En 2024, les exportations aéronautiques ont atteint 26,4 MMDH, enregistrant une progression de 14,9% par rapport à 2023, où elles s’élevaient à 23 MMDH. Cette croissance est largement tirée par le segment de l’assemblage qui a enregistré une augmentation notable de 23,6%, atteignant 17,2 MMDH.
L’analyse des données de l’Office des changes relatives aux exportations du secteur aéronautique met en évidence une dynamique haussière soutenue. En une décennie, ces exportations sont passées de 7,7 MMDH en 2014 à 26,4 MMDH en 2024, enregistrant une progression remarquable de 242,9%.

L’année 2025 débute sur la même lancée. Dès le mois de janvier, les exportations aéronautiques se chiffrent à 2,2 MMDH, enregistrant une croissance de 14,2% en glissement annuel par rapport à janvier 2024. Cette progression est à nouveau stimulée par l’assemblage, qui a connu une hausse de 16,2%, atteignant 1,4 MMDH, et par le Electrical Wiring Interconnection System (EWIS), en augmentation de 11,2%.
L’accélération de l’activité est le fruit des investissements soutenus des principaux acteurs du secteur, ainsi que d’une diversification progressive des segments de production. La maintenance aéronautique (MRO), la fabrication de sous-ensembles et l’assemblage de composants de haute précision constituent des segments stratégiques qui attirent de plus en plus de donneurs d’ordre internationaux.
Croissance, sous-traitance locale et innovation au cœur des priorités
Dans ce cadre, Médias24 s’est entretenu avec Adil Jalali, président du Groupement des industries marocaines aéronautiques et spatiales (GIMAS) et de l’Institut des métiers de l’aéronautique (IMA).
Ainsi, concernant la situation du secteur et sa performance, notre interlocuteur estime qu’il est naturel d’anticiper que l’année 2025 dépassera les performances enregistrées en 2024, où les exportations aéronautiques avaient déjà enregistré une importante hausse.
« Tous les indicateurs sont bien au vert, 2025 sera probablement une belle année marquée par une croissance qui reposera avant tout sur une demande mondiale en constante croissance confirmée par les chiffres et commandes annoncés par les avionneurs, et donc entraînant une activité soutenue pour tous les fournisseurs, dont nos industriels marocains », explique-t-il.
2025 sera probablement une belle année marquée par une croissance qui reposera avant tout sur une demande mondiale en constante croissance
Adil Jalali indique par ailleurs qu’il faut profiter de ce tournant pour promouvoir et développer la sous-traitance locale. En encourageant la création d’entreprises marocaines fournissant des pièces et des services aux grands assembleurs, mais aussi en visant les niches dans lesquelles le Maroc possède des avantages comparatifs.
« Cela nous permettra de dynamiser notre industrie tout en renforçant notre compétitivité. J’insiste : la formation et le développement du capital humain sont essentiels. La mise en place des programmes de formation spécialisés pour accompagner les besoins croissants du secteur aéronautique et préparer des compétences qualifiées pour soutenir cette transformation. En outre, un fort soutien à la recherche et au développement (R&D) est nécessaire pour favoriser l’innovation et permettre la création de produits à plus forte valeur ajoutée, augmentant ainsi l’intégration locale ».
La compétitivité et la montée en gamme à l’épreuve de multiples défis
« Le Maroc est un acteur compétitif sur le plan international, mais il est à préciser que sa véritable force réside avant tout dans la création de valeur. Plutôt que de se concentrer uniquement sur les coûts, nous avons opté pour une approche industrielle axée sur l’intégration de la chaîne d’approvisionnement et, avant tout, l’investissement dans le capital humain. La formation et le développement des compétences sont au cœur de notre stratégie, car ce sont eux qui nous permettent d’évoluer vers des activités à plus forte valeur ajoutée. La création de l’IMA (Institut des métiers de l’aéronautique) en 2011 a été notre première réponse à ce propos », souligne le président du GIMAS.Le Maroc n’est plus une simple base de production, il se transforme en un hub technologique et industriel majeur« Nous sommes confrontés à des défis, notamment la hausse des coûts de production liée à l’énergie et aux ressources humaines. Cependant, il est clair que le Maroc a su anticiper et s’adapter. En optant pour les énergies renouvelables, telles que le solaire et l’éolien, nous réduisons notre recours aux énergies fossiles tout en assurant une énergie compétitive pour nos industriels. De même, malgré l’évolution des salaires, notre capital humain demeure un atout majeur : bien formé, qualifié et constamment aligné avec les exigences des grands donneurs d’ordres internationaux. La distinction ne réside pas uniquement dans notre compétitivité, mais également dans notre aptitude à envisager l’avenir. Le Maroc n’est plus simplement une base de production ; il se transforme en un véritable hub technologique et industriel majeur, préparé à affronter les enjeux d’une industrie en pleine mutation ».
Par ailleurs, la montée en gamme repose principalement sur la formation. Selon Adil Jalali, grâce à cet engagement, le Maroc est aujourd’hui en mesure de produire des pièces de haute technicité pour les moteurs, les composites et les systèmes électriques. « Chaque avion qui vole dans le monde intègre des équipements fabriqués au Maroc, une preuve tangible de notre expertise et de notre intégration dans l’industrie aéronautique mondiale. L’objectif est d’aller plus loin. Nous disposons des outils nécessaires pour accéder à de nouveaux marchés et développer de nouvelles filières industrielles ».
Le développement des activités de maintenance, de réparation et d’ingénierie constitue un levier majeur pour renforcer l’attractivité du pays et offrir des opportunités à forte valeur ajoutée. « Nous assistons en parallèle à l’amorçage par le Maroc d’une diversification stratégique vers des domaines de souveraineté comme le spatial et la défense, ce qui affirme ainsi notre ambition d’évoluer vers une industrie de pointe », conclut notre interlocuteur.