Pour comprendre les dynamiques profondes d’une économie, il ne suffit pas d’en observer les agrégats globaux. C’est dans la lecture fine des structures sectorielles que se révèlent les forces motrices, les vulnérabilités persistantes et les marges de transformation.

À travers l’analyse des comptes nationaux du HCP sur la période 2014-2024, Médias24 propose une analyse approfondie de l’évolution des valeurs ajoutées sectorielles.

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Comme expliqué dans l’article réservé au poids de l’industrie dans le PIB, pour évaluer la contribution de chaque secteur à l’économie, on peut adopter deux cadres de référence. Il est possible de rapporter la valeur ajoutée de chaque secteur soit au PIB nominal, soit à la valeur ajoutée totale.

La seconde méthode s’avère plus rigoureuse et plus fidèle à la réalité productive. Elle neutralise l’effet des impôts, qui ne constituent pas de la richesse créée, et permet une comparaison directe entre les secteurs. En revanche, la mesure fondée sur le PIB nominal inclut les impôts sur la production, dont la ventilation par secteur n’est pas disponible avec précision.

Ainsi, pour identifier les secteurs moteurs et ceux qui freinent la croissance économique, la méthode consiste à comparer leurs taux de croissance annuels moyens à celui de la valeur ajoutée globale (4,1%).

Les secteurs moteurs

Parmi les secteurs moteurs, c’est-à-dire ceux dont le taux de croissance annuel moyen (TACM) est supérieur à celui de la valeur ajoutée globale (4,1%), on en dénombre huit.

Huit des seize secteurs affichent un taux de croissance annuel moyen supérieur à celui de la valeur ajoutée globale

En tête du classement, les services de recherche-développement et services rendus aux entreprises enregistrent un taux de croissance annuel moyen exceptionnel de 6,8%, bien au-dessus de la moyenne nationale.

Bien que leur poids économique reste limité, cette performance traduit un frémissement dans les domaines de l’innovation, de la sous-traitance technique et du conseil, autant de leviers clés pour une montée en gamme de l’économie marocaine.

Le secteur de l’hébergement et de la restauration, avec une croissance annuelle de 5,9%, confirme son rôle dans la relance post-Covid, soutenu par la résilience du tourisme national et international. Ce dynamisme reflète à la fois un rattrapage conjoncturel et une transformation structurelle des capacités d’accueil du pays.

La pêche et l’aquaculture affichent également une croissance de 5,5%. Leur contribution globale reste modeste, mais leur rôle dans certaines régions et leur potentiel exportateur leur confèrent un poids stratégique.

Les activités de production et de distribution d’électricité, de gaz, d’eau et de gestion des déchets progressent à un rythme soutenu de 5,1%.

Cette performance soutenue reflète une intensification des investissements dans les infrastructures énergétiques et environnementales, notamment les réseaux urbains d’eau et d’assainissement.

Les activités financières et d’assurance connaissent une croissance de 4,9%, supérieure à la moyenne de la valeur ajoutée globale, signalant une certaine résilience du système financier marocain malgré les défis de transformation numérique, de régulation accrue et de mutation du modèle bancaire.

Le secteur agricole, avec un TCAM de 4,5%, dépasse légèrement la moyenne nationale malgré la forte volatilité interannuelle. Ce résultat globalement positif traduit l’effet des campagnes favorables, du développement de l’agriculture irriguée et de la modernisation progressive des exploitations.

⇒Ladministration publique, avec une croissance annuelle moyenne de 4,4%, reste un acteur stabilisateur de la croissance, avec une évolution régulière liée à l’élargissement des services publics, à l’investissement social et aux réformes administratives.

Enfin, le secteur industriel manufacturier enregistre un TCAM de 4,3%. Ce taux, légèrement supérieur à la moyenne nationale, traduit une performance respectable, mais insuffisante pour impulser une transformation structurelle : la croissance reste tirée par des segments spécifiques (automobile, aéronautique, agroalimentaire), mais limitée par une faible intégration locale et technologique.

Les secteurs en retrait : une inertie qui pèse sur la dynamique d’ensemble

À l’opposé, plusieurs secteurs enregistrent une croissance inférieure ou égale à 4,1%, ce qui les place en situation de frein relatif à la croissance structurelle.

Le secteur du commerce, avec un TCAM exactement égal à 4,1%, n’atteint pas le seuil des secteurs moteurs. Ce rythme de croissance modéré suggère la maturité d’un secteur confronté à une transformation lente de ses circuits (digitalisation, grande distribution, logistique), mais également à des limites en matière de productivité et de structuration du commerce de proximité.

Le secteur extractif, avec un TCAM de 3,9%, reste dépendant de la volatilité des cours internationaux et des aléas des exportations.

Le secteur de la construction, avec un TCAM de 4,0%, montre une croissance inférieure à la moyenne malgré l’importance des investissements publics.

Le secteur regroupant l’éducation, la santé humaine et l’action sociale enregistre une progression annuelle de 3,4%. Cela peut refléter des rigidités de gestion, des limites d’investissement ou des contraintes budgétaires.

Le transport et l’entreposage, avec 2,7%, est l’un des maillons faibles du tissu productif. Cette performance décevante contraste avec son rôle stratégique dans les chaînes logistiques, les échanges régionaux et l’accessibilité territoriale.

Les activités immobilières, en progression lente (2,3%), confirment le tassement du marché résidentiel et tertiaire. L’insuffisance d’innovation dans l’offre, le poids de l’informalité et l’évolution de la demande expliquent ce ralentissement.

Le secteur de l’information et de la communication, censé porter la transition numérique, affiche une croissance très faible de 1,4%, ce qui interroge sur l’efficacité des stratégies digitales et l’adéquation des compétences.

Enfin, la catégorie des autres services ferme le classement avec une quasi-stagnation à 1,2%, signe d’un tissu de services encore peu structuré, à faible valeur ajoutée et en partie informel.

Sur la période 2014-2024, la croissance économique marocaine a été portée par une poignée de secteurs en nette progression : recherche-développement, hébergement-restauration, pêche, énergie, finance, agriculture et administration publique.

À l’inverse, huit secteurs sur seize, dont l’industrie, le commerce, la construction ou encore les transports, affichent des performances inférieures ou stagnantes. Certains domaines stratégiques, comme l’information-communication et les services sociaux, évoluent à un rythme particulièrement lent.

Par ailleurs, Médias24 a calculé le poids de chaque secteur dans la valeur ajoutée globale et dans le PIB, afin d’offrir une lecture de l’évolution annuelle de la part sectorielle dans l’économie marocaine.

Poids des secteurs dans la valeur ajoutée globale :

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Poids des secteurs dans le PIB nominal :

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NB : Vous pouvez sélectionner les secteurs à afficher dans les Dashboards interactifs de Médias24, via le menu déroulant situé en haut à gauche (sélection multiple).