Après une année 2023 marquée par une croissance importante des revenus et de la profitabilité, le groupe Alliances évolue dans un contexte très positif cette année. Les aides aux logements, la CAN 2025 et la Coupe du monde 2030 sont autant d’événements qui impacteront les activités de l’immobilière cotée.
Les investisseurs l’ont déjà bien compris. Depuis début 2023, le cours en bourse d’Alliances a explosé de 377% à 240,5 dirhams le titre à la clôture de la séance du 26 mai. Cette hausse est-elle justifiée ? Le groupe profitera-t-il de la conjoncture favorable qui se dessine ? Quels sont les grands axes de développement cette année et au-delà du business plan à l’horizon 2025 ?
Médias24 s’est entretenu avec Omar Lazraq, directeur général délégué d’Alliances Développement Immobilier, pour cerner la stratégie du groupe à moyen terme et les leviers de croissance qui contribueront aux résultats dans les années à venir. Pour Médias24, il dévoile les décisions stratégiques ayant permis un redressement financier du groupe, les grands relais de croissance en cours de développement, la stratégie africaine ou encore l’avenir de la politique de rémunération des actionnaires. Entretien.
Nous avons aujourd’hui un peu moins de cent millions de dirhams de dette bancaire, ce qui est très peu pour un groupe de la taille d’Alliances.
Médias24 : Comment le sursaut des revenus et de la profitabilité de l’année 2023 a-t-il été vécu et quels sont les éléments stratégiques mis en place pour parvenir à cette progression ?
Omar Lazraq : Nous avons opéré un changement de cap en termes de stratégie depuis plusieurs années. Notre objectif premier était de générer du cash tout en maîtrisant nos coûts opérationnels. C’est pour cela que nous avons décidé de nous orienter vers les projets moins capitalistiques, avec un retour sur investissement rapide. Nous poursuivons cette stratégie sur un certain nombre de projets. Cette stratégie a d’ailleurs payé et a eu des retombées très positives pour le groupe du fait d’un fort dynamisme de la demande sur ce type de biens.
En parallèle de ce changement de mix produits, le groupe s’est aussi tourné vers des villes de taille intermédiaire où le prix du foncier et la pression concurrentielle sont moins élevés qu’à Casablanca, comme Safi, Beni-Mellal et Kénitra.
Une autre clé de la réussite est notre approche orientée clients. Notre direction de développement a une grande capacité d’adaptation par rapport à l’évolution de la demande, c’est un avantage concurrentiel certain. Nous avions des fonciers que nous avons réussi à repositionner vers des projets qui présentent un fort potentiel commercial et sont générateurs de cash. Tout cela a contribué au redressement et à la croissance du groupe.
Les bons résultats de 2023 proviennent également de la bonne gestion de nos charges de structures et de fonctionnement. Nous avons notamment réussi à maîtriser le taux d’endettement du groupe tout en finançant pleinement nos opérations. Nous avons aujourd’hui un peu moins de cent millions de dirhams de dette bancaire, ce qui est très peu pour un groupe de la taille d’Alliances.
– Vous allez distribuer votre premier dividende depuis de nombreuses années, au titre de l’exercice 2023. Pensez-vous pouvoir distribuer un dividende l’année prochaine encore plus important que cette année ?
– En effet, nous avons décidé de verser les dividendes car la situation financière du groupe le permet et que les bons résultats de l’exercice 2023 le justifient. Cette distribution s’inscrit dans une logique à long terme et devrait suivre la même tendance que nos résultats.
Le produit à 700.000 DH avec une aide de 70.000 DH est très intéressant pour la classe moyenne. Nous y travaillons.
– Le groupe a affiché une croissance de revenus de 26% en 2023. Avec les aides au logement disponibles depuis ce début d’année, pensez-vous qu’une croissance additionnelle en plus du rythme classique sera enregistrée ?
– Nous avons présenté en 2022 un business plan à l’horizon 2025. Jusqu’à présent, nous avons respecté scrupuleusement ce business plan et allons continuer à le faire. Cette année, nous prévoyons une nouvelle croissance du chiffre d’affaires qui devrait nous permettre d’atteindre, voire de dépasser les prévisions du business plan.
L’activité du groupe suit son cours. Les terrains sont acquis, les projets sont autorisés et les chantiers sont lancés. L’opérationnel est suivi au quotidien et comparé aux prévisions pour prendre les mesures qui s’imposent. Ce qui importe le plus à ce stade, c’est la préparation de l’avenir qui viendra générer de la croissance supplémentaire.
Nous nous sommes positionnés pour l’acquisition de terrains sur des localisations stratégiques dans le nord et le centre du pays pour y développer des projets.
Pour ce qui est de l’aide au logement, il y a les aides sur le logement social. Le produit à 300.000 DH est difficile à réaliser, sauf convention de l’Etat ou des collectivités. En revanche, le produit à 700.000 DH, avec une aide de 70.000 DH, est très intéressant pour la classe moyenne. Nous y travaillons.
Nous avons déjà lancé un projet de 2.000 unités de ce type à Marrakech.
– Avez-vous d’autres projets de ce type dans d’autres régions ?
– En effet, les travaux d’un projet d’une grande importance de 4.000 logements de moyen standing sera lancé à Casablanca (sur la route qui mène à Dar Bouazza) et d’autres suivront.
– Parmi les facteurs exogènes positifs attendus par le marché, il y a aussi la CAN 2025 et la CDM 2030. Comment voyez-vous l’impact sur le groupe ?
– Il est évident que ces événements vont impacter le groupe positivement. Nous avons senti un engouement incroyable au Maroc depuis l’annonce de la CDM 2030, et même un peu avant. On perçoit une vraie volonté de la part de tous les acteurs de développer et de construire de nouveaux projets. Il y a des infrastructures formidables en cours de lancement. Nous allons nous ancrer dans cette dynamique, c’est certain.
Nous sommes le seul promoteur qui a la particularité de faire de la prestation de service. Nous construisons des hôtels, des hôpitaux, des tours… Nous avons été sollicités à plusieurs reprises pour ce type de projets ces derniers mois.
Concernant l’avenir, la stratégie est simple : poursuivre nos investissements selon la même logique actuelle. Nous détenons encore une réserve foncière sur des marchés très porteurs.
– En 2024, quels sont les principaux relais de croissance du groupe ?
– Nous continuons à réaliser les projets dans le cadre de la nouvelle stratégie, qui a démontré son succès, en plus des projets cités pour la classe moyenne avec l’aide de l’Etat.
Ce sont toujours des projets de grande envergure, que nous réalisons par tranche pour ne prendre aucun risque financier.
– Les investisseurs ont pu voir votre business plan à l’horizon 2025, mais désormais, à l’horizon 2030, quels sont les grands projets en cours pour soutenir votre activité et votre développement ?
– Le business plan 2022-2025 est entièrement sécurisé à ce stade et se déroule comme prévu. Concernant l’avenir, la stratégie est simple. Nous poursuivons nos investissements dans le cadre de notre stratégie, qui se sont avérés payants. Nous détenons encore une réserve foncière sur des marchés très porteurs que nous continuons à développer selon la même logique.
Nous investissons le créneau des appartements moyen-standing à travers le lancement de projets de grande envergure à Marrakech, avec le projet Jnane Riad qui comptera à terme 2.000 unités, et un projet à Casablanca qui totalisera 4.000 unités, comme évoqué précédemment.
Sur le segment du haut standing, nous avons d’autres projets de construction à Marrakech, notamment un programme de 100 villas très haut de gamme sur le Resort Al Maaden, en cours de commercialisation. Un important projet de lotissement à Marrakech sur une réserve foncière du groupe sera également lancé prochainement. L’ensemble de ces projets contribuera à la croissance du groupe post-2025.
En plus de ces projets dont le foncier est déjà sécurisé et les autorisations obtenues, nous nous sommes positionnés pour l’acquisition de terrains sur des localisations stratégiques dans le nord et le centre du pays pour y développer des projets. Ces nouvelles acquisitions viendront encore renforcer la croissance du groupe à l’horizon 2030.
– Sur quels segments (entrée de gamme, moyen ou haut standing) le groupe affiche-t-il les meilleurs indicateurs de performance ?
– Le segment qui génère les meilleurs indicateurs est celui dans les budgets de 400.000 à 700.000 DH. Cela dit, nous disposons toujours d’une importante réserve foncière. Pour chaque terrain que nous détenons ou envisageons d’acquérir, une étude approfondie sur le plan administratif, technique et commercial est systématiquement menée pour en déterminer les potentialités et définir les contours d’une programmation optimale.
Nous avons donc décidé d’opérer différemment à l’international, avec pour priorité stratégique de réaliser des projets pour le compte de tiers, d’un Etat ou d’institutions étatiques reconnues.
– La partie internationale est aussi un pan de la stratégie de développement du groupe. Quelles sont vos perspectives en Afrique subsaharienne ?
– L’Afrique, nous y sommes présents depuis plusieurs années déjà, au Cameroun et en Côte d’Ivoire, que ce soit en tant que promoteur immobilier ou en tant que contractant général.
Cette zone géographique constitue indéniablement un relais de croissance naturel pour les entreprises marocaines à l’international. Cependant, c’est un marché difficile pour la promotion immobilière ; il faut prendre les précautions nécessaires car les caractéristiques et l’environnement de la demande sont très différents de ce que nous connaissons au Maroc.
Nous avons donc décidé d’opérer différemment à l’international. Notre première priorité stratégique de développement est de réaliser des projets pour le compte de tiers, généralement pour le compte d’un Etat ou d’institutions étatiques reconnues.
Dans ce cas, le financement est sécurisé et les procédures administratives sont facilitées, ce qui nous permet de nous focaliser sur la réalisation opérationnelle des projets, qui constitue le savoir-faire historique du Groupe Alliances au travers de son expertise de maîtrise d’ouvrage déléguée.
Ce type de montage, nous l’avons matérialisé notamment au Cameroun avec la construction de huit hôpitaux et de 800 logements et la rénovation de trois plateaux techniques pour plus de 300 millions d’euros. Nous réalisons également actuellement une tour de 26 étages à Abidjan pour le compte du Conseil de l’entente, qui est une Organisation de coopération régionale pour un budget de près de 70 millions d’euros. C’est une commande que nous réalisons en tant que prestataire de service.
La seconde priorité stratégique, c’est la promotion immobilière classique qui consiste à acheter un terrain, y construire un immeuble et vendre des appartements. Sur ce volet, l’objectif principal est d’opérer en évitant un risque commercial trop important, c’est-à-dire en privilégiant par exemple des partenariats avec des institutions financières qui garantissent l’acquisition de tout ou partie du stock au moment de la livraison des projets.
Ces dernières années, nous nous sommes recentrés sur notre marché national, mais nous ré-ouvrons maintenant une phase de prospection active au-delà de nos frontières avec des sujets concrets en cours de discussion, notamment en Côte d’Ivoire et dans d’autres pays d’Afrique de l’Ouest qui devraient se concrétiser dans un avenir proche.
– Le cours d’Alliances en bourse a progressé de façon importante depuis le début de l’année. Est-ce une progression justifiée selon vous ? Comment le groupe interprète ce signal ?
– Le cours de bourse d’Alliances ne reflétait pas la réalité de notre activité. Nous cotions à un cours trop bas, en-dessous du niveau de la valeur nominale, ce qui n’avait pas de sens. Cette résurgence s’explique donc tout à fait naturellement.
Nous espérons d’ailleurs poursuivre sur cette tendance haussière, car nous sommes conscients que cette évolution marque la confiance des investisseurs et salue les bons indicateurs de performance de notre groupe.
Nous avons respecté tous nos engagements, en particulier la baisse de l’endettement, et le fait que nous ayons honoré le paiement du coupon de 313 MDH à la fin janvier a rassuré les investisseurs.