Financements innovants. Le détail des montants levés par institution et par année

Les opérations réalisées dans le cadre des mécanismes de financements innovants ont atteint un total d’environ 126 milliards de dirhams à fin octobre 2025, mobilisés à travers plusieurs investisseurs institutionnels publics.

Ces opérations ont concerné plusieurs actifs de l’État, à savoir des administrations, des établissements de santé, des tribunaux, en plus d’établissements d’enseignement supérieur et de l’Éducation nationale.

De 2019 à 2025, quatre institutionnels publics ont participé à ces opérations. Il s’agit de la CDG, la CMR, la CNSS et enfin le Crédit Agricole qui signe ses premières opérations lors de l’année en cours. Le montant mobilisé par ce dernier est de 15 MMDH. 

La CNSS n’a participé qu’en 2024 avec un montant de 4 MMDH, comme nous l’avions révélé dans un précédent article. La Caisse nous expliquait que l’investissement s’est fait à travers « un FPI RFA (Fonds de placement immobilier à règles de fonctionnement allégées) géré par AJARINVEST, filiale de la CDG ». « L’investissement dans ce véhicule de placement est réalisé moyennant un taux d’intérêt de 5,75 % net/an renouvelable tous les 5 ans, sur une durée de 30 ans », précise notre source.

Les détails des contrats conclus avec les autres institutions ne sont pas connus.

L’important recours à ces mécanismes fait débat, auquel nous avons consacré plusieurs articles. Au Parlement, lors des discussions du projet de loi de finances, Fouzi Lekjaa a été interpellé sur le sujet et a apporté des explications.

Les parlementaires appellent à la réglementation de ces financements, ce à quoi le ministre du Budget a répondu positivement.

En attendant, au cours de ces six années de recours à ce mécanisme, l’État a mobilisé près de 126 MMDH.

Voici la ventilation de cette enveloppe par institution et par année.

https://medias24.com/2025/09/23/lessentiel-a-retenir-de-la-conference-de-presse-dabdellatif-jouahri/

Financements innovants. Lekjaa apporte précisions et explications

Le sujet des financements innovants ne manque pas de créer la polémique. L’opposition, notamment le PJD, interpelle souvent le gouvernement sur cette question et l’a encore fait dans le cadre de ses interventions lors de la discussion du PLF 2026.

On accuse, entre autres, le gouvernement de privatiser des actifs de l’État.

Lekjaa a répondu sur plusieurs points. « J’ai reçu un courrier de la commission et j’ai répondu positivement, et je suis prêt à discuter du sujet en commission en long et en large, et s’il faut faire une loi on le fera, et si on doit les abandonner on le fera, et si on vous convainc, on poursuit ».

« Venir aujourd’hui et dire qu’on achète, qu’on vend ou qu’on privatise… alors que nous, on ne fait ni l’un ni l’autre ! »

« Il y a des actifs chez l’État. Est-ce qu’on valorise ces actifs et on prend leur valeur pour créer de nouveaux actifs, ou on ne fait rien ? »

La décision a été prise de faire les financements innovants. Le ministre du Budget précise que cette décision a été prise en 2019 et ce gouvernement a continué sur la même voie.

Comprenez que la décision a été prise sous le gouvernement dirigé par le PJD, qui critique aujourd’hui la stratégie.

Ces financements innovants permettent aujourd’hui à notre pays de créer de nouveaux actifs, explique le ministre. « Au lieu d’avoir un seul CHU, je prends sa valeur et j’en construis un autre ».

« On nous dit que c’est une vente ou une privatisation. En quoi est-ce le cas ? Est-ce que le citoyen, quand il rentre dans un hôpital, cherche le médecin et le service, ou est-ce qu’il demande le titre foncier de l’hôpital ? « .

« D’accord, alors pourquoi loue-t-on les bâtiments des ambassades et d’autres administrations ? »

Fouzi Lekjaa confirme que le loyer payé par l’État dans ce cadre est bien de 7 MMDH en 2025.

Et explique que l’actif est cédé contre une valeur donnée, puis l’État paie un loyer et à la fin de la durée, l’État récupère son bien. Il peut aussi décider de reconduire.

Voici le principe : « À chaque fois que les recettes fiscales nous permettent de dégager des marges financières, nous réduisons notre recours aux financements innovants », assure le ministre qui confie qu’en 2025, ces financements ont baissé à 20 MMDH.

Selon les prévisions, si le prochain gouvernement veut rester dans la dynamique actuelle, il n’aura pas à recourir aux financements innovants à partir de 2027.

Financements innovants. Entre 2019 et août 2025, les recettes ont atteint un encours de 111 MMDH

Selon la note de présentation du projet de loi de finances 2026, l’État mise sur la promotion des mécanismes de financement innovants, aux côtés des partenariats public-privé, afin de « consolider un cadre d’investissement attractif et d’améliorer le climat des affaires ».

Ces mécanismes ont permis, entre 2019 et août 2025, de mobiliser près de 111 MMDH au profit de projets d’investissement publics et parapublics.

Selon le même document, le déploiement des financements innovants sera poursuivi et renforcé en 2026, dans la continuité des efforts engagés pour diversifier les sources de financement et réduire la pression sur le budget de l’État.

Dans le même sens, selon le rapport sur les établissements et entreprises publics 2026, le protocole d’accord signé entre l’État et ADM pour la période 2025-2032, portant sur un montant total de 16,9 MMDH, sera financé en partie à travers des mécanismes de financement innovants.

D’après la structure de financement, 7 MMDH seront mobilisés via une opération de titrisation des redevances, un dispositif comparable, dans son esprit, au leasing. Cette opération permet à ADM de transformer une partie de ses recettes futures en liquidités immédiates, afin de financer ses investissements sans recourir directement à l’endettement classique.

Un stock en forte progression

Il convient de rappeler que le stock des recettes issues des mécanismes de financement innovants a atteint, à fin 2024, 107 MMDH.

En y ajoutant 35 MMDH prévus en 2025, 35 MMDH projetés pour 2026 et, selon le rapport sur les EEP 2026, les 25 MMDH attendus en 2027, le stock global atteindrait environ 202 MMDH.

Il est également à noter que la CNSS a rejoint en 2024 le cercle restreint des investisseurs institutionnels participant à ces opérations, aux côtés de la CDG et de la CMR, déjà engagées dans ce type de financements.

En contrepartie de ces recettes, l’État verse un loyer annuel aux investisseurs. Toutefois, la durée des contrats, ainsi que la composition des loyers et des intérêts, demeurent inconnues à ce jour, aucune communication officielle n’ayant été publiée depuis 2019, année d’introduction du dispositif des financements innovants.

Financements innovants. La CNSS a investi 4 MMDH en 2024

La CNSS a rejoint le cercle restreint des investisseurs institutionnels dans les financements innovants en 2024 qui comptait jusque-là la CMR et la CDG.

L’information est passée inaperçue. Média24 en a fait l’écho en juillet suite à la publication du rapport annuel 2024 de la Direction des domaines de l’État (DDE).

Le document se contente de citer la CNSS comme investisseur institutionnel sans plus d’information.

Quel est le montant investi par la CNSS dans le cadre des opérations de cession d’actifs domaniaux réalisées en 2024 ? Cette participation s’est-elle faite via un seul OPCI ou plusieurs ?

Nous avons interrogé la CNSS à ce sujet. Une source autorisée nous précise que « comme tout investisseur institutionnel, notamment les caisses de retraite et les assurances, la CNSS a participé aux financements innovants en 2024 à hauteur de 4 milliards de dirhams ». 

Notre interlocuteur ajoute que cet investissement se fait à travers « un FPI RFA (Fonds de Placement Immobilier à règles de fonctionnement allégées) géré par AJARINVEST, filiale de la CDG ».

« L’investissement dans ce véhicule de placement est réalisé moyennant un taux d’intérêt de 5,75 % net/an renouvelable tous les 5 ans, sur une durée de 30 ans », précise notre source.

En 2024, les investissements dans les « financements innovants » se sont établis à 35,3 MMDH : 

Médias24 avait, dans une analyse précédente, recensé l’ensemble des recettes issues des financements innovants depuis 2019. Le stock cumulé s’établit ainsi à 107,7 MMDH à fin 2024.

Financements innovants. 35,3 MMDH en 2024, la CNSS rejoint le cercle des investisseurs

Selon le rapport annuel 2024 de la Direction des domaines de l’État (DDE), au cours de l’exercice 2024, un total de 592 actifs relevant du domaine privé de l’État a été cédé dans ce cadre.

Il s’agit essentiellement de bâtiments administratifs et d’équipements publics appartenant à l’État.

Ces opérations ont permis de générer un produit global de 35,3 MMDH, représentant une hausse substantielle par rapport à l’année d’avant (2023), où les recettes s’étaient établies à 25,4 MMDH, selon le rapport annuel 2023 de la Direction des domaines de l’État.À fin 2024, le stock des recettes issues des financements innovants s’élève à 107,7 MMDHMédias24 avait, dans une analyse précédente, recensé l’ensemble des recettes issues des financements innovants depuis 2019. Le stock cumulé s’établit ainsi à 107,7 MMDH à fin 2024.

De même, d’après le document de la programmation budgétaire triennale (PBT) 2024-2026, les recettes issues des financements innovants devraient se maintenir au rythme moyen de 35 MMDH par an. Ce niveau a effectivement été atteint en 2024.

Source : MEF.

Si cette dynamique se poursuit comme indiqué, le stock cumulé des financements innovants s’établira à plus de 177 MMDH à fin 2026, après l’ajout des 70 MMDH supplémentaires prévus pour les exercices 2025 et 2026.

La CNSS rejoint le cercle restreint des investisseurs institutionnels

Les opérations ont été réalisées avec trois grandes institutions nationales : la Caisse de dépôt et de gestion (CDG), la Caisse marocaine des retraites (CMR) et, pour la première fois en 2024, la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), qui a rejoint le cercle restreint des investisseurs institutionnels dans ce dispositif.

Selon le rapport, chacune de ces trois institutions a créé un Organisme de placement collectif immobilier (OPCI) spécifiquement dédié à l’acquisition des biens domaniaux mis en cession par l’État.

Ce recours aux OPCI permet de garantir un cadre juridique et financier transparent, structuré et conforme aux standards du marché, tout en assurant la continuité de l’usage public des biens concernés.

Concernant la décomposition du stock de 107,4 MMDH, les chiffres du rapport d’activité de la Direction du Budget (P. 65) indiquent, jusqu’à fin 2023, un total de 50,6 MMDH provenant de la CDG, et 21,5 MMDH de la CMR.

La décomposition détaillée des recettes de 2024 reste inconnue à ce stade. Toutefois, Médias24 avait révélé que la part attribuée à la CMR dans le total mobilisé en 2024 s’élevait à 10,2 MMDH.

https://medias24.com/2023/12/04/financements-innovants-de-letat-une-dette-publique-cachee/

Financements innovants : l’État a mobilisé plus de 107 MMDH entre 2019 et 2024

Les financements innovants constituent désormais une composante structurante des finances publiques marocaines, permettant à l’État de mobiliser des liquidités immédiates tout en conservant l’usage des actifs cédés.

Les recettes levées via ce mécanisme en 2024 sont de 35,3 MMDH, selon les situations de charges et de ressources des finances publiques émanant du MEF et de la TGR.

C’est le montant le plus élevé depuis que le ministère des Finances a commencé à recourir à ce moyen de financement.

L’enveloppe totale levée depuis 2019, soit en six ans, atteint 107,2 MMDH. L’équivalent de 7% du PIB en 2024.

Source : MEF

De même, d’après le document de la Programmation budgétaire triennale (PBT) globale 2024-2026, les recettes issues des financements innovants devraient se maintenir au rythme moyen de 35 MMDH par an.

Si cette dynamique se poursuit comme indiqué, le stock cumulé des financements innovants s’établira à plus de 177 MMDH à fin 2026, après l’ajout des 70 MMDH supplémentaires prévus pour les exercices 2025 et 2026.

La composition du stock

Concernant le stock de 107,4 MMDH, les chiffres du rapport d’activité de la Direction du Budget (P. 65) indiquent, jusqu’à fin 2023, un total de 50,6 MMDH provenant de la CDG, et 21,5 MMDH de la CMR.

Pour l’année 2024, la répartition n’a pas encore été communiquée officiellement. Selon nos informations, la part de la CMR dans les 35,2 MMDH de 2024 s’élèverait à 10,2 MMDH.

« Dans le cadre de notre activité de gestion des fonds de réserves et dans notre quête permanente d’optimisation de la rentabilité, notre institution a réalisé en 2024, à travers ses OPCI dédiés, des acquisitions d’actifs immobiliers auprès de l’État pour un volume total de 10,2 MMDH« , souligne notre source à la CMR.

Pour le reste, soit 25,1 MMDH, il n’est pas encore établi s’il est entièrement supporté par la CDG ou si d’autres investisseurs y ont également contribué.

Source : MEF

 

 

 

https://www.medias24.com/2024/10/31/financements-innovants-pres-de-72-mmdh-mobilises-entre-2019-et-2023/

Financements innovants : près de 72 MMDH mobilisés entre 2019 et 2023

Le rapport annuel de la Direction du budget, publié récemment, nous apporte une vue d’ensemble claire de la répartition des financements innovants mobilisés par l’Etat depuis 2019. Des chiffres intéressants qui renseignent sur l’évolution du recours de l’Etat à ces nouveaux mécanismes de financement des projets d’investissement public, fondés sur le partenariat avec les investisseurs institutionnels.

Ainsi, entre 2019 et 2023, environ 72 MMDH ont été mobilisés via des opérations avec deux institutionnels que sont la Caisse de dépôt et de gestion (CDG) et la Caisse marocaine des retraites (CMR).

Le schéma utilisé consiste en l’exploitation du Domaine privé de l’Etat (DPE), dans le cadre d’une gestion active de ce patrimoine. Par le biais des Organismes de placement collectif immobilier (OPCI), l’État cède des actifs immobiliers amortis, tout en en conservant l’usage par des contrats de location longue durée. Ce mécanisme génère des liquidités sans accroître la dette publique, permettant à l’État de financer ses projets stratégiques.

Sur les cinq ans, l’Etat a mobilisé plus de 50 MMDH dans le cadre de partenariats avec la CDG. Avec la CMR, le montant est de 21,2 MMDH.

Ces financements se répartissent comme suit :

Source : MEF-Direction Budget

 

En 2019, ces financements innovants ont totalisé 7,15 MMDH. Ils ont baissé à 2,38 MMDH en 2020, en raison fort probablement du contexte de la pandémie de la Covid-19 et de l’incertitude économique.

En 2021, une forte reprise s’est manifestée avec un montant total de 11,9 MMDH porté par la CDG. Cette dernière a poursuivi son engagement dans le cadre de ce mécanisme, en 2022, avec un montant record de 25 MMDH. 

La CDG et la CMR ont toutes deux opéré durant l’année 2023, avec des financements respectifs de 11,86 MMDH et 13,58 MMDH, soit un total de 25,44 MMDH.

En 2024, le ministère de l’Économie et des finances prévoit d’étendre cette stratégie en intégrant de nouveaux actifs et en explorant des opérations de titrisation des actifs immobiliers. Ces démarches visent à tirer parti de la liquidité des marchés financiers pour transformer des actifs peu liquides en titres financiers.

Financements innovants de l’État : une dette publique cachée ?

Lancées en 2019, les opérations de monétisation des actifs de l’Etat, dites aussi « mécanismes de financement innovants », ont atteint un stock de 55 milliards de DH à fin septembre 2023, selon les chiffres du département des Finances. Si l’on prend en compte les opérations qu’il reste à réaliser entre octobre et décembre pour atteindre les 25 milliards programmés dans la loi de finances 2023, ce montant grimpera à 71 MMDH à fin 2023.

Ces opérations devront s’accélérer d’ici 2026, comme le prévoit le ministère des Finances dans sa programmation budgétaire triennale 2024-2026, pour atteindre un flux annuel de 35 milliards, soit un encours supplémentaire de 105 milliards sur les trois prochaines années.

Un volume de 176 MMDH d’ici 2026, l’équivalent de 11,2% du PIB !

En s’appuyant sur ces chiffres officiels, ces opérations devraient atteindre un volume global de 176 MMDH d’ici 2026. Ce montant est énorme : il représente plus de 11,2% du PIB projeté pour 2026 (calcul avec une prévision optimiste d’une croissance annuelle du PIB de 3,5% entre 2024 et 2026) et pas moins de 17,6% du montant projeté en 2026 de la dette du Trésor dont l’encours devrait représenter 69% du PIB, selon les objectifs affichés par le gouvernement.

Ci-dessus : pour 2023, il s’agit d’une prévision de la loi de finances. Pour 2024-2026, il s’agit d’une prévision du programme budgétaire triennal global pour la période.

Ce qui était considéré comme une façon de fluidifier les actifs de l’Etat et de financer de manière « innovante » son budget, commence donc à prendre de l’ampleur, soulevant le débat sur la nature réelle de ces opérations.

Dans l’analyse de ces opérations, deux approches sont à prendre en compte. La première est purement comptable ; la seconde est économique et financière et implique des retraitements comptables pour permettre la lecture la plus proche de la réalité de ce genre de mécanismes et de leur impact sur les finances publiques et les équilibres macroéconomiques de l’Etat.

L’approche comptable est simple. C’est celle qui est portée par le ministère des Finances. Elle consiste à considérer ces opérations comme le résultat de deux transactions financières : une cession d’un actif de l’Etat ; CHU, bâtiment administratif ou stades de foot comme c’est prévu, selon nos sources, pour les différents édifices sportifs qui seront construits pour le Mondial 2030 et portés par la CDG pour un montant de 12 MMDH… Ces actifs sont rachetés par des investisseurs institutionnels comme la CDG, la CMR, la CIMR ainsi que d’autres caisses de retraites, organismes de prévoyances et compagnies d’assurances, en contrepartie d’un montant versé à l’Etat. Voilà pour la première transaction, qui n’est autre que la cession d’un actif de l’Etat à des investisseurs institutionnels.

Puis arrive la deuxième transaction, qui consiste en la location, par ces mêmes institutionnels de cet actif à l’Etat en contrepartie d’un loyer annuel sur une durée allant de 25 à 40 ans, dont le montant est fixé par contrat entre les deux parties. Ce loyer représente, selon les différentes opérations réalisées jusque-là, entre 6 et 6,50% toutes charges comprises de la valeur de l’actif cédé.

Pour un actif cédé à 1 MMDH, l’Etat paie donc un loyer annuel de 60 à 65 MDH par année.

Logique comptable versus logique financière et économique

Comment sont comptabilisés ces flux ? C’est simple, nous explique un spécialiste des finances publiques consulté par Médias24. « La cession est comptabilisée comme toute cession d’un actif de l’Etat. Le montant perçu entre dans les produits encaissés tous les ans par la direction des domaines de l’Etat, qui gère tous les actifs de l’Etat. Dans le budget public, c’est considéré comme une recette domaniale et donc une recette non fiscale. En face, le bâtiment cédé sort en principe de l’actif de l’Etat puisque sa propriété est transférée à l’acheteur ». Ceci pour le traitement comptable de la cession.

Quant au traitement de l’opération locative, là aussi les choses sont simples, reprend notre source. « La location est considérée comme une dépense courante pour l’Etat. Comme pour l’entreprise qui comptabilise une location d’un actif dans ses charges d’exploitation. »

En gros, la monétisation d’un actif de l’Etat agit en augmentation sur les recettes non fiscales et alourdit les charges ordinaires. Les rubriques « dette du Trésor » et « service de la dette » ne sont pas touchées. D’où l’intérêt de ces opérations, dont l’objectif affiché est justement de permettre de financer les besoins du Trésor sans alourdir l’endettement public et le service annuel de la dette.

Et c’est là où intervient la deuxième lecture que l’on peut avoir de ces opérations ; une lecture financière et économique, comme le ferait tout analyste financier pour lire les comptes d’une entreprise privée.

Dans le jargon du secteur privé et de l’analyse financière, la monétisation des actifs de l’Etat n’est autre qu’une opération de leaseback. C’est donc une dette (un leasing) sans aucun impact comptable sur l’endettement de l’entité analysée ou ses charges d’intérêt.

Quand on veut d’ailleurs faire l’analyse financière d’une entreprise, toutes les opérations de leasing ou de leaseback subissent un retraitement comptable dans l’objectif de s’approcher le plus possible de la réalité patrimoniale et financière de l’entreprise. Le retraitement, que tout étudiant en école de finance connaît, consiste à reclasser l’objet loué (bâtiment ou véhicule) dans les actifs immobilisés de l’entreprise, à mettre son équivalent en dette à moyen et long terme dans les financements permanents, à soustraire le montant de la cession des produits de l’entreprise (visible dans le CPC en produit exceptionnel) et à considérer les loyers annuels payés comme comportant une partie de dotations en amortissement du bien en question et une autre partie comme une charge d’intérêt pour cette dette. Les entreprises ont généralement recours à ce genre d’opérations qui permettent ce traitement comptable pour alléger leur actif et leur endettement à long terme et présenter ainsi un bilan propre.

Pour l’Etat, les choses sont similaires. Pour connaître les véritables engagements du Trésor, le même retraitement comptable doit être opéré. Puisque le leaseback réalisé sur les actifs de l’Etat n’est autre qu’une dette déguisée qui subit un traitement comptable différent d’une dette classique.

« Dans la logique financière, il s’agit bien d’une dette comme les autres, puisque l’Etat s’engage à rembourser, au terme de la location, l’acheteur du bien. Et qu’il rémunère cette dette sous forme de loyer, ce qui équivaut au paiement d’un coupon sur une dette remboursable in fine« , précise notre expert. Il estime que pour une meilleure transparence des comptes publics, ces financements doivent être visibles dans les engagements « hors bilan » de l’État, un peu comme les garanties accordées par l’Etat sur la dette contractée par les établissements et entreprises publics.

Le reclassement du leaseback en dette ferait passer la dette du Trésor à 80,2% du PIB en 2026

Si l’on applique ce retraitement comptable sur les données actuelles du budget public, l’encours de la dette du Trésor, qui est de 1.010 MMDH à fin juin 2023, selon le rapport sur la dette publique du PLF 2024, doit être augmenté des 55 MMDH d’opérations de monétisation d’actifs de l’Etat réalisées jusqu’alors. Cela portera l’encours de la dette du Trésor à 1.065 milliards. Conséquence directe : le ratio de la dette publique/PIB s’appréciera de 3,9 points supplémentaires.

Pour toute l’année 2023, où l’on prévoit de faire 25 MMDH de recettes en leaseback pour porter l’encours global des opérations de monétisation des actifs publics à 71 MMDH, la dette du Trésor devait passer, retraitement fait, à 75,9% du PIB. Ce sont cinq points de plus que l’objectif annoncé par le gouvernement de ramener la dette du Trésor à 70,9% à fin 2023. Cela change complètement le regard que l’on peut avoir sur la situation de l’endettement public.

Et ce n’est pas tout. Si on effectue un lissage pour se projeter sur 2026, en s’appuyant sur les projections du programme budgétaire triennal du gouvernement, l’encours de la dette du Trésor passera à 1.254 MMDH, contre une prévision actuelle (hors opérations de leaseback estimées à 176 milliards) de 1.078 milliards. Le ratio de la dette du Trésor sera ainsi de 80,2%, contre l’objectif affiché par le gouvernement de ramener ce ratio à 69% du PIB à la fin de son mandat en 2026.

Un simple retraitement comptable d’opérations de leaseback fait ainsi capoter toutes les ambitions du gouvernement en termes de gestion des finances publiques et fait placer son endettement en zone rouge. Et ce, sans parler du déficit budgétaire ordinaire qui serait autrement plus important que les chiffres ambitionnés par le gouvernement, puisqu’il est actuellement minoré par les produits de ces opérations de leaseback qui viennent renforcer les recettes non fiscales de l’Etat et ajustent de manière artificielle le chiffre du déficit budgétaire.

La Cour des comptes considère ces opérations comme une dette, mais pas le département des Finances

Dans son rapport sur l’exécution du budget de l’année 2019, la Cour des comptes avait justement soulevé ce débat. Elle a en effet considéré les produits des opérations de monétisation des actifs de l’Etat comme une dette.

« Ces recettes prises en charge parmi les recettes non fiscales s’apparentent davantage, au sens des référentiels internationaux des statistiques des finances publiques, à des opérations de financement de type crédit-bail, classées parmi les dettes », constatent les experts de la Cour des comptes. Et d’ajouter dans la foulée que la maîtrise du niveau du déficit budgétaire de l’année 2019 « résulte d’un classement de certains financements, au sens des manuels internationaux des statistiques des finances publiques, parmi les recettes non fiscales ».

Les experts de la Cour des comptes ont d’ailleurs opéré le même retraitement comptable proposé dans cet article. Leur verdict : « Si on reclasse ce montant (recettes des mécanismes de financement innovants réalisés en 2019, ndlr) en financement, le niveau du déficit budgétaire de 2019 augmente à 48.678 MDH, soit une aggravation de 7.014 MDH (+16,8%) par rapport à 2018. Ce qui correspond à un taux de déficit de 4,2% du PIB contre un taux affiché de 3,6%, soit 0,6 pt de PIB de plus », souligne le rapport de la Cour des comptes, présidée alors par l’ancien premier ministre Driss Jettou.

Autre remarque soulevée dans le rapport : l’impact du reclassement de ces opérations de leaseback en financement. « En prenant en considération le montant mobilisé dans le cadre des mécanismes de financement dits innovants, l’encours de la dette du Trésor passerait à 754.699 MDH, soit une progression de 4,5% par rapport à 2018. De ce fait, le ratio de la dette corrigée s’établit à 65,7% du PIB (contre un ratio affiché par le gouvernement de 65,4%, ndlr). »

La différence ici entre les chiffres communiqués par le département des Finances, selon son approche comptable, et les chiffres retraités dans une logique économique et financière par la Cour des comptes n’est pas énorme, au vu du faible montant des encaissements réalisés en 2019, année où ce mécanisme a été initié. Mais avec l’importance que prennent aujourd’hui ces mécanismes de financement dits innovant, le gap entre réalité comptable et réalité financière devient considérable.

Mais au ministère des Finances, on ne voit pas les choses de la même façon. Pour commenter le rapport d’exécution du Budget 2019 de la Cour des comptes, le ministère des Finances avait eu alors cette réponse : les financements innovants ne peuvent être considérés comme des opérations de leaseback parce qu’il s’agit d’opérations de cession ferme d’actifs de l’Etat. Ils ne peuvent à ce titre être considérés comme une dette.

La réponse du ministère se tient, s’agissant en effet de cessions fermes d’actifs de l’Etat. Cela suppose qu’au terme du contrat de location passé avec les institutionnels, l’Etat ne reprenne pas son actif et ne débourse donc rien. Ou que le contrat de location soit renouvelé éternellement à chaque fois qu’il est échu. Ce qui revient à laisser l’actif dans les comptes de l’investisseur qui l’a acheté initialement, en contrepartie du paiement d’un nouveau loyer qui sera convenu entre les deux parties.

C’est ce dernier cas qui est le plus plausible dans le cas où effectivement l’Etat considère ces opérations comme une cession ferme de ses actifs. Puisqu’un institutionnel n’acceptera jamais de devenir propriétaire d’un immeuble administratif, des murs d’un hôpital ou d’un stade de foot… sauf s’il a la garantie du paiement d’une rente à long terme par l’Etat. Sinon, ces opérations doivent être considérées comme une privatisation déguisée. Ce qui n’est pas non plus le cas, le transfert de propriété d’un actif étatique ne signifie en aucun cas que le service rendu au sein des murs de ce bien est assuré par l’acheteur, puisque ces biens continuent d’être gérés par l’Etat et ses services. Comme c’est le cas des différents CHU dont les murs ont été transférés à la CMR en 2019, ou encore les stades du Mondial 2030 qui seront inscrits dans les prochaines années dans les bilans de la CDG.

Mais pour l’instant, personne ne peut trancher sur la nature réelle de ces opérations de monétisation des actifs de l’Etat tant que l’on n’a pas une idée claire de la forme de l’acte juridique effectué lors de la cession de ces actifs aux institutionnels, ou du moins sur les intentions à long terme de l’Etat quant à la possession ou non de ces biens. Alors, dette ou pas dette ? Le débat reste ouvert…

Les financements innovants soulagent le budget mais pèsent sur les taux obligataires

Dans un document diffusé le 29 août, Attijari Global Research (AGR) est revenu sur les besoins de financement du Trésor et son endettement à fin juillet 2022. Il en ressort que, par rapport à la même période en 2021, le Trésor voit son déficit budgétaire se réduire, notamment grâce à une bonne tenue des recettes fiscales.

Un déficit budgétaire en amélioration 

A fin juillet, les recettes ordinaires du Trésor atteignaient 172 MMDH, en hausse de 25% par rapport à la même période en 2021. Le taux de réalisation par rapport à la LF 2022 est de 66%. La bonne tenue des recettes provient de différents facteurs. AGR souligne « la performance positive des recettes IS qui affichent une progression de 52% grâce aux réalisations des secteurs Phosphate, Finance et Ciment ».

Parallèlement, l’État a bénéficié d’une bonne dynamique au niveau des financements innovants. AGR souligne que ces derniers « ont dépassé les 10 MMDH à fin juillet 2022, contre une prévision de la LF-22 de 12 MMDH », soit un taux de réalisation de 83%.

Une source de la place nous rappelle leur principe. « Les financements innovants sont des cessions d’actifs immobiliers de la part de l’État, à travers les sociétés de gestion immobilière, à des institutionnels. Ils cèdent des actifs en portefeuille, comme des CHU, des terrains étatiques, ou autres sur des durées supérieures à 30 ans. Ensuite, ces biens vont être reloués à l’État », explique notre source. C’est donc une forme de monétisation des actifs de l’Etat.

De leur côté, les dépenses ordinaires n’ont augmenté que de 9,6% à 198 MMDH, notamment en raison de l’appréciation de la valeur des importations de 44% durant le premier semestre, ce qui a fait augmenter la TVA de 33% à fin juillet 2022. In fine, le déficit budgétaire ressort à 25,6 MMDH en retrait de 17 MMDH par rapport à la même période l’an dernier.

« Dans ces conditions, le besoin de financement du Trésor ressort à 19,2 MMDH à fin juillet 2022 contre 56,9 MMDH une année auparavant. Celui-ci a été satisfait à hauteur de 95% sur le marché domestique », souligne AGR.

Le besoin de financement intérieur brut par mois demeure stable à 13,5 MMDH

D’ici la fin de l’année 2022, le besoin de financement brut du Trésor est estimé par AGR à 101 MMDH. Il provient du reliquat de 47,1 MMDH des besoins de financement ainsi que du cumul des tombées du Trésor à fin 2022, estimées à 53,9 MMDH. Précisons que les tombées intérieures comptent pour 40,2 MMDH et les extérieures comptent pour 13,7 MMDH. « Selon les estimations de la LF 2022, l’argentier de l’État devrait couvrir 33,5 MMDH de son besoin brut sur le marché extérieur. Le reliquat (67%) serait satisfait sur le marché domestique », indique la société de recherche.

Ainsi, le besoin de financement intérieur brut par mois est attendu stable par rapport au mois dernier à 13,5 MMDH. « Il s’agit, selon nous, d’un niveau toujours élevé qui pourrait maintenir les pressions haussières sur les taux obligataires à CT », note AGR.

Les financements innovants poussent les taux à la hausse

Cette hausse des taux pourrait être davantage accentuée par les mécanismes de financement innovants auxquels l’État à recours. « À l’origine, un effet d’éviction de la demande des institutionnels au profit de ces placements innovants plus rémunérateurs. A noter que la demande en BDT accentue sa baisse à fin juillet 2022 en affichant un repli de 19% en glissement annuel », explique AGR.

En effet, les taux de rémunération des financements innovants sont très attractifs. S’ils soulagent le budget de l’État, ces mécanismes entraînent un détournement de la demande des institutionnels du marché obligataire, où les taux sont plus bas que ceux des financements innovants. « In fine, cela induit des pressions en termes de demande. La demande a d’ailleurs fortement baissé sur le marché primaire des BDT à fin juin », explique notre source.

Les pressions se font donc ressentir sur le marché primaire. Mais le Maroc dispose peut-être d’une carte à jouer sur le marché international d’ici la fin de l’année.

Une sortie possible d’ici la fin de l’année 2022

D’après des sources sûres, le Maroc espère récupérer son investment grade à l’occasion de la sortie des notes des agences de notations Fitch Ratings et S&P Global Ratings.

Cela lui permettrait de bénéficier de conditions plus favorables pour effectuer une sortie et combler une partie de son besoin de financement. D’après la LF 2022, le financement extérieur devrait atteindre 40 MMDH. Or, à fin juillet, 6,5 MMDH seulement avaient été atteints. Il est donc possible que, d’ici fin 2022, une sortie ait lieu, même si les conditions de financement demeurent moins favorables que lors de la précédente sortie du Trésor. En effet, la forte inflation a amené un resserrement des politiques monétaires de la FED et la BCE.

Rappelons qu’une sortie à l’international soulagerait les pressions sur le cash sur le marché intérieur. D’après notre source, « cela soulagerait les pressions haussières sur le marché domestique causées par le relèvement des niveaux de rémunération demandés par les investisseurs, du fait des tensions inflationnistes et une demande qui subit un effet d’éviction avec les financements innovants ».

D’ici la fin de l’année, la dette du Trésor devrait atteindre 960 MMDH (soit 80,3% du PIB, ndlr), dont 731 MMDH de dette intérieure et 229 MMDH de dette extérieure. AGR rappelle que le poids de la dette extérieure dans l’endettement global demeure maîtrisé. « Celui-ci continue d’évoluer autour de 23% à fin juillet, en l’absence d’une sortie du Trésor à l’international. Il ne devrait pas dépasser les 24% d’ici la fin de l’année, un niveau en cohérence avec le benchmark de référence du Trésor à l’international qui est de 25% », conclut la société de recherche.

Financements innovants : la CMR va créer six OPCI pour loger les actifs rachetés à l’État

La notion de « financements innovants » a été introduite par l’ancien ministre des Finances, Mohamed Benchaâboun, qui a budgétisé en 2019 et en 2020 l’équivalent de 12 milliards de dirhams de recettes issues de ce mécanisme.

Un mécanisme assez simple qui consiste en la monétisation des actifs de l’État, à travers des opérations de cession temporaire de biens immobiliers publics à des investisseurs institutionnels. Des cessions qui permettent à l’État d’empocher la valeur marché du bien immobilier, et de payer en contrepartie des loyers sur une durée de long terme (25 ans au moins).

Une opération win-win pour l’État et pour les institutionnels en ces temps de vaches maigres budgétaires et financières. L’État monétise des actifs immobilisés, dont la valeur marché est inexploitée. Et les institutionnels s’ouvrent sur de nouvelles alternatives d’investissement à long terme qui leur permettent d’améliorer le rendement de leurs portefeuilles.

Depuis le début de ces opérations, seules la CMR (Caisse marocaine des retraites, qui gère le régime des pensions civiles et militaires) et la CDG (Caisse de dépôt et de gestion) ont, selon nos informations, profité de ces opportunités d’investissement. Une information que le ministre du Budget Fouzi Lekjaâ a confirmée devant la commission des Finances lors des discussions autour du PLF 2022.

Mais la CMR en a été le principal bénéficiaire. En témoignent les chiffres communiqués par son management, qui loue ces opérations de financements innovants consacrant le changement de toute la stratégie d’investissement de cette caisse, qui gère des fonds de réserve (FDR) de pas moins de 85 milliards de dirhams.

Voici la liste des biens rachetés par la CMR à l’État en 2020

Partant, avant l’arrivée de Benchaâboun, d’une poche immobilière qui représentait 0,6% de son portefeuille global, la CMR dispose aujourd’hui d’une poche dédiée à la pierre d’une valeur de 8,6 milliards de dirhams. Une poche constituée essentiellement des acquisitions réalisées auprès de l’État, nous indique le management de la CMR.

« Avec ces acquisitions, la poche de l’immobilier de la CMR représente, à fin 2021, près de 10% du portefeuille global géré », précise notre source.

« Dans le cadre de l’implémentation de sa nouvelle stratégie d’investissement, au titre des années 2019 et 2020, la CMR a acquis, auprès de l’État et pour un volume conséquent, plusieurs actifs immobiliers composés de Centres hospitaliers universitaires (CHU) et de facultés de médecine et de pharmacie, ainsi que d’un lot de bâtiments administratifs. Ces acquisitions sont intervenues dans le cadre des mécanismes de financement innovants mis en place par l’État pour transférer la propriété de certains actifs immobiliers tout en préservant leur usage à travers des contrats bail négociés avec les nouveaux acquéreurs », explique le management de la CMR. Ce dernier précise que cette nouvelle orientation est venue après la « validation, par les pouvoirs publics, de la réforme paramétrique du Régime des pensions civiles (RPC), et au vu de la rallonge de la duration du portefeuille de ce régime, qui ont permis à la CMR de réviser sa stratégie d’investissement en faveur d’une augmentation des budgets de risque alloués aux classes d’actifs de l’immobilier et du capital investissement. Cette décision est née des conclusions de deux études confiées à des cabinets externes en 2018 et 2019 ».

Qu’est-ce que la CMR a racheté exactement auprès de l’État ? Le management de la CMR nous fait savoir que l’information ne peut être communiquée, car cette institution est tenue par un contrat de confidentialité avec le ministre des Finances. Tout ce que l’on a pu nous assurer, c’est que toutes ces opérations ont eu lieu entre 2019 et 2020, l’année 2021 n’ayant connu aucune opération d’acquisition de biens étatiques par la CMR.

Mais le rapport de la certification des performances au titre de la gestion des FDR des pensions civiles, réalisé le 16 juillet 2021 par les cabinets N. Amar Audit & Consulting et MKonsulting, donne des détails sur les opérations réalisées notamment en 2020. Ce rapport figure dans les annexes du rapport d’activité annuel de la CMR, au titre de l’exercice 2020.

On y apprend, comme le recensent les auditeurs, que la CMR a procédé en 2020 à l’acquisition des biens suivants :

– Le CHU de Laâyoune pour un montant de 1,02 milliard de dirhams.

– Les facultés de médecine et de pharmacie de Marrakech, Fès, Oujda, Tanger, Agadir et Laâyoune, pour un montant global de 1,36 milliard de dirhams.

À côté de ces acquisitions faites auprès de l’État, la caisse a également souscrit à des fonds d’investissement immobiliers, comme Seaf Morocco Growth pour 2,29 milliards de dirhams, ou encore Ahlif pour un petit montant de 15 millions de dirhams.

Ces opérations réalisées en 2020 ont ainsi fait porter le poids de l’immobilier dans le portefeuille de la CMR à 9,62%.

Une poche qui a produit un rendement de 6,28% en pleine crise du Covid

Des opérations qui ont permis à la CMR de sauver l’année 2020, comme le montre son bilan financier 2020 (le dernier disponible). Alors que le portefeuille actions a chuté de 5,14% et que l’obligataire n’a gagné que 4,81%, la poche immobilière a réalisé un rendement de 6,28%, permettant ainsi au FDR de réaliser une performance financière globale de 2,76%.

Faisant désormais partie intégrante de son portefeuille, dont il est devenu une composante essentielle notamment en termes de rendement, l’immobilier va connaître en 2022 une structuration financière nouvelle, comme prévu dès le lancement de la nouvelle stratégie d’investissement de la caisse. Et ce, à travers la création de six OPCI où seront logés ces biens acquis auprès de l’État.

« Grâce à ces opérations, la CMR a été l’un des premiers investisseurs à se positionner sur ce nouveau compartiment. Cette posture nous a permis d’implémenter notre nouvelle stratégie d’investissement dans les meilleures conditions de profitabilité. Elle nous donne aussi la possibilité de contribuer au développement du marché des OPCI, grâce à un projet structurant engagé en 2020 portant sur la création de six OPCI (SPI RFA), qui vont porter l’ensemble des actifs immobiliers acquis auprès de l’État », dévoile le management de la CMR.

Le premier OPCI, baptisé « CMR O STONE », a déjà été agréé par l’AMMC fin septembre 2021. Sa gestion sera assurée par la société Reims Partners. Les cinq autres OPCI suivront en 2022…

Financements innovants : les explications du ministère des finances

Les financements innovants, une notion introduite par Mohammed Benchaaboun, sont de retour dans le projet de loi de Finances 2022.

Il est prévu la mobilisation de 12 milliards de DH (MMDH), dans le cadre de mécanismes de financements innovants. Un montant qui n’a pas changé, depuis l’introduction de ce concept comme source de financement dans le budget général de l’Etat.

L’innovation dans la recherche de financements a été expliquée tantôt par le partenariat public-privé, tantôt par une sorte de monétisation des actifs de l’Etat, dans le cadre d’une gestion active du patrimoine public.

Le ministre délégué chargé du Budget a apporté quelques précisions dans sa réponse en commission des finances, à la Chambre des représentants, ce vendredi 29 octobre.

Pour le duo Fettah-Lekjaâ, « l’État a investi dans un actif depuis l’indépendance. La valeur de cet actif est aujourd’hui estimée à des centaines de milliards de dirhams sans que l’État en profite ».

« On a décidé de fluidifier les actifs qui ont la maturité nécessaire. On a démarré avec les institutionnels comme la CDG, la CMR… Nous ne sommes même pas encore arrivés au privé, pour parler de privatisation », répond Fouzi Lekjaâ aux parlementaires ayant critiqué ce mécanisme.

« Le principe est de fluidifier avec les actifs matures, le marché financier », poursuit-il. « Ils (les institutionnels, ndlr) nous donnent la contrepartie et nous on opère l’amortissement sur une maturité de 25 ans. Et cet argent, on l’investit dans le projet de tunnel du Tichka, ou des barrages et le financement de la politique de l’eau qui nécessite 50 MMDH,… », ajoute le ministre délégué chargé du Budget.

« C’est un choix technique simple. Nous avons le choix entre un actif qui est là sans rien en faire ou bien, trouver le mécanisme pour le fructifier avec la contribution des institutionnels », ajoute-t-il.

https://www.medias24.com/2019/11/05/la-cmr-va-racheter-cinq-chu/

Recours de l’Etat aux financements innovants, quel effet sur le marché boursier?

Afin de maintenir le déficit prévisionnel à 3,5% du PIB, le gouvernement prévoit, dans le cadre du PLF 2020, une enveloppe de 12 milliards de DH de financements issus des « mécanismes innovants ».

Ces nouveaux mécanismes de financement, qui doivent financer comme prévus dans le PLF 2020 15% des investissements du budget général de l’Etat, peuvent porter sur le partenariat public-privé (PPP), la titrisation d’infrastructures, Lease back, etc.

A titre d’exemple, et comme annoncé par Médias24, l’Etat a décidé de recourir au mécanisme de la titrisation des créances futures du nouveau port de Safi.

C’est une opération qui devrait rapporter à l’Etat à peu près 2 milliards de DH de trésorerie.

Dans le même sillage, il y a un accord de principe qui a été signé entre l’Etat et le CMR, comme l’avait annoncé le ministre de l’Economie et des finances, Mohamed Benchaâboun, mardi 5 novembre, portant sur une opération de Lease back.

Dans le cadre de cette opération, la propriété des CHU sera transférée à la CMR qui va les louer à l’Etat. L’opération rapportera 4,5 MMDH à l’Etat. La CMR va placer ainsi une partie de ses fonds de retraite en contrepartie d’une rémunération qui est censée être meilleure que ses placements habituels. A la fin d’une certaine durée, les CHU seront restitués à l’Etat.

Un manque à gagner pour la bourse?

Les opérations de financement différent mais l’objectif qui les motive reste le même : limiter le recours à d’endettement par l’Etat.

Toutefois, une question se pose: quel serait l’impact de cette nouvelle stratégie de l’Etat sur le marché des capitaux, spécialement le marché boursier marocain? Est-ce qu’il aurait un effet d’éviction (baisse de l’investissement sur le marché actions au profit de l’investissement dans les nouveaux mécanismes de financement de l’Etat)?

Selon Ayoub Msikine, directeur chez un investisseur institutionnel de la place, la question ne se pose pas vraiment.

« Les opérations de titrisation ne sont pas nombreuses et reposent principalement sur la dette privée. Un investisseur institutionnel en général, et notamment une compagnie d’assurance, fait la différence entre deux classes d’actif: le marché de la dette étatique (bons de trésor) ou privée et le marché actions ».

« Chez les assurances, l’un des objectifs principaux des placements est de pouvoir servir un taux intéressant aux assurés, spécialement pour l’assurance vie, au niveau des contrats de retraite ou de capitalisation, où la compagnie doit pouvoir servir un bon taux de rendement afin de canaliser une bonne part de marché vu qu’il y a une forte pression sur les taux ».

Cela dit, « Afin de servir un taux de rendement élevé, la compagnie d’assurance ne peut pas le réaliser en investissant exclusivement dans la dette étatique ou la dette privée. Il faut une poche action qui soit bien diversifiée. C’est là où intervient l’ingénierie d’investissement de chaque assurance ».

Plus encore, « Quand il s’agit d’une compagnie d’assurance, il y a des seuils à respecter en termes de placement pour chaque catégorie d’investissement ».

Certes, « Le marché boursier est risqué, mais on en a besoin afin d’avoir des taux de rendements satisfaisants. La dette est beaucoup moins risquée mais elle offre des taux de rendements limités ».

« En terme de couple rendement risque, le marché de la dette offre un petit rendement par rapport à celui de l’action, mais le risque reste maîtrisé. Mais, un investisseur à la recherche d’un équilibre, il a besoin des deux poches. Il sera preneur par exemple pour une opération de titrisation mais il ne laissera pas tomber le marché boursier ».

Actuellement, « Chaque mécanisme a sa place, avec tous ses avantages et ses inconvénients. Aucun mécanisme ne pourra remplacer l’autre ».

« L’impact sur le marché boursier sera donc limité », conclut notre interlocuteur.

Le marché obligataire pourrait souffrir…

Dans le même sillage, un membre du directoire d’une banque de la place, préférant s’exprimer sous couvert d’anonymat, estime que cette nouvelle dynamique de mécanisme de financements innovants « va impacter plus le marché obligataire. Vu les rendements actuels de ce marché, les investisseurs vont préférer des partenariats public-privé avec l’Etat que de réaliser des placements sur ce marché. Par contre, sur le marché boursier l’impact serait minime ».

« A la base, sur le marché boursier, la partie placée n’est pas aussi significative que ce qui est placé sur le marché obligataire. Et ces financements innovants nécessitent du cash important. La partie actions pourrait à la limite connaître quelques ajustements ».

Autrement dit, les investisseurs pourraient limiter leurs placements sur le marché obligataire en premier, avant de passer au marché boursier.

Ce qui est sûr à présent, c’est que les investisseurs de la place sont à la recherche de nouveaux papiers pour leurs placements. Il y aura donc un engouement pour ces nouvelles opérations de financement des dépenses publiques. D’après les acteurs du marché consultés, il n’y aura pas forcément un manque à gagner pour la Bourse de Casablanca.