Le titre de Stroc Industrie a plus que doublé en bourse depuis début mai. Longtemps resté dans l’ombre, le titre s’est apprécié de 146,4% en six semaines, passant de 58 DH à 142,9 DH [niveau atteint en séance ce lundi 16 juin, après clôture, ndlr]. Ce parcours fulgurant s’est accompagné d’une nette reprise des volumes.
Le MASI a franchi un sommet au-delà des 18.600 points début juin, après une séquence haussière depuis le début de l’année. Mais alors que les grandes capitalisations semblent marquer le pas, les investisseurs tournent leur regard vers des valeurs plus discrètes. Stroc fait partie de celles qui, profitant d’un flottant réduit et d’un regain de flux, se sont soudainement invitées au premier plan.
Étant donné la volatilité structurelle de ce type de titres, le moindre signal fondamental peut agir comme un déclencheur. Mais alors, qu’est-ce qui explique que cette petite capitalisation, longtemps restée discrète, suscite soudain autant d’intérêt de la part des investisseurs ?
La rotation vers les small caps s’installe
Plusieurs analystes contactés à ce sujet ont livré une réponse quasi unanime. Stroc Industrie n’est pas couverte dans leurs notes ou recommandations formelles. Cette petite capitalisation, longtemps restée en marge de l’attention du marché, n’apparaît pas dans les radars traditionnels de suivi ou dans les portefeuilles types. Mais cela ne signifie pas qu’elle passe inaperçue.
Leur lecture du mouvement est partagée. « Dans un marché où les grandes capitalisations donnent le sentiment d’avoir déjà largement intégré leur potentiel haussier, de plus en plus d’investisseurs cherchent des relais de performance ailleurs. Leur regard se tourne vers des valeurs longtemps négligées, plus volatiles, mais qu’ils estiment parfois sous-valorisées ».
C’est cette logique qui alimente une rotation tactique vers les small caps
« On arrive à un moment où les valorisations deviennent tendues sur les grandes valeurs. Alors, naturellement, les investisseurs cherchent des points d’entrée ailleurs. Ils vont vers des titres en retard, non pas forcément pour leurs fondamentaux, mais pour le potentiel de rattrapage qu’ils représentent », explique un analyste interrogé.
« Ce raisonnement est renforcé par les conditions de marché. Le PER moyen du marché est projeté à 20,8x en 2025, un niveau jugé élevé par certains investisseurs, même s’il est légèrement en baisse par rapport à 2024. Ce seuil pousse une partie du marché à se détourner des valeurs « pricées », pour se positionner sur des dossiers moins valorisés », explique un autre analyste.
« Il n’y a pas nécessairement un élément fondamental déclencheur dans le cas de Stroc. Il n’y a pas eu d’annonce particulière. Mais dans une dynamique haussière de marché, certains investisseurs sont prêts à aller chercher des profils de valeur plus risqués, simplement parce qu’ils jugent les multiples encore bas ».
« Quand le marché atteint un certain niveau, le trade-off risque/rendement pousse certains à payer un peu plus cher pour une valeur jugée sous-valorisée, même sans catalyseur évident ».
« Même sans événement fondamental majeur, le marché peut réagir fortement dès qu’il perçoit un signal de redressement, aussi limité soit-il. C’est ce qui déclenche souvent le mouvement », ajoute un autre professionnel.
Les analystes reconnaissent qu’aucun élément déclencheur structurant n’a été annoncé à ce jour. Il n’y a ni plan stratégique dévoilé, ni changement d’actionnariat, ni opération financière. Pourtant, la publication d’un chiffre d’affaires trimestriel en forte progression a suffi à raviver l’intérêt.
« Ces valeurs, peu couvertes, présentent souvent des multiples de valorisation très bas, sans pour autant avoir révélé tout leur potentiel opérationnel. Le moindre signal de reprise, même isolé, peut alors suffire à déclencher une vague d’achats, surtout dans un carnet d’ordres étroit, où quelques mouvements concentrés suffisent à propulser le cours ».
Une amélioration opérationnelle réelle, mais encore partielle
Sur le plan fondamental, Stroc Industrie a clos l’exercice 2024 avec un résultat net toujours négatif, à -12,5 MDH, en amélioration toutefois par rapport à l’année précédente (-39,7 MDH). Cette réduction des pertes s’est appuyée sur une forte progression du chiffre d’affaires, qui a atteint 117 MDH (+34,5%), portée par l’exécution d’un projet minier d’envergure et une diversification accrue du portefeuille clients.
Les indicateurs d’exploitation montrent également un redressement progressif. L’excédent brut d’exploitation (EBE) reste négatif à -7,8 MDH, mais s’améliore de 35% par rapport à 2023.
Le résultat d’exploitation, encore déficitaire à -14 MDH, gagne 6 MDH par rapport à l’exercice précédent, malgré le poids des dotations et autres charges d’exploitation. Enfin, le résultat non courant passe de -15,2 MDH à +2,9 MDH, grâce à des reprises sur provisions et des effets exceptionnels.
C’est au premier trimestre 2025 que le changement de rythme devient visible. Le chiffre d’affaires s’établit à 69,5 MDH, en hausse de 173% sur un an. Cette croissance résulte de l’accélération de projets déjà en cours et du lancement de nouvelles opérations dans le cadre d’un portefeuille élargi. Si la société ne communique pas encore de résultat intermédiaire détaillé, ce signal commercial fort a visiblement été interprété comme le début d’un redressement opérationnel.
Dans sa communication institutionnelle, Stroc affirme vouloir capitaliser sur la montée en puissance de ses activités, avec un accent mis sur les secteurs stratégiques, notamment l’ingénierie et l’exploitation minière. Son carnet de commandes diversifié et les premiers signes d’un retour à l’équilibre laissent entrevoir une dynamique favorable pour la suite de l’exercice.