Des pénuries d’approvisionnement, signalées par la hausse des prix du cuivre et du zinc durant ce mois d’octobre, devraient impacter plusieurs segments industriels, au premier rang desquels le secteur énergétique.
C’est ainsi que le cours du cuivre à la Bourse des métaux de Londres (London Metal Exchange) a dépassé pour la première fois le seuil de 11.000 dollars la tonne. Simultanément, le prix du zinc a également augmenté, dépassant le seuil de 3.000 dollars la tonne sur la même bourse.
Alors que les fonderies chinoises ont réduit leur production, le marché mondial se trouve fortement vulnérable à la situation actuelle.
Les investisseurs observent attentivement l’évolution d’un possible accord commercial sino-américain. Cet accord, attendu d’être scellé avant la visite du président Trump en Chine au cours de cette semaine, pourrait soulager progressivement l’approvisionnement. Toutefois, l’incertitude prédomine, alors que le président américain a laissé entendre que la possibilité d’un échec des négociations n’était pas à écarter.
Qu’est-ce qui bouleverse les cours de ces deux métaux stratégiques ?
Durant 2025, le cuivre, minerai clé pour l’industrie, a progressé de plus de 20%. La banque Goldman Sachs a estimé que le prix du cuivre devrait à court terme poursuivre sa hausse depuis août 2025 d’après ses échanges avec les principaux acteurs lors de la récente conférence annuelle de la Bourse des métaux de Londres. Ces derniers s’attendent à augmenter leurs positions si les prix continuent d’augmenter.
Le cours du cuivre connaît une volatilité accentuée, porté par un marché extrêmement tendu. Cette situation critique résulte d’une série d’incidents majeurs qui ont frappé les plus grands sites miniers mondiaux :
- En Indonésie, une coulée de boue mortelle est survenue dans la mine Grasberg, la troisième plus importante mine de cuivre.
- Au Chili, une explosion mortelle de roche à la mine de Codelco s’est transformée en une contrainte de production à plus long terme.
- La production d’Anglo American, l’un des cinq grands producteurs de cuivre, devrait être revue à la baisse l’année prochaine.

De même, le cours du zinc est actuellement déséquilibré avec les stocks à la Bourse des métaux de Londres à des niveaux critiques ne permettant pas d’offrir une visibilité longue. Ces niveaux nécessitent une augmentation des exportations de la Chine, principal fournisseur de ce métal, pour reconstituer une nouvelle fois ces réserves.
D’après une enquête menée par Reuters, l’excédent d’approvisionnement prévu pour cette année est relativement modeste, de 85.000 tonnes, et il se trouve entièrement en Chine. L’opacité sur ce métal est augmentée, alors que les fonderies hors de Chine, malgré leur faible capacité, ont été mises hors service ou ont complètement fermé.

L’enquête a également démontré une récente augmentation des exportations de zinc raffiné vers des destinations inhabituelles telles que Djibouti en Afrique de l’Est et le Guatemala en Amérique centrale.
Quelle est la place de la production minière marocaine en cuivre et en zinc ?
En tant que troisième producteur africain de cuivre, la production minière marocaine de ce minerai est principalement portée par le groupe Managem, qui produit annuellement 100.000 tonnes de concentré de cuivre. En 2026, le groupe s’apprête à doubler cette capacité grâce à l’ouverture de la mine de Tizert prévue fin octobre 2025.
Parallèlement, Managem développe la construction de la première fonderie d’Afrique du Nord. Ce projet augmentera la valeur ajoutée en produisant, pour la première fois au Maroc, de la cathode de cuivre, un produit d’une pureté de 99,95% très demandé par les industries électrique et électronique, permettant de mieux valoriser le produit minier extrait.
Parmi les retombées directes de ce projet de fonderie, il y a le fait que l’ensemble des mines marocaines exportaient leur production sous forme de concentré, laissant d’autres pays bénéficier de la marge de valorisation.
De même, le Maroc produit environ 40.000 tonnes de zinc provenant des grandes mines, se positionnant comme le 4ᵉ producteur africain. Cependant, en l’absence de fonderie, la valorisation est limitée à sa transformation en oxyde de zinc dans le complexe minier de Guemassa.
L’augmentation actuelle des prix devrait améliorer les résultats d’exploitation de ces deux minerais au Maroc. Cependant, le Royaume ne profite pas pleinement de son secteur minier en raison du développement précoce de la valorisation minière. L’exploitation de ce segment pourrait pourtant ouvrir la voie à des marges financières plus importantes, d’autant plus que la course vers les métaux stratégiques ne fait que commencer.
Quels impacts sur l’industrie marocaine ?
Bien que le Maroc soit producteur de cuivre et de zinc, son industrie, en l’absence de valorisation, ne bénéficie pas directement de l’exploitation de ses mines et continue d’assurer ses besoins en matières premières par l’importation, ce qui l’expose directement à ce type de chocs sur les prix et de tensions d’approvisionnement.
En raison de ses multiples applications, notamment dans le secteur de l’énergie électrique, la transition vers les énergies propres stimulera fortement la demande de cuivre, ce qui accentuera les tensions sur l’offre et provoquera plus de situations de pénurie.
Les projets de fonderies sont stratégiques pour bâtir une souveraineté industrielle, car ils permettent de transformer le minerai brut, qui peut contenir des impuretés ou présenter des teneurs faibles et hétérogènes, en un produit pur adapté aux exigences de chaque industrie.
À première vue, ces projets peuvent sembler simples et se limiter à une acquisition d’équipements. Or, ils nécessitent également l’acquisition du savoir-faire, notamment par l’obtention de licences qui régissent les processus de valorisation.
Au Maroc, plusieurs projets de valorisation ont été récemment annoncés et sont en cours de développement (cuivre, lithium, graphite, manganèse, recyclage de certains métaux…). Ils permettront, à terme, de réduire la forte dépendance à l’importation de matières transformées. Cependant, leur mise en service devrait nécessiter plus de temps, ne pouvant se concrétiser qu’à l’horizon 2030 au mieux.
En plus de la valorisation, le développement de stocks stratégiques et commerciaux des minerais critiques est d’autant plus important pour épargner à l’industrie nationale les chocs sur les marchés internationaux et pour hisser la compétitivité de l’industrie nationale. Actuellement, plusieurs pays ont créé des stocks stratégiques, parmi lesquels figurent les États-Unis, la Chine, la Corée du Sud, le Japon…
En attente d’adoption, la nouvelle réforme minière est destinée à introduire de nouveaux textes réglementaires. Ceux-ci définiront la liste des minerais stratégiques et critiques, en fonction de laquelle les sociétés minières pourront être tenues de réserver tout ou partie de leur production pour satisfaire les besoins industriels nationaux. Elle permettra également de libérer davantage la valorisation minière en supprimant l’obligation d’obtenir une licence minière pour faire de la valorisation.