Dans le monde d’aujourd’hui, les terres rares occupent une place économique et géopolitique importante. Ces métaux stratégiques, indispensables à la transition énergétique, aux industries de pointe, spatiales et de défense, sont au cœur des enjeux de souveraineté et de compétition internationale.
Un article récent publié dans le journal Daily Galaxy a examiné la distribution mondiale des ressources minières critiques, notamment des terres rares, en s’appuyant sur des données actualisées de l’USGS. En plus de la Chine et de l’Australie, qui disposent d’importantes réserves en terres rares, cet article révèle que l’Afrique et plus particulièrement le Maroc et l’Afrique du Sud abritent d’importants gisements de zinc, de lithium et de cobalt, ce qui en fait un acteur clé pour l’approvisionnement en matériaux destinés aux batteries et aux énergies vertes.
L’ONHYM a tenu le mercredi 26 mars 2025 son conseil d’administration. L’occasion de dresser le bilan des travaux effectués durant l’année dernière et qui se sont soldés par le forage de quatre puits d’exploration d’hydrocarbures et le lancement de plusieurs projets pour l’intensification de la recherche sur les minéraux stratégiques et critiques indispensables à la transition énergétique et numérique.
Durant l’année 2024, les travaux d’exploration minière menés par l’ONHYM et ses partenaires ont porté sur 44 projets couvrant une large gamme de substances stratégiques et critiques, répartis dans les zones les plus prometteuses du pays.
Parmi ces opérations, 22 projets ont été conduits directement par l’ONHYM, tandis que les 22 autres ont été réalisés dans le cadre de partenariats, incluant notamment des gisements de terres rares (REE) et de niobium (Nb) à Targhat, de lithium (Li) à Bir El Mami, de cuivre (Cu) sur les sites de Merija, d’Oulad Yaacoub, d’Alma et d’Amane Tazougart (contenant également de l’argent (Ag)), ainsi que des ressources en cobalt (Co) à Tizi N’Ouchene et en nickel (Ni)-cuivre (Cu) à Tassent-Anefgou.
Les projets d’exploration des terres rares en cours de développement
Le Maroc abrite plusieurs prospects (gisements potentiels) et indices de terres rares, dont les ressources se trouvant dans le mont Tropic qui ont été précédemment prouvées. Cependant, à ce jour, aucune exploitation de ces minerais critiques n’a été engagée dans le pays, en raison de la rareté de cette ressource et de la complexité de son exploitation. Cette situation exige d’importants investissements en R&D et le recours à des partenariats technologiques internationaux.
En dehors du mont Tropic, dont l’exploitation est conditionnée par un accord de délimitation de la zone économique exclusive avec l’Espagne, l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) intensifie ses efforts d’exploration continentale. Depuis plusieurs années, l’ONHYM mène des campagnes d’exploration visant à évaluer, dérisquer et promouvoir plusieurs gisements potentiels de terres rares. Parmi les projets lancés en 2024, on peut citer :
- Un partenariat avec le groupe Managem qui porte sur l’exploration de deux prospects de terres rares (prospects de Lamlaga et Twihinate) ;
- Une collaboration avec l’UM6P pour développer la potasse magmatique près d’Aousserd (prospect de Glibat Lafhouda et Drag Farnan).
Le Maroc, un potentiel sous-estimé en terres rares
Le Maroc présente une diversité géologique propice à la formation de gisements de terres rares, principalement associés à des roches alcalines et des complexes carbonatitiques. Les terres rares identifiées au Maroc se trouvent dans divers types de roches, associées à d’autres minéralisations. À ce jour, les travaux d’exploration ont révélé trois principaux types de gisements :
- Gisements associés aux carbonatites (comme ceux de Twihinate et Targhat), caractérisés par des concentrations élevées en niobium (Nb), en uranium (U) et en terres rares (REE). Ces formations géologiques représentent l’un des principaux potentiels du pays.
- Minéralisations pegmatitiques, illustrées par le gisement d’Awark, qui affiche des teneurs exceptionnelles en REE pouvant atteindre 4,6 %. Ces dépôts, bien que localisés, offrent des perspectives intéressantes pour une exploitation ciblée.
- Dépôts sédimentaires, dont le potentiel reste encore sous-évalué mais s’avère prometteur. Ces formations sédimentaires, moins étudiées à ce jour, pourraient constituer une ressource complémentaire à explorer systématiquement.
Selon les données de l’ONHYM, les avancées réalisées sur plusieurs projets d’exploration ont permis d’établir une estimation préliminaire des ressources :
Le gisement de Lahjeyra montre des ressources estimées à 372 millions de tonnes avec une teneur moyenne de 0,62% en terres rares légères. Ce site présente également des concentrations intéressantes en niobium et thorium.
Non loin, le projet Lamlaga affiche des ressources encore plus importantes, atteignant 618 millions de tonnes à 0,64% d’oxydes de terres rares, avec certaines zones dépassant 0,95%.
Le gisement de Twihinate se distingue par ses 584 millions de tonnes de ressources et ses teneurs particulièrement élevées, pouvant atteindre 1,47% d’oxydes de terres rares dans les zones les plus riches.
D’autres occurrences notables complètent ce panorama minier, dont le site d’Awark qui présente des teneurs allant jusqu’à 4,6% de terres rares sur certaines sections. Plus au nord, dans le Haut Atlas, le gisement de Tamazirt offre des ressources plus modestes mais avec des concentrations intéressantes en thorium et niobium.
Enfin, le projet Targhat, encore en phase d’exploration, suscite un intérêt particulier avec des échantillons atteignant des teneurs record de 6,4% en terres rares, positionnant le Maroc parmi les zones les plus prometteuses au niveau mondial pour ces métaux stratégiques.
La réforme du code minier, un atout important pour la souveraineté et l’émergence de l’industrie nationale
L’installation récente de nombreux industriels chinois spécialisés dans la fabrication de batteries électriques et de leurs composants témoigne de l’attractivité croissante du Maroc dans ce secteur stratégique. Cette dynamique devrait culminer avec la prochaine mise en œuvre de la première gigafactory du continent africain, profitant de la position géostratégique du pays.
Pérenniser cette avancée nécessite de sécuriser toute la chaîne de valeur : sécurisation de l’approvisionnement en matières premières, transformation des métaux critiques et recyclage des batteries. Une équation complexe, mais indispensable pour une industrie durable.
Ce défi industriel, bien qu’ambitieux, repose sur la concentration des efforts de tous les acteurs : pouvoirs publics, industriels, centres de recherche et investisseurs. Une telle synergie pourrait permettre au Maroc de développer un savoir-faire reconnu internationalement et de s’imposer comme un acteur clé dans l’écosystème mondial des batteries électriques.
La prochaine réforme du code minier marocain introduira plusieurs nouveautés structurantes, dont la création d’un cadastre minier pour accorder plus de transparence et de gouvernance au secteur, l’établissement d’une commission nationale des minéraux stratégiques et critiques sous tutelle ministérielle et la définition d’une liste officielle de minéraux stratégiques arrêtée par l’administration. D’une importance stratégique, cette liste, une fois finalisée, permettra de prioriser l’approvisionnement de l’industrie nationale en minéraux critiques, couvrant tout ou partie de leurs besoins, et ainsi de renforcer la souveraineté industrielle du Royaume.