période entre le 1ᵉʳ et le 19 mai 2025, les données recueillies par la FAO ont recensé 56 sites d’adultes solitaires et 46 sites de forme larvaire. Fait important, aucune formation de bandes larvaires ni aucun individu grégaire n’ont été détectés durant cette période. Ces éléments suggèrent que, malgré une activité reproductive continue et un développement larvaire actif, la situation reste sous contrôle sans signe avant-coureur de grégarisation.

La situation dans les pays du Maghreb

Contrairement à la situation relativement stable observée au Maroc, la situation reste préoccupante en Algérie et en Tunisie.

L’Algérie a fait face à une activité acridienne plus intense durant le mois d’avril 2025, particulièrement dans les régions sahariennes où des formes grégaires et des bandes larvaires jusqu’au 5stade ont été identifiées, et dont le nombre a augmenté jusqu’à 66 signalisations durant le mois de mai 2025.

En Tunisie, la situation acridienne se caractérise par la présence de formes adultes de criquets pèlerins solitaires, transients et grégaires, dispersés, en groupes. Durant la deuxième moitié d’avril 2025, plusieurs bandes de premiers stades larvaires sont apparues, dont le nombre a augmenté de 8 sites de bandes larvaires à 123 signalements de bandes larvaires.

Une nouvelle situation a été enregistrée en Mauritanie à la fin du mois d’avril et en mai, marquant l’apparition de formes solitaires adultes de criquets pèlerins. Cette situation suggère une probable immigration depuis le Maroc vers le sud, après la période de récession printanière. Les populations de criquets devraient se déplacer vers des zones plus propices au développement, correspondant à l’aire de récession estivale située au niveau des pays du Sahel.