Tant attendu, l’appel à manifestation d’intérêt (AMI) pour le développement de l’infrastructure gazière nationale a été publié par le ministère de la Transition énergétique et du développement durable, une première étape vers la concrétisation de la feuille de route du gaz naturel (2024-2030).

Cet appel à manifestation d’intérêt permettra de sélectionner les candidats retenus pour développer des appels d’offres relatifs à la première infrastructure intégrée de réception, de stockage, de regazéification et de transport de gaz naturel, incluant également une centrale électrique à gaz.

Cette nouvelle infrastructure devrait répondre à un besoin national croissant en capacité, qui devrait atteindre 10 milliards de mètres cubes par an dans un horizon de cinq à six ans. Outre la grande demande en gaz naturel, ce projet est rentabilisé par le plan d’investissement 2025-2030 de l’ONEE qui prévoit la mise en service de 4.300 MW supplémentaires de capacité de production au gaz, contre une capacité actuelle de 834 MW, grâce à la construction de nouvelles centrales et à la conversion de centrales existantes.

Ouvert aux opérateurs nationaux et internationaux du secteur, l’AMI impose aux soumissionnaires, en plus de présenter leurs références sur le projet convoité, de répondre à des questions portant sur la disposition des navires, le modèle économique, le montage financier, les références techniques, les technologies maîtrisées…

L’objet de cet appel à manifestation d’intérêt concerne trois composantes qui devront être opérationnelles au plus tard à partir de l’année 2027  : la construction d’un terminal GNL au port Nador West Med, la construction d’une centrale électrique à turbine à gaz à cycle combiné à Nador, et le prolongement du gazoduc Maghreb-Europe (GME).

Plan de l’infrastructure à développer dans le cadre de cet appel à manifestation d’intérêt.

Un terminal LNG au nouveau port Nador West Med

Le développement du terminal d’importation de GNL comprend la conception, la construction, les équipements, l’exploitation et la maintenance de toutes les infrastructures en mer et à terre constituant le terminal d’importation, de stockage et de regazéification de GNL, ainsi que tous les systèmes de gaz à haute pression situés à l’intérieur du périmètre du port de Nador West Med, jusqu’au point de raccordement à la composante pipeline à la limite du port.

Le futur exploitant du terminal GNL de Nador sera chargé du développement et de l’exploitation complète de l’installation. Ce projet comprendra principalement une unité flottante, pouvant prendre la forme soit d’une FSRU (unité flottante de stockage et de regazéification), soit d’une FSU (unité flottante de stockage) associée à un système de regazéification installé à quai.

L’infrastructure inclura également les installations terrestres nécessaires, ainsi qu’un pipeline reliant la station de réception terrestre au point de raccordement avec le gazoduc longue distance situé à la limite du port de Nador West Med.

Plan de masse du premier terminal LNG du port Nador West Med.

 

Méthode de gestion proposée pour la nouvelle plateforme LNG de Nador.

Une centrale électrique à cycle combiné à Nador

Près du nouveau terminal d’importation de LNG, l’AMI inclut également la construction d’une nouvelle centrale électrique à cycle combiné qui sera développée sous le régime de la production indépendante d’électricité (IPP).

D’une capacité totale de 1.200 MW, cette centrale, composée de deux unités distinctes, sera directement alimentée en gaz naturel par le nouveau terminal d’importation de GNL voisin où la totalité de la production électrique de la centrale sera injectée dans le réseau national haute tension de 400 kV.

Conformément aux exigences internationales, la conception du projet devra intégrer les dernières technologies de pointe permettant de respecter strictement les normes d’émissions environnementales établies par la Banque mondiale, garantissant ainsi une production énergétique à la fois performante et respectueuse de l’environnement.

Prolongement du gazoduc Maghreb-Europe (GME)

Afin de répondre aux besoins énergétiques, la feuille de route a proposé un prolongement du gazoduc Maghreb-Europe pour satisfaire efficacement la demande en gaz naturel. L’AMI projette la construction de deux gazoducs qui seront connectés au gazoduc Maghreb-Europe. Ce dernier, après l’arrêt de son utilisation par l’Algérie, a été réaffecté pour approvisionner le Maroc en gaz naturel en provenance de l’Espagne, permettant ainsi la mise en service des stations nord au gaz naturel, notamment celle de Tahaddart.

Le premier gazoduc permettra une connexion au nouveau terminal de gaz naturel liquéfié (GNL) du port de Nador West Med. Ce pipeline, d’un diamètre de 48 pouces, permettra un débit de 750 millions de pieds cubes standard par jour (MMSCFD). Le tracé de cette infrastructure a été soigneusement planifié pour longer, dans la mesure du possible, la nouvelle autoroute Guercif-Nador. En outre, il est prévu que ce pipeline se connecte également à la future centrale à gaz de Nador.

Tracé du gazoduc reliant le port de Nador West Med au Gazoduc Maghreb-Europe.

Le second gazoduc nord-ouest, d’une longueur totale de 220 km et d’un diamètre de 48 pouces, permettra notamment de relier le port de Mohammédia et d’offrir une opportunité de commercialisation du champ gazier d’Anchois après sa mise en service.

Le tracé du prolongement du gazoduc vers le port de Mohammédia en passant par Kénitra.

Ce gazoduc comprend deux embranchements secondaires de 16 pouces de diamètre chacun. Le premier, long de 19 km, approvisionnera la centrale thermique de Mohammédia et le quartier industriel de cette ville, tandis que le second, sur 13 km, desservira la zone industrielle de Kénitra. Cette dernière était précédemment desservie par la compagnie SDX avant que les volumes de production ne diminuent.

 

Tracé de l’embranchement du gazoduc vers le quartier industriel de Kénitra.

 

Tracé de l’embranchement du gazoduc vers la centrale thermique de Mohammédia.

Feuille de route de gaz naturel (2024-2030)

En 2023, le ministère de la Transition énergétique avait lancé, en partenariat avec la Société financière internationale (IFC), le projet d’élaboration d’une feuille de route pour le développement du gaz naturel au Maroc.

Pour accélérer la concrétisation de cette vision, un protocole d’accord interministériel a été signé le 26 mars 2024, impliquant les ministères de la Transition énergétique, des Finances, de l’Équipement et de l’eau et de l’Intérieur, en plus d’institutions telles que l’ANP, l’ONEE, l’ONHYM et Nador West Med. L’objectif est d’harmoniser les efforts publics autour de la feuille de route gazière actualisée, tout en mobilisant l’expertise des différents intervenants sectoriels.

Les projets prioritaires à court terme (2024-2026) de cette feuille de route consistent à renforcer l’infrastructure gazière en intégrant, en amont, les nouveaux champs de Tendrara (région de l’Oriental), un projet qui sera mené par Mana Energy, qui est devenu l’opérateur du projet. Le programme à court terme comprendra :

  • le projet de terminal LNG au port de Nador West Med : appel d’offres, construction et démarrage de l’exploitation commerciale d’un terminal de regazéification de GNL ;
  • le prolongement du gazoduc Maghreb-Europe en le connectant au nouveau terminal LNG du port de Nador West Med et vers Kénitra et Mohammédia ;
  • la réactualisation des études de faisabilité des nouveaux terminaux LNG sur la façade atlantique : Dakhla, Mohammédia et un autre port en cours d’étude.

À moyen terme, la feuille de route prévoit de raccorder le gazoduc nord au nouveau port de Dakhla Atlantique. Ce raccordement sera ensuite prolongé afin de connecter les réseaux gaziers mauritanien et sénégalais par le biais du gazoduc Afrique Atlantique (GAA). À long terme, une expansion vers l’hydrogène vert peut être envisagée, exploitant les synergies développées avec ses sous-produits.