Verbatim. L’essentiel à retenir de la conférence de presse de Abdellatif Jouahri

Après la décision de Bank Al-Maghrib de maintenir son taux directeur inchangé à 2,25%, Abdellatif Jouahri, wali de la Banque centrale, s’est présenté, comme à l’accoutumée, devant la presse.

Il a expliqué les motivations de ce choix de statu quo en matière de taux directeur et a répondu aux questions des journalistes sur plusieurs sujets, allant de la situation des banques marocaines en Europe aux finances publiques, en passant par le nouveau projet de loi bancaire.

Voici les points essentiels à retenir :

Succursales des banques marocaines en Europe

Il s’agit d’un sujet important et vital pour l’économie marocaine, puisque la directive européenne risque de nuire à l’activité des succursales marocaines en Europe et, par ricochet, aux transferts des MRE.

Pour Jouahri, les choses avancent de manière positive. Néanmoins, il reste à préciser quelques indications, qu’il qualifie de vagues.

« La task force a été mise en place et a continué de travailler sans relâche… Le ministère des Affaires étrangères, le ministère des Finances, Bank Al-Maghrib, et les trois principales banques marocaines en particulier, qui ont leurs filiales en Afrique, y ont pris part. Après le vote et la publication en juin de cette fameuse décision, nous nous sommes attaqués au problème. La directive a laissé aux États le soin de la transposer dans chaque législation nationale. Nous, nous avons traité le côté français… Plusieurs réunions ont été tenues entre les parties françaises, le Trésor français et la task force », indique-t-il.
L’issue des négociations donne satisfaction, le deal trouvé ne va pas porter atteinte à l’activité relais des succursales marocaines« On est arrivé à un contour qui, grosso modo, nous donne satisfaction, ça ne va pas limiter l’activité relais des filiales des banques marocaines en Europe. Mais il faut que l’accord auquel nous avons abouti soit soumis à la Commission européenne, afin qu’elle donne son feu vert. Et puis, nous devons traiter avec les autres pays partenaires du Maroc dans lesquels il y a une implantation importante des filiales de nos banques : l’Espagne, l’Italie, la Belgique, les Pays-Bas, etc. Nous sommes sur la bonne voie, mais le Trésor français a laissé quelques points un peu vagues par rapport au régulateur français. J’ai indiqué à l’équipe qui négocie de préciser dès maintenant tout ce qui est flou. Il ne faut surtout pas laisser des termes qui peuvent prêter à confusion », poursuit le Wali.

La nouvelle loi bancaire

Le projet de la nouvelle loi bancaire vient renforcer le cadre macroprudentiel du système bancaire spécifiquement et financier en général. Parmi les dispositions de la loi, figure la consolidation du rôle de Bank Al-Maghrib, au-delà du strict cadre macroprudentiel, afin d’inclure des décisions opérationnelles en matière de résolution.

Selon Jouahri, il s’agit d’un élément clé qui va consolider la position du Maroc à l’approche des notations du FMI et de la Banque mondiale.

« Nous travaillons sur un nouveau projet de loi bancaire, car la loi actuelle, adoptée en 2014-2015, doit être mise à jour pour intégrer les nouveaux éléments prudentiels, renforcer le suivi des banques, prendre en compte les nouveaux risques, etc. Le texte sur la résolution bancaire a été acté en Conseil de gouvernement, il permettra, en cas de crise, de prendre les mesures nécessaires pour assurer la stabilité du système. Ce travail intervient alors que le secteur financier marocain sera évalué par le FMI et la Banque mondiale, une mission désormais prévue pour débuter fin 2026″, précise Jouahri.

Les financements innovants

Interrogé au sujet des financements innovants, Jouahri a indiqué qu’il s’agit d’un mécanisme qui a aidé à faire face aux dépenses auxquelles l’économie marocaine a dû répondre, tout en insistant sur le fait que ces montants vont commencer à diminuer.

« Concernant les financements innovants, ils sont considérés comme des recettes, mais pas comme des éléments de financement. Et cela est admis par le FMI conformément à son recueil de données et statistiques. Il le fait avec nous comme avec d’autres pays lorsqu’ils recourent à ce type de financement », explique-t-il.

« Mais certainement, dans les années à venir, les montants vont faiblir. En 2025, c’était 35 MMDH. En 2026, on verra ce que prévoira la loi de finances. Mais vraisemblablement, dans la programmation budgétaire triennale (PBT) 2026-2028, ce montant devra diminuer. On aurait dû l’encadrer, mais dans la mesure où il a été admis par le FMI, et dans la mesure où il a permis de combler les besoins, notamment pour faire face aux dépenses liées à la crise, au tremblement de terre et aux années de sécheresse, je pense que ça a été un instrument utile. Mais c’est un élément qui devra diminuer », poursuit Jouahri.

En ce qui concerne la prise en considération des charges de loyer à long terme de l’État dans la trajectoire de la soutenabilité de la dette publique, Jouahri a indiqué qu’elles sont prises en considération.

« Les loyers vont commencer à être payés. Si ma mémoire ne me trompe pas, le montant prévu au titre de l’année 2025 est de 7 MMDH. Ces loyers devraient être intégrés dans les charges, de la même manière que vous avez inclus les recettes issues des financements innovants dans les recettes. Il faut les inclure dans les charges courantes », précise-t-il.

La réforme du régime de change:passage au ciblage d’inflation en 2027

Pour Jouahri, le passage au ciblage de l’inflation sera lancé en 2026 comme année de test, avant d’entrer officiellement en vigueur à partir de janvier 2027. Quant à l’abandon du panier de change et au passage à une fluctuation libre de la valeur du dirham, il affirme que ce n’est pas à l’ordre du jour et que le FMI l’a bien compris.

« Ce que j’ai dit au FMI, c’est que je ne peux pas passer à la deuxième étape, c’est-à-dire abandonner l’ancrage au panier et commencer une étape où c’est le marché qui va déterminer la valeur externe de la monnaie. Je l’ai expliqué malgré l’insistance du FMI. Le tissu économique marocain n’est pas encore tout à fait prêt à cette étape. Nous passons d’un ancrage de taux de change à un ancrage qui est la politique monétaire et donc le taux directeur. Il est impossible que je fasse ce choix sans être convaincu que pratiquement l’ensemble des opérateurs économiques sont en mesure de saisir la portée du passage, ses implications, ce qu’elles doivent faire pour ne pas subir les conséquences négatives », souligne-t-il.

« Avec le FMI, nous avons trouvé un terrain d’entente. Nous leur avons dit que nous pouvions faire le passage au ciblage d’inflation mais sans réaliser ce deuxième saut au titre de la réforme du régime de change. Ils ont accepté, et d’ailleurs, dans les comptes rendus des consultations au titre de l’article IV, il n’y a plus de référence à cela. Avec l’assistance du Fonds monétaire, nous avons travaillé pour que les outils, la méthodologie et les ressources humaines soient prêts pour ce passage au ciblage d’inflation. Nous serons prêts pratiquement en fin d’année, mais ce que nous comptons proposer au Fonds monétaire international, c’est de faire une année test, une année blanche, en 2026, où nous allons appliquer les deux méthodes, celle que nous utilisons actuellement et celle du ciblage d’inflation, pour nous assurer que nous sommes réellement à l’aise pour lancer la réforme. Pour nous, l’étape fixée est de lancer officiellement le ciblage d’inflation et sa mise en œuvre à partir du 1ᵉʳ janvier 2027« , conclut Abdellatif Jouahri.

Changer les esprits, pas seulement les programmes : Al Akhawayn prépare sa mue pour 2030

Ce mercredi 11 juin 2025, au siège de Bank Al-Maghrib à Rabat, l’université a donné le coup d’envoi de la réflexion autour de son futur Plan stratégique 2025-2030. L’occasion aussi de marquer une étape symbolique : ses 30 ans d’existence.

Dans une intervention empreinte de recul et de clarté, Abdellatif Jouahri, président du conseil d’administration, a retracé les grandes étapes de l’histoire de l’université, rappelant sa mission fondatrice qui est d’offrir au Maroc un modèle académique d’excellence, inspiré des standards internationaux.

Il a insisté sur la capacité d’Al Akhawayn à évoluer avec son temps, en phase avec les priorités du pays. « Nous sommes une université qui s’adapte aux besoins du pays, du gouvernement, de la société ».

Amine Bensaïd, président de l’université depuis 2019, est quant à lui venu présenter un projet qui ne s’inscrit pas dans une simple logique de planification. Ce qu’il défend, c’est une transformation profonde. Pas une rupture brutale, mais un glissement résolu vers une nouvelle culture éducative, fondée sur l’adaptabilité, l’esprit critique et la responsabilisation des étudiants. Une transformation des contenus, oui, mais surtout des mentalités.

Changer le mindset des étudiants, un enjeu de fond

Former à des savoirs ne suffit plus. Pour Amine Bensaïd, c’est la manière de penser, de réagir à l’échec, de s’accrocher face à l’incertitude qui devient aujourd’hui centrale. « Nous ne cherchons pas seulement à transmettre des connaissances, mais à transformer la manière dont les étudiants abordent les défis ».

Il s’appuie sur une étude menée avec l’UM6P et le MIT. Résultat marquant : lorsqu’un étudiant marocain est confronté à un obstacle, il change souvent d’idée. À l’inverse, un étudiant du MIT persiste jusqu’à la concrétisation. Ce décalage, explique-t-il, renvoie à une dimension essentielle : les habitudes de l’esprit. Et c’est précisément ce que le modèle Liberal Arts d’Al Akhawayn cherche à développer : un modèle éducatif, inspiré des universités américaines, qui ne cloisonne pas les savoirs. Il vise à former des esprits ouverts, capables de relier les idées, de poser des questions complexes, de raisonner de manière critique et de communiquer efficacement.

C’est dans cette logique que s’inscrit ce qu’Amine Bensaïd appelle le mindset entrepreneurial, une posture qui s’appuie sur des qualités comme la résilience, la curiosité, l’initiative et la constance. Et si ce changement de posture prend du temps, les signaux sont encourageants.

Les étudiants d’Al Akhawayn s’engagent de plus en plus dans des dynamiques entrepreneuriales concrètes, soutenues notamment par les incubateurs de l’université. Ces structures offrent un cadre pour expérimenter, innover, tester des idées et collaborer avec des chercheurs, des experts et des mentors.

Et les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 2025, plus de 920 étudiants ont participé à des programmes d’entrepreneuriat et d’innovation, sans y être contraints, preuve qu’un changement de culture est bel et bien en cours.

Former à l’intelligence artificielle, sans perdre l’humain

Mais l’université ne s’arrête pas là. Elle investit massivement un autre terrain : celui de l’intelligence artificielle. Et pas de manière opportuniste. « Nous avons un master en IA depuis 1995 », rappelle Amine Bensaïd. Dès l’année prochaine, seize nouveaux programmes viendront enrichir son offre, dont plusieurs axés sur l’IA appliquée à des secteurs stratégiques comme la fintech, la cybersécurité ou les systèmes intelligents.

Mais l’ambition de l’université ne s’arrête pas à la formation des étudiants. Elle s’étend aux enseignants qu’elle prépare activement à intégrer l’IA dans leurs pratiques pédagogiques. Grâce à des partenariats avec des universités américaines, les professeurs sont formés et certifiés pour utiliser ces outils de manière pertinente, avec un seul objectif : mieux accompagner les étudiants, en adaptant l’enseignement à leurs besoins et à leurs capacités.

L’IA devient ainsi un moyen de rendre la pédagogie plus fine, plus réactive, et véritablement centrée sur l’élève.

Mais ici encore, la prudence est de mise. « La génération Z est hyperconnectée. L’IA les fascine, mais elle peut aussi devenir une source de stress, voire d’isolement. Notre mission, c’est aussi de les protéger ».

C’est pourquoi Al Akhawayn développe une approche équilibrée : intégrer l’IA sans déshumaniser, renforcer les dispositifs de soutien psychologique et préparer les jeunes à évoluer dans un monde automatisé sans y perdre leur boussole intérieure.

Qualité de l’accueil dans les agences bancaires : le rappel à l’ordre de Bank Al-Maghrib

Cette initiative répond à une recrudescence des plaintes de la clientèle concernant la qualité de l’accueil et le comportement de certains employés des établissements bancaires, comme l’a souligné le gouverneur de Bank Al-Maghrib, Abdelattif Jouahri, dans un courrier adressé au GPBM.

Ce constat préoccupant a été mis en exergue lors de récentes rencontres organisées par Bank Al-Maghrib avec le Centre de médiation bancaire et différentes fédérations de protection des consommateurs.

Dans ce contexte, BAM a jugé nécessaire d’adopter des mesures concrètes en partenariat avec le GPBM afin d’améliorer l’expérience client dans les agences bancaires, selon les termes de la lettre adressée au GPBM.

La commission mixte BAM-GPBM aura pour mission principale d’analyser en profondeur les pratiques actuelles en matière d’accueil et de service à la clientèle. Elle identifiera les meilleures pratiques, définira des indicateurs de suivi et proposera des solutions concrètes visant à garantir un niveau de service homogène et satisfaisant dans toutes les banques du pays.

En outre, cette commission élaborera une charte interbancaire qui servira de cadre de référence pour adopter les bonnes pratiques minimales et uniformes au sein du secteur bancaire. Cette charte contribuera à renforcer la confiance entre les banques et leurs clients tout en consolidant l’image et la réputation du secteur financier marocain.

Bank Al-Maghrib insiste sur le fait que la qualité de l’accueil en agence est un élément clé de la satisfaction et de la fidélisation des clients. Un service de qualité favorise également l’inclusion financière en incitant davantage de citoyens à utiliser les services bancaires formels.

Verbatim. Ce qu’il faut retenir de la conférence de presse de Abdellatif Jouahri

Dans le cadre de sa première réunion trimestrielle de l’année, le Conseil de Bank Al-Maghrib a surpris les observateurs en décidant de baisser son taux directeur de 25 points de base (pb), le ramenant ainsi à 2,25 %.

Comme à l’accoutumée, le wali de Bank Al-Maghrib a tenu un point de presse pour échanger et répondre aux questions des journalistes.

Afin d’expliquer en détail les motivations économiques qui sous-tendent la baisse inattendue, Abdellatif Jouahri a ainsi rappelé clairement la priorité absolue de la banque centrale marocaine, soulignant l’importance cruciale des évolutions récentes en matière d’inflation.

« Notre mission fondamentale, c’est la stabilité des prix et, évidemment, de lutter contre l’inflation. Concernant les données fondamentales qui entourent ce problème… d’abord, il y a la baisse de l’inflation elle-même. Nous sommes passés en taux moyen annuel de 6,1 % à 0,9 %, moins de 1%. Nos projections pour 2025-2026 tournent autour de 2%, non seulement pour l’inflation globale, mais également pour l’inflation sous-jacente. C’est très important. Si j’avais une inflation sous-jacente qui ne baisse pas et qui ne va pas dans le sens de l’objectif qu’on s’assigne qui est autour de 2%, ça aurait été autre chose. Nous sommes au niveau de 2% globalement, aussi bien pour l’inflation globale que pour l’inflation sous-jacente ».

⇒Les finances publiques

Outre cette maîtrise de l’inflation, Jouahri a mis en avant la solidité des finances publiques marocaines comme deuxième facteur déterminant dans la prise de cette décision d’assouplissement monétaire. À ce titre, il a rappelé les engagements et les résultats obtenus récemment par le gouvernement en matière de discipline budgétaire.

« Le gouvernement a annoncé sa volonté de continuer à assurer la soutenabilité budgétaire et les équilibres macroéconomiques, et il l’a fait. Il l’a fait en 2024. La loi de finances en 2025 annonce un déficit moins important, et nos projections à travers nos propres modèles montrent encore cette tendance de baisse du déficit. Elle a été confirmée au niveau de la programmation budgétaire triennale que nous avons donnée au Fonds monétaire international, lorsque nous avons négocié la ligne LCM. Donc, a priori, nous, en tant que Banque centrale, nous n’avons pas de soucis du côté de la soutenabilité budgétaire ».

⇒Les réserves de change

Par ailleurs, le wali de la Banque centrale a évoqué la situation favorable des réserves de change, mettant en exergue non seulement leur niveau actuel confortable mais également les facteurs favorables sur le plan externe.

« Je vous ai dit qu’elles dépassent 5 mois. Elles arrivent même à presque 5 mois et demi d’importation de biens et de services. Au niveau importations, la rubrique la plus sensible qui est celle du pétrole, qui diminue à cause de l’augmentation de l’offre, d’abord en particulier des États-Unis, et une diminution de la demande liée à la croissance qui reste dans une ligne, disons, de baisse. En ce qui concerne les autres composantes, les recettes de tourisme, les transferts des MRE et les IDE, toutes les trois en amélioration constante ».

⇒La croissance économique

Concernant la dynamique économique, Jouahri s’est félicité des signes encourageants d’une reprise de la croissance dans les secteurs non agricoles, retrouvant progressivement les performances d’avant-crise.

« Sur le plan croissance, je parle des secteurs non agricoles, elle commence à aller au-delà des 4%, c’est-à-dire que nous commençons à avoir les chiffres qui étaient antérieurs aux crises de 2008 où c’était déjà au 5 et plus de 5% ».

Face à ces différents éléments positifs cumulés – maîtrise de l’inflation, finances publiques solides, réserves de change confortables, et reprise économique –, Jouahri estime que la Banque centrale dispose désormais d’une marge de manœuvre suffisante pour déployer une politique monétaire plus accommodante, destinée explicitement à soutenir la croissance économique et l’emploi, notamment à travers un accompagnement renforcé des Très petites entreprises (TPE), véritable moteur du tissu économique marocain.

« Donc, il n’y a pas de raison dans ce cas-là, ayant une marge au niveau de ma politique monétaire, de ne pas l’appliquer pour soutenir effectivement la croissance et l’emploi. Ça ne veut pas dire que dans les anciennes décisions, nous ne le faisions pas. Mais nous le faisions uniquement à travers la politique accommodante en ce qui concerne le financement des banques. C’est-à-dire qu’on fournissait aux banques toutes les liquidités qu’elles demandaient. Maintenant, je renforce un peu cette politique accommodante dans la mesure où j’ai une marge en ce qui concerne les problèmes qui m’intéressent et ma mission de contrôle des prix ».

Activités des banques marocaines en Europe

Concernant l’impact potentiel des nouvelles directives européennes sur l’activité des banques marocaines implantées en Europe. Jouahri a apporté des précisions détaillées quant à l’état actuel de ce dossier sensible.Les nouvelles directives européennes vont gêner l’activité des banques marocaines« Les directives européennes qui encadrent la présence des banques non européennes sur le sol de l’Union ont été adoptées par le Parlement européen et publiées au bulletin du Parlement européen le 19 juin l’année dernière. Ils ont demandé que leur application se fasse au niveau des pays de l’Union européenne à partir du 1er janvier 2026. Nous avons estimé que les directives vont gêner beaucoup la fonction relais effectuée par les banques marocaines auprès des résidents marocains à l’étranger », indique le wali.

Face à ce risque potentiel, Jouahri a souligné la forte mobilisation des institutions marocaines et le rôle d’une task force nationale spécialement dédiée au suivi du dossier.

« Il faut dire qu’il y a une task force permanente avec le ministère des Affaires étrangères, le ministère des Finances, les régulateurs, les banques marocaines, qui s’est déplacée en Belgique à plusieurs reprises, qui a eu des discussions avec la direction FISMA, et où nous avons indiqué que telles que rédigées et approuvées [les directives] par le Parlement européen, c’est très équivoque. Et que l’application qui va être faite par les pays eux-mêmes peut compliquer davantage les choses en ce qui concerne les résidents marocains à l’étranger ».

Jouahri a également expliqué en quoi cette problématique était cruciale non seulement pour le secteur bancaire marocain, mais aussi pour la stabilité financière nationale, mettant en évidence le poids majeur des dépôts des Marocains résidant à l’étranger (MRE)? « Croyez-moi, c’est un sujet que nous prenons très à cœur, parce qu’il pèse à la fois sur la balance des paiements, mais aussi sur les dépôts bancaires. Les dépôts des MRE, c’est 20% des dépôts bancaires. Donc ce n’est pas négligeable. Et donc, ce sont des choses qui méritent d’être suivies de très très près ».

Face aux potentielles restrictions européennes, Abdellatif Jouahri a exprimé son inquiétude, tout en soulignant la volonté ferme du Maroc d’explorer des solutions alternatives pour maintenir les flux financiers vers le Royaume.

« Ce qu’on peut dire, c’est qu’on n’est pas contents ; c’est que la manière dont ça a été rédigé, c’est pratiquement comme si on voulait que les flux financiers restent en Europe. Et donc, par conséquent, nous examinons toutes les solutions, y compris les solutions technologiques et les solutions numériques, pour contourner les difficultés que l’Europe peut apporter à cette fonction des banques marocaines ».

Les créances en souffrance

Interrogé sur un rapport de Fitch qui note une vulnérabilité du système bancaire marocain face à des créances en souffrance en hausse, Abdellatif Jouahri a tenu à rassurer en rappelant la solidité reconnue du secteur bancaire national, tout en précisant les mesures prudentes adoptées par la Banque centrale.

« D’abord, je dirais que les autres agences de notation ne portent pas le même jugement. Le FMI lui-même a apporté une appréciation sur le système bancaire marocain très élogieuse. Par conséquent, ça ne me fait pas peur ce que raconte ce rapport. D’autant plus que nous sommes en train de finaliser toute la mise en place du marché secondaire des créances en souffrance. Donc ça va donner un souffle très important au secteur bancaire, ça va dégager le bilan des banques et leur donner la possibilité de pouvoir offrir de nouveaux crédits au secteur privé ».

Il a par ailleurs précisé que la Banque centrale suit de près l’évolution des créances en souffrance ainsi que les provisions associées, tout en soulignant une amélioration notable des indicateurs.

« Si vous avez vu dans la présentation, le taux a baissé de 8,6% à 8,3%. Et les provisions, évidemment, en conséquence, parce qu’elles tiennent compte des crédits qui sont garantis par Tamwilcom ».

Dans ce contexte, Jouahri a insisté sur l’approche prudente de Bank Al-Maghrib en matière de distribution des dividendes, précisant que la décision finale reste conditionnée à des évaluations rigoureuses :

« Nous avons exigé des banques de nous présenter des reportings sur base sociale, sur base consolidée et avec un stress. C’est-à-dire qu’elles présentent une présentation stressée et une autre non stressée, de façon à voir si les coefficients prudentiels sont couverts ou pas couverts. Et quand ils ne sont pas couverts, nous avons demandé une diminution du taux de distribution et nous avons demandé aussi un renforcement ultérieur pour les années à venir, ainsi qu’un renforcement par les actionnaires des fonds propres ».

Financement des TPE

Interrogé sur les mesures envisagées par Bank Al-Maghrib pour mieux accompagner les TPE et renforcer leur accès au financement, Abdellatif Jouahri a mis en avant une série d’actions en cours de déploiement, impliquant notamment le secteur bancaire ainsi que Tamwilcom.

« Nous essayons de réunir toutes les parties prenantes. Je vous ai dit qu’il y a eu la réunion du 6 mars. L’équipe de Bank Al-Maghrib va se réunir de nouveau, demain ou après-demain, avec les banques et Tamwilcom. On va devoir passer en revue, à la fois les procédures, c’est-à-dire voir comment les banques peuvent faciliter les procédures des TPE, en ce qui concerne l’examen de leurs demandes, les délais de réponse qu’elles doivent donner, etc. ».

Jouahri a également précisé qu’une réflexion serait menée autour du coût des garanties, en particulier les primes exigées auprès des entreprises. « On va examiner aussi, peut-être, les primes qui sont payées : est-ce qu’on peut diminuer un petit peu la prime ? Tout cela va être discuté dans le cadre de ces réunions avec les parties prenantes ».

Par ailleurs, le wali a annoncé la tenue prochaine d’une rencontre élargie impliquant la CGEM, les fédérations sectorielles ainsi que le secteur bancaire, dans l’objectif d’identifier clairement les besoins et les problématiques spécifiques auxquelles sont confrontées les TPE marocaines.

« Nous prévoyons vraisemblablement, pour le mois prochain, en tout cas au cours du premier semestre, une réunion tripartite avec la CGEM, les banques et Bank Al-Maghrib. Et quand on dit CGEM, c’est avec les fédérations autour de la table, pour écouter les uns et les autres, voir un petit peu, en particulier pour cette catégorie d’entreprises, quelles sont les problématiques, qu’est-ce qui se pose, etc. Je rappelle que nous avons déjà eu deux réunions de ce genre, en 2016 et en 2019. On s’est arrêtés à cause du Covid, on n’a pas repris malheureusement, mais il n’est jamais trop tard pour bien faire, pour compléter le dispositif en ce qui concerne la TPE », conclut-il.

E-Dirham

Concernant le E-dirham, Jouahri a indiqué que les travaux sont en cours, tout en précisant que ce projet ne pourra aboutir qu’à moyen ou long terme. « Comme je l’ai déjà évoqué lors des réunions précédentes, nous disposons d’une équipe spécialisée qui travaille sur ce sujet. Nous avons entamé un travail approfondi sur les crypto-actifs, lequel a abouti à un projet de loi transmis au ministère des Finances après près de trois ans d’efforts. De son côté, le ministère des Finances a constitué une équipe qui travaille également sur le projet que nous leur avons transmis. »

Évoquant la complexité spécifique liée à l’introduction du E-dirham, Jouahri a souligné que la démarche marocaine tient compte à la fois des particularités locales et des expériences internationales :

« Parallèlement, nous avons constitué une autre équipe qui travaille sur le E-dirham. Ce sujet est particulièrement complexe. Certains pays ont déjà bien avancé, tandis que d’autres n’en sont qu’au début. Quant à nous, nous sommes à mi-chemin. Actuellement, nous avons fait du projet E-dirham une priorité, puisque nous avons constaté que le contexte marocain est spécifique : dans beaucoup de pays ayant lancé de tels projets, l’utilisation du cash est très faible, voire inexistante, comme en Suède où 100 % ont des comptes bancaires. Donc leur but est loin d’être la bancarisation ou la réduction du cash, leur but est d’améliorer les marchés financiers en général. », indique jouahri.

Enfin, Jouahri a précisé les prochaines étapes du projet, en particulier la collaboration technique avec des partenaires internationaux ainsi qu’une expérimentation pratique prévue avec l’Égypte :

« Pour notre part, nous cherchons précisément à étudier quel est l’objectif central derrière l’instauration d’un E-dirham. À cet effet, nous bénéficions déjà de l’accompagnement du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale, avec lesquels les premières consultations ont porté justement sur l’objectif précis de ce projet. Actuellement, nous essayons de mener une expérimentation concrète avec une monnaie virtuelle en partenariat avec l’Égypte. On a choisi l’Égypte car elle est au même niveau du Maroc, afin de pouvoir voir comment ça fonctionne et comment cela pourrait marcher. »; conclut-il.

Bank Al-Maghrib envoie un signal rassurant au marché, premières réactions

Alors que la majorité des investisseurs s’attendaient à un statu quo, Bank Al-Maghrib a créé la surprise ce mardi en annonçant une nouvelle baisse de son taux directeur de 25 points de base, le ramenant à 2,25%. Il s’agit de la deuxième diminution consécutive et de la troisième depuis juin dernier.

Cette décision intervient dans un contexte où l’inflation est largement maîtrisée, après deux années de niveaux élevés. Elle est revenue à 0,9% en moyenne en 2024, et devrait rester modérée autour de 2% au cours des deux prochaines années, selon les projections de la Banque centrale. Un élément clé qui a sans doute conforté le conseil dans sa décision, d’autant que les anticipations d’inflation restent bien ancrées, tant du côté des experts que du secteur financier.

Mais au-delà de la stabilité des prix, Bank Al-Maghrib cherche à soutenir davantage la croissance économique et l’emploi, à un moment où l’investissement, notamment dans les infrastructures, donne une réelle impulsion à l’activité non agricole. Dans cet esprit, un nouveau programme de soutien au financement des très petites entreprises (TPE) a été annoncé, incluant un refinancement bancaire à un taux préférentiel.

Ce geste, perçu comme un signal d’accompagnement de la reprise économique, marque aussi un alignement avec les tendances monétaires internationales, où plusieurs grandes banques centrales, dont la BCE, ont opté pour un assouplissement de leurs politiques.

Quelle a été la réaction du marché face à cette décision ?

Selon une enquête réalisée en mars 2025 par Attijari Global Research auprès de 35 investisseurs influents, une majorité écrasante (94%) anticipait un maintien inchangé du taux directeur de Bank Al-Maghrib lors de son conseil trimestriel.

Seuls 6% des investisseurs prévoyaient une baisse de 25 points de base. Parmi les différentes catégories interrogées, les investisseurs institutionnels locaux estimaient à 91% la probabilité d’un statu quo, tandis que les acteurs de référence l’évoquaient à un taux similaire de 93%. En revanche, les investisseurs étrangers et les personnes physiques envisageaient unanimement une baisse.

Face à cette surprise, plusieurs analystes de la place financière ont partagé avec Médias24 leurs impressions.

« Ce n’était pas prévu du tout. Effectivement, c’était inattendu, mais c’est une bonne chose pour le marché », explique un analyste d’une société de bourse. « C’est positif pour le marché actions, et même pour le marché obligataire. Le marché va réagir positivement à partir de demain [mercredi 19 mars] ».

« Bank Al-Maghrib n’est pas là pour envoyer des signaux au marché. Elle agit pour stabiliser les prix et gérer la politique monétaire. Une baisse ou une hausse, ce n’est pas pour jouer en faveur de tel ou tel marché. Oui, c’était sûrement inattendu aussi tôt dans l’année, mais on s’attendait tout de même à une ou deux baisses des taux en 2025. La surprise, c’est surtout le timing, pas forcément la direction prise par Bank Al-Maghrib », estime une autre source.

« Vu que l’inflation est bien maîtrisée, autour de 2%, Bank Al-Maghrib avait de la marge pour agir. La baisse n’était pas urgente, mais elle montre une volonté d’anticiper et de soutenir l’activité, notamment pour les petites entreprises ».

« C’est une annonce qui va clairement rassurer les investisseurs. Même si elle n’était pas attendue maintenant, le marché va y voir un signal de soutien à la croissance. On devrait voir une réaction positive sur les actions, dès demain mercredi », estime-t-il.

Une autre source du marché financier conclut : « Je pense que cette décision, prise alors que le consensus misait sur un statu quo, est un signal important envoyé par Bank Al-Maghrib. À mon sens, cela montre que l’inflation est désormais sous contrôle et que la Banque estime qu’elle peut soutenir l’économie sans prendre de risques excessifs. C’est une manière mesurée d’encourager l’investissement et l’emploi, notamment au niveau des petites entreprises, tout en restant vigilante. Ce n’est pas un changement de cap, mais un accompagnement réfléchi de la reprise« .

Quelles sont les implications de la décision ?

D’abord, la baisse du taux directeur pousse les banques commerciales à ajuster leurs taux débiteurs à la baisse, ce qui facilite l’accès au financement pour les ménages et les entreprises. Cela est particulièrement bénéfique pour les TPME, souvent confrontées à des obstacles pour obtenir des crédits. Avec des conditions de financement plus favorables, elles peuvent investir, se développer et participer davantage à la création d’emplois.

En parallèle, la réduction du coût du crédit crée un environnement propice à l’investissement. Les entreprises sont incitées à lancer ou à accélérer leurs projets, notamment dans des secteurs porteurs comme les infrastructures. Cette dynamique d’investissement soutient la croissance économique, renforce la productivité et crée des opportunités d’emploi à moyen terme.

La consommation intérieure doit également bénéficier de cette mesure. En rendant le crédit plus accessible, la demande intérieure se renforce, sans pour autant créer une pression inflationniste excessive. Les prévisions montrent que l’inflation reste maîtrisée, ce qui donne à la Banque centrale une marge de manœuvre confortable pour accompagner la relance.

Au-delà de ces impacts directs, « la décision de la Banque centrale envoie un signal fort au marché. Elle témoigne d’une confiance affirmée dans la capacité à maîtriser l’inflation, ce qui justifie un assouplissement de la politique monétaire sans prise de risque majeure. Elle marque également une volonté nette de soutenir la croissance. En réduisant le coût du financement, Bank Al-Maghrib montre son engagement à accompagner l’investissement productif et à renforcer la dynamique économique, notamment dans un contexte où la croissance non agricole est attendue autour de 4,2% », estime un de nos interlocuteurs.

Qu’en est-il du marché des actions et des obligations ?

Sur le marché obligataire, une baisse des taux se traduit par une augmentation de la valeur des obligations existantes, notamment celles à taux fixe. Pourquoi ? Parce que ces titres, émis à des taux supérieurs à ceux désormais en vigueur, deviennent plus attractifs, ce qui pousse leurs prix à la hausse. Les investisseurs détenant ces titres peuvent réaliser des plus-values, surtout à court terme, où la sensibilité des prix à l’évolution des taux est plus forte.

En conséquence, cette décision renforce la performance des portefeuilles obligataires, notamment pour les acteurs institutionnels exposés aux titres publics et privés à court et moyen terme. Elle favorise également les nouvelles émissions, qui pourront se financer à moindre coût.

Sur le marché actions, l’effet est également positif. D’abord, la baisse du taux directeur conduit à une réduction du taux d’actualisation utilisé pour évaluer les flux de trésorerie futurs des entreprises. Cela se traduit par une hausse mécanique de leur valorisation. Ensuite, l’accès au crédit devient moins coûteux, ce qui peut encourager les entreprises à investir davantage, à améliorer leurs marges, et donc à soutenir leurs bénéfices futurs.

« D’ailleurs, le MASI a clôturé la séance du 18 mars avec une hausse de 0,98% et avec des niveaux de volumes conséquents. En effet, malgré des horaires de cotation réduits en raison du mois sacré de Ramadan, le niveau de volumes sur le marché central a été supérieur à la moyenne des volumes de transaction sur le marché central sur 3 ans, de 191 millions DH, sur un an, de 308,2 millions DH et de la moyenne 2025 qui est de 462,1 millions DH. Cela démontre que le mouvement de hausse actuel est supporté par des volumes de transactions significatifs », expliquent Jérôme Boumengel et Tarik Amiar, les fondateurs d’African Financial Investment.

« D’un point de vue fondamental, cette réduction du taux d’intérêt directeur favorable à la classe d’actif actions intervient alors que la croissance de la capitalisation boursière moins la croissance du PIB continue à évoluer dans une zone que l’on peut considérer comme modérée« .

« Les indicateurs prospectifs continuent de plaider pour une poursuite de la hausse de l’indice phare de la Bourse de Casablanca. Le BPA indiciel prospectif sur 12 mois continue son mouvement haussier et l’indicateur de croissance en glissement annuel du BPA indiciel prospectif sur 12 mois continue lui aussi à être bien orienté », ajoutent-ils.

« Quant à lui, le PE prospectif de l’indice sur 12 mois revient vers sa moyenne historique sur fond de reprise de la croissance des perspectives bénéficiaires, ce qui fait que la Bourse de Casablanca affiche un niveau de valorisation modéré », concluent M. Boumengel et M. Amiar.

Les investisseurs anticipent généralement une dynamique haussière sur les marchés boursiers dans les jours qui suivent ce type d’annonce, notamment pour les secteurs sensibles aux taux comme l’immobilier, la consommation ou encore les services financiers.

Voici comment évolueront les principaux indicateurs économiques en 2025 (BAM)

Inflation : après un taux annuel moyen de 0,9% en 2024, elle devrait osciller autour de 2% en 2025 et 2026.

Croissance hors agriculture : 4,2% en 2024 et devrait rester à ce niveau à moyen terme.

Croissance agricole : -4,7% en 2024, puis +2,5% en 2025, et +6,1% en 2026.

Récolte céréalière : 35 millions de quintaux cette année (saison 2024-25).

Taux de croissance de l’économie nationale : +3,2% en 2024, puis 3,9% en 2025, et 4,2% en 2026.

Recettes touristiques : 112,5 milliards de DH en 2024, et 125 milliards de DH en 2026.

Déficit du compte courant : 2,9% du PIB en 2025, puis 2% en 2026.

Les avoirs officiels de réserve avaient atteint 369,8 MMDH fin 2024. Compte tenu des financements extérieurs prévus par le Trésor, ils se renforceraient à 391,8 MMDH à fin 2025, puis à 408 MMDH à fin 2026, représentant respectivement l’équivalent de 5 mois et 5 jours d’importations de biens et services et 5 mois et 11 jours.

Le rythme du crédit bancaire au secteur non financier devrait connaître une forte accélération, passant de 2,6% en 2024 à 5,9% en 2025, puis à 6% en 2026.

Le déficit budgétaire hors produits de cession des participations de l’État devrait, selon les projections de Bank Al-Maghrib, s’alléger graduellement, revenant de 4,1% du PIB en 2024 à 3,9% en 2025, et à 3,6% en 2026.

Bank Al-Maghrib baisse le taux directeur à 2,25%

Le Conseil a jugé opportun de baisser le taux directeur à 2,25 %, indique Bank Al-Maghrib dans un communiqué. Il continuera de suivre de très près l’évolution de la conjoncture et de fonder ses décisions réunion par réunion sur la base des données les plus actualisées.

Sur le plan international, « les perspectives, qui laissent entrevoir la poursuite du ralentissement, restent entourées de fortes incertitudes liées notamment à l’orientation des politiques économiques, en particulier commerciales. Ces évolutions, conjuguées au repli attendu des prix de l’énergie et à la détente sur les marchés du travail, se traduiraient par une poursuite de la décélération de l’inflation qui demeurerait néanmoins à des niveaux au-dessus des cibles des banques centrales des principales économies avancées ».

Au niveau national, le Conseil a relevé :

 

Flexibilité du régime de change : « Une étape intermédiaire est à l’étude  » (Jouahri)

« Il  y aura vraisemblablement un passage, non pas un saut- entre la première et 2è étape, une étape qui peut être une étape intermédiaire. Nous sommes encore en train de réfléchir à tout cela avec l’assistance du Fond monétaire et avec l’assistance aussi de benchmarks de banques étrangères », annonce le gouverneur de Bank Al-Maghrib lors du point de presse du mardi 17 décembre 2024.

« C’est une réforme essentielle, nous irons lentement, mais sûrement, en nous assurant que tous les prérequis et les données dont nous avons besoin sont disponibles, fiables, et sur lesquels nous pouvons baser nos décisions », ajoute-t-il en rappelant les prérequis.

« Je vous ai déjà parlé des prérequis et des éléments complémentaires nécessaires pour passer à la deuxième étape. Les prérequis, pour le moment, semblent là », avance-t-il

Et d’ajouter,  » l’essentiel c’est que nous avons un engagement des finances publiques, notamment de la part du gouvernement, à maintenir les équilibres macroéconomiques. À ce titre, nous disposons désormais d’une programmation triennale budgétaire et prochainement d’une nouvelle loi organique des Finances, qui devra clarifier davantage les règles, notamment en matière de soutenabilité budgétaire ».

Deuxième impératif, selon Jouahri, « il faut maintenir un niveau adéquat des réserves de change ». « Comme je l’ai déjà mentionné, nous sommes satisfaits lorsque ces réserves couvrent environ cinq à six mois d’importations. »

Par ailleurs, « nous poursuivons l’approfondissement et le développement du marché interbancaire des changes », explique-t-il en rappelant « la finalisation en cours du marché à terme interbancaire ». Ce dernier doit être prêt pour le premier trimestre 2025.

« Nous avons également presque terminé la tournée des salles de marché au niveau régional, ainsi que les rencontres avec les PME et l’Office des changes », poursuit Jouahri.

« Nous avons demandé à l’Office des changes de tenir compte des retours des salles de marché concernant cette réglementation dans le cadre de sa circulaire générale ».

Par ailleurs, « le tissu économique devra faire l’objet d’un accompagnement, notamment les TPME, si nous devons aller à la deuxième étape », rappelle le gouverneur.

Un autre problème majeur réside dans la qualité et la fiabilité des données, ajoute la même source.

« Nous avons sollicité plusieurs administrations et ministères (Agriculture, Commerce et Industrie, Finances, Office des changes) en demandant une liste de ce qui nous paraît être comme donnée complémentaire, plus granulaire, plus fiable et plus périodique en ce qui concerne le passage à cette seconde étape. Nous allons attendre les réponses, tenir les réunions », confie-t-il.

« Nous avons également signalé au Fonds Monétaire International (FMI) que ces réformes doivent être réalisées à moyen et long termes. Lors de nos analyses comparatives, nous avons constaté que d’autres pays, même confrontés à des situations plus difficiles, ont mis au minimum neuf ans pour accomplir des réformes similaires », explique le gouverneur.

Abdellatif Jouahri : un projet de loi encadrant les cryptoactifs est dans le circuit d’adoption

S’exprimant lors de l’ouverture du Symposium régional de haut niveau sur la stabilité financière, le mardi 26 novembre, le gouverneur de la Banque centrale évoque la réglementation des cryptoactifs.

« Je ne terminerai pas mon intervention sans partager avec vous quelques réflexions au sujet des implications de la révolution digitale et de l’essor que connaissent les cryptoactifs et les monnaies digitales », avance-t-il. « Au Maroc, nous avons été interpellés dès 2017 par la problématique des cryptoactifs et avons, dans un premier temps, veillé à sensibiliser le grand public aux risques qui y sont associés. Par la suite, et tenant compte des évolutions de la régulation internationale, les autorités marocaines ont privilégié une approche réglementaire visant à assurer une protection adéquate des usagers et des investisseurs tout en préservant les opportunités de tirer profit de ces innovations ».

« Dans cette optique, Bank Al-Maghrib a préparé, avec la participation de toutes les parties prenantes et avec l’appui de la Banque mondiale, un projet de loi encadrant les cryptoactifs qui est actuellement dans le circuit d’adoption », annonce-t-il sans plus de précisions.

Ce qui paraît comme une nouveauté est en réalité un projet sur lequel planche la Banque centrale depuis quelques années. Interpellé sur le sujet en 2022, le gouverneur avait alors indiqué que le draft du projet de loi était prêt. Un draft qui devait être discuté avec l’AMMC et l’ACAPS.

Il avait également expliqué que « le principe est de ne pas brider l’innovation, mais en même temps de se protéger contre les risques en tous genres ». Deux ans plus tard, le projet de loi semble donc avoir dépassé cette étape et entame son circuit d’adoption.

Par ailleurs, dans sa sortie de ce 26 novembre, Abdellatif Jouahri a affirmé que s’agissant des monnaies digitales des banques centrales, et à l’instar de nombreux pays à travers le monde, « nous cherchons à déterminer dans quelle mesure cette nouvelle forme de monnaie pourrait contribuer à la réalisation de certains objectifs de politique publique, notamment en matière d’inclusion financière »

« Nous avons lancé le projet MDBC il y a plus de trois ans, avec pour objectif d’anticiper et de guider les choix et les décisions stratégiques de Bank Al-Maghrib dans ce domaine. Le projet vise également à renforcer nos capacités et notre expertise sur ce sujet complexe et multidimensionnel », précise le wali de la Banque centrale.

« Nous considérons qu’il s’agit d’une entreprise de longue haleine qui doit prendre en compte le contexte socio-économique national, l’évolution de l’environnement régional et international ainsi que l’impact sur certaines missions de la Banque centrale, dont notamment la politique monétaire et la stabilité financière ».

Pour Abdellatif Jouahri, il reste un dernier volet relatif à la cybersécurité, qui interpelle particulièrement les régulateurs du secteur financier. « Au niveau de Bank Al-Maghrib, convaincus de la nécessité d’une approche collective, nous avons mis en place une communauté dédiée, animée par l’écosystème financier et les régulateurs. À l’échelle internationale, la Banque a adhéré à un ensemble d’instances spécialisées dans le domaine de la cybersécurité et permettant le partage d’expériences et l’échange d’informations ».

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Fin 2024, le Maroc prévoit une nouvelle émission obligataire sur le marché international (Jouahri)

Le Maroc pourrait faire son retour sur le marché financier international d’ici la fin de l’année 2024 ou début 2025, selon les déclarations d’Abdellatif Jouahri, gouverneur de Bank Al-Maghrib, lors d’un entretien avec Asharq Bloomberg. Cette sortie viserait à émettre de nouvelles obligations internationales avec l’objectif de renforcer les réserves de change du pays, à un moment où le contexte mondial pourrait devenir plus favorable avec un début de baisse des taux d’intérêt.

En mars dernier, le Maroc avait levé 2,5 milliards de dollars sur le marché international après sa sortie de la « liste grise » du Groupe d’action financière (GAFI). Cependant, malgré cette levée réussie, Abdellatif Jouahri a souligné l’importance de maximiser le financement local pour alléger la pression extérieure. Aujourd’hui, 70% de la dette publique du Maroc est constituée de dettes locales dont une large part à taux fixe.

Maintien de la politique de change avec prudence

Abdellatif Jouahri a également évoqué l’évolution du dirham, précisant que Bank Al-Maghrib n’envisage pas pour le moment une nouvelle réforme du taux de change de la monnaie nationale, bien que le Fonds Monétaire International (FMI) encourage le pays à aller vers un flottement total.

Depuis 2018, le Maroc a opté pour une libéralisation progressive du dirham en élargissant la bande de fluctuation à 2,5%, puis à 5% en 2020. Abdellatif Jouahri a cependant souligné que la majorité des entreprises marocaines, surtout les petites, ne sont pas prêtes pour une telle réforme, la couverture contre les risques de change n’étant pas encore maîtrisée par beaucoup d’entre elles.

Politique monétaire prudente dans un contexte de baisse de l’inflation

Abdellatif Jouahri a également abordé la question de la politique monétaire, indiquant que malgré une diminution de l’inflation, Bank Al-Maghrib préfère adopter une approche prudente avant d’envisager un nouvel ajustement du taux directeur, actuellement maintenu à 2,75%.

Le taux d’inflation annuel devrait être limité à 1,3% en 2024, après des pics atteignant plus de 6% les deux dernières années. Ce ralentissement est attribué non seulement aux politiques de Bank Al-Maghrib mais également aux efforts gouvernementaux visant à stabiliser les prix des produits de base.

Au-delà des questions monétaires, Bank Al-Maghrib prépare l’avenir du dirham à travers le développement d’une monnaie numérique. Ce projet, soutenu par des experts de la Banque mondiale et du FMI, vise à améliorer l’inclusion financière, un enjeu majeur au Maroc où 28% du PIB est constitué de transactions en espèces. Une première ébauche de la loi sur les actifs numériques est prête et attend validation, un signe de la volonté du Maroc de se positionner sur les nouvelles technologies financières tout en garantissant une stricte régulation.

Enfin, interrogé sur la question des réserves d’or, Abdellatif Jouahri a rappelé que le Maroc conserve un stock stable de 22 tonnes depuis plusieurs décennies. À la différence des grandes puissances comme la Chine ou l’Allemagne, dont les réserves en devises atteignent des niveaux colossaux, le Maroc privilégie une approche axée sur la liquidité en devises pour ses réserves de change, d’un montant estimé à 30 milliards de dollars.

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La DGSN et Bank Al-Maghrib renforcent leur coopération technique et opérationnelle

La conclusion de ces deux accords, signés successivement en conformité avec les dispositions de la loi n° 04-20 relative à la Carte nationale d’identité électronique et de la loi n° 40-17 portant statut de Bank Al-Maghrib, vient consolider le cadre de partenariat entre les deux organismes, indique un communiqué conjoint.

Le premier accord, intitulé « Protocole d’Accord pour l’habilitation de Bank Al-Maghrib à l’exploitation des fonctionnalités techniques de la CNIE« , s’inscrit dans le cadre du renforcement des mécanismes de vérification d’identité pour favoriser la simplification des procédures et la digitalisation des services et pour lutter contre la fraude à l’identité, souligne la même source.

Il vise à mettre les services du tiers de confiance national, développés par la DGSN, à la disposition de Bank Al-Maghrib, lui permettant de s’assurer de l’identité de ses usagers et lire leurs données identitaires automatiquement à partir de leurs CNIE, avec leur consentement, au sein des locaux de BAM ou à distance au niveau de ses services en ligne.

Le deuxième accord, intitulé « Convention de Partenariat dans le domaine de la sécurité des sites et des convois de fonds« , vise quant à lui la formalisation de la coopération déjà existante entre la DGSN et Bank Al-Maghrib dans le domaine de la sécurité des sites de cet établissement et l’escorte des convois de fonds et de valeurs, ainsi que le renforcement de cette coopération à travers, notamment, l’organisation périodiquement d’actions de sensibilisation et d’exercices de simulation.

Abdellatif Jouahri : « L’E-dirham est en cours d’étude, mais son lancement est prévu sur le long terme »

S’inscrivant dans une vision à long terme visant à moderniser le système financier national pour mieux contrôler la masse monétaire en circulation et, in fine, maîtriser l’inflation, l’introduction de la monnaie numérique marocaine, le « E-dirham« , devient une issue inéluctable.

Bank Al-Maghrib, dans le cadre de sa stratégie d’innovation financière, a lancé des études pour explorer la faisabilité de cette monnaie numérique, qui s’inscrit dans la tendance mondiale de la Central Bank Digital Currency (CBDC).

L’E-dirham, une avancée inévitable à long terme

Lors du conseil de Bank Al-Maghrib du 24 septembre 2024, Abdellatif Jouahri a rappelé que l’E-dirham est un projet à long terme, actuellement en phase de développement. « L’E-dirham est un projet sur le long terme. Une commission dédiée continue de travailler sur le sujet. Nous collaborons avec la Banque mondiale, le Fonds monétaire international, la Banque centrale européenne, ainsi qu’avec des banques centrales ayant déjà introduit une monnaie numérique. Cela nécessite du temps ».

L’introduction de l’E-dirham nécessiterait, en premier lieu, la résolution de la problématique de la circulation excessive des liquidités. Pour faciliter la transition vers une monnaie numérique, il est impératif de limiter l’utilisation du cash dans l’économie et d’encourager l’adoption de moyens de paiement plus modernes et traçables. « Nous devons d’abord régler le problème du cash excessif, ce qui facilitera la transition vers une monnaie numérique. Certains pays, comme la Suède, sont déjà avancés dans ce domaine, mais ils disposent d’un taux de bancarisation proche de 100% et n’utilisent pratiquement plus de cash », a précisé le gouverneur de Bank Al-Maghrib.

Un contexte international en pleine évolution

Le développement des monnaies numériques est une tendance mondiale. À l’heure actuelle, 134 pays, représentant 98% du PIB mondial, explorent la possibilité de lancer une MNCB, contre seulement 35 pays en mai 2020. De plus, 66 de ces pays sont dans une phase avancée de développement ou de test. Trois pays ont d’ores et déjà pleinement déployé leur monnaie numérique : les Bahamas, la Jamaïque et le Nigeria. Cela montre la rapidité avec laquelle les nations se préparent à intégrer la finance numérique dans leurs économies.

Dans ce sens, Abdellatif jouahri explique que le projet est programmé sur le long terme pour pouvoir s’arrimer et suivre le développement global de l’économie numérique. « Nous avons mené cette étude et nous nous préparons pour ne pas être dépassés, car le monde est en transition rapide et constante en ce qui concerne l’économie numérique. On doit s’accrocher et se préparer. Et quand le moment arrivera, nous serons prêts », a-t-il conclu.