Dès le début des manifestations lancées par GenZ212, les manifestants demandent un meilleur accès à la santé. Dans leurs slogans, les jeunes opposent même les investissements dans d’autres secteurs comme le sport à ceux dans les secteurs de la santé et de l’éducation, demandant que les moyens financiers soient orientés vers ces secteurs.

Le secteur de la santé souffre d’importants dysfonctionnements et a été tout récemment au cœur de scandales qui nécessitent des enquêtes et une publication des résultats de ces enquêtes. Le dernier en date, le décès de 8 femmes dans le service de maternité d’un établissement public de santé à Agadir, suite auquel plusieurs responsables régionaux ont été limogés.

Pourtant le secteur de la santé est au cœur d’une réforme d’ampleur impliquant de conséquents budgets. Comme nous allons le voir ci-dessus, des budgets non négligeables, même conséquents, sont mobilisés.

Pourquoi donc la santé pâtit-elle encore de tous ces maux et problèmes alors même que les budgets dédiés à ce secteur augmentent ?

Évolution du budget de la santé

Le budget de la santé suit une trajectoire ascendante et ce depuis des années. Entre 2021 et 2025, le budget de la santé a progressé d’environ deux tiersSelon les documents relatifs aux morasses budgétaires des années précédentes, le budget de la santé s’élevait à 19,8 MMDH en 2021. Il est passé à 23,5 MMDH en 2022, à 28,1 MMDH en 2023 et à 30,7 MMDH en 2024, puis à 32,6 MMDH en 2025.

Entre 2021 et 2025, l’enveloppe budgétaire dédiée au ministère de la Santé et de la protection sociale, couvrant à la fois le fonctionnement et l’investissement, est donc passée de 19,8 MMDH à 32,6 MMDH, soit une progression de 64,6%. Ces constats suffisent à invalider l’idée d’un vase communicant où les stades viendraient siphonner les hôpitaux.

Le vrai problème de la santé n’est pas l’argent, la corruption gangrène les hôpitaux

Un budget encore en deçà des standards de l’OMS

Il convient de souligner un point essentiel dans ce débat. En pratique, une grande partie du budget de la santé est absorbée par les dépenses liées au personnel, qu’il s’agisse des salaires, des primes ou encore des frais de déplacement.

La marge restante, constituée des crédits de fonctionnement dédiés au matériel et aux dépenses diverses, ainsi que des crédits d’investissement, est celle qui a un impact direct sur la qualité des soins. Ce sont ces enveloppes qui conditionnent la disponibilité des médicaments et des vaccins, l’acquisition d’outils de diagnostic, l’entretien et l’équipement des locaux, ou encore l’accès à des ressources matérielles capables de se traduire en services concrets pour les citoyens.

À titre d’exemple, en 2025, le crédit de fonctionnement alloué au personnel s’élève à 15,8 MMDH. Il couvre essentiellement les salaires, les primes ainsi que les frais de déplacement et autres charges liées aux ressources humaines.

 

Le matériel et les dépenses diverses représentent 7,8 MMDH, couvrant l’achat de médicaments, d’équipements médicaux, de consommables ainsi que l’entretien et le fonctionnement quotidien des structures de santé. Le budget d’investissement, fixé à 9 MMDH, est destiné à la construction et à la modernisation des hôpitaux, à l’acquisition de matériels lourds et au développement des infrastructures sanitaires.

Par ailleurs, à la question de savoir si le budget général de l’État alloué à la santé est suffisant ou pas, l’OMS dans son rapport « Stratégie de coopération entre le Maroc et l’OMS pour la période 2023-2027 » souligne que malgré l’effort budgétaire consenti ces dernières années, le niveau de financement demeure en deçà du seuil de 12% recommandé par l’organisation.